Lecture / Ecriture
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Séparées par notre père de Patricia Filali

Patricia Filali
  Séparées par notre père

Séparées par notre père - Patricia Filali

Une cause qui mérite mieux
Note :

   Fin août 1978. Patricia et Nadia, respectivement 17 et 16 ans, partent avec leur père pour cinq jours de vacances en Algérie, d'où leur père est originaire. Leur mère et leur petite sœur restent en France. Mais à la fin du séjour, leur père refuse de les laisser rentrer en France : il leur confisque leurs papiers d’identité et les abandonne à Constantine, chez des amis. Sans ressources et dans l’impossibilité de communiquer avec l’extérieur, les deux sœurs, anéanties, n’ont d’autre choix que de se soumettre. Mais pour elles qui ne parlent pas l'arabe et qui ont vécu toute leur vie en France, la vie en Algérie est insupportable : obligées de cohabiter avec cette famille qu'elles connaissent à peine et qui compte déjà onze personne, s'entassant dans une petite maison au confort sommaire, elles doivent en plus rester toute la journée enfermées, ne peuvent sortir seules, et subissent les brimades répétées des enfants de la famille, qui les mettent à l'écart. Si, au début, elles pensent pouvoir rentrer rapidement en France, l'espoir s'amenuise de jour en jour : sans papiers, séquestrées dans un pays qu'elles ne connaissent pas, elles n'ont aucun espoir de s'en sortir par elles-mêmes, et leur mère semble bien impuissante de son côté... Au bout de trois longues années, Patricia parvient enfin à s'évader. Nadia, elle, a renoncé et épousé l'aîné de la famille. Trente ans plus tard, Patricia revient sur ce passé douloureux, dont les plaies ne sont toujours pas cicatrisées...
   
   
   Voici le traditionnel témoignage tire-larmes de l'automne, très attendu par les médias qui ont pu faire leurs choux gras de ce mélo familial arrivant à point nommé dans un contexte où l'islamophobie, latente ou non, assumée ou pas, se développe de plus en plus. Alors certes, cette jeune femme a vécu une expérience horrible, que l'on ne souhaiterait à personne, et elle a bien du mérite de s'en être sortie, d'avoir pu se reconstruire par la suite, malgré les difficultés, et d'avoir réussi à finalement pardonner à son père, mais avait-elle réellement besoin de publier ce livre? Ou en tout cas, de le publier en l'état? Car même si le témoignage reste touchant et sincère, apportant un regard intéressant sur la condition féminine en Algérie et les mariages forcés, il est atrocement mal écrit, dans un français souvent maladroit, et bourré de fautes de syntaxe et d'orthographe (avec notamment une confusion récurrente, et donc exaspérante, entre "ses" et "ces"). À croire qu'il n'y a pas de correcteurs chez Max Milo... En outre, l'ouvrage se révèle assez naïf dès qu'on sort du cadre strict du témoignage, et à cet égard, les analyses des dernières pages sur les avancées des droits des femmes grâce au Printemps arabe sont simplistes, candides et risibles. Ne parlons mêmes pas des photographies insérées au milieu de l'ouvrage, complètement inutiles voire nuisibles au récit, en ce qu'elles lui enlèvent de sa force et de son universalité, avec un côté "mise en scène" plutôt agaçant. Débarrassé de ses coquilles et enrichi d'une réflexion un peu mieux menée, ce témoignage aurait largement gagné en profondeur, mais faute de cela, il reste un ouvrage dont la lecture s'avère fastidieuse. Espérons au moins que l'auteur y ait trouvé l'apaisement qu'elle recherchait, mais pour faire évoluer la condition des femmes victimes de ce genre de violences, il faudra faire bien mieux que cela.

critique par Elizabeth Bennet




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