Lecture / Ecriture
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Je reviendrai avec la pluie de Takuji Ichikawa

Takuji Ichikawa
  Je reviendrai avec la pluie

Takuji Ichikawa est un écrivain japonais né en 1962.

Je reviendrai avec la pluie - Takuji Ichikawa

Triste et douce leçon de vie
Note :

   A la plus grande surprise de son auteur lui-même, cette jolie fable moderne à la fois douce et triste a fait un tabac. Plus de six millions d’exemplaires vendus au Japon et un succès international.
   Comme l’auteur l’explique dans son intéressante et courte postface, même si le roman n’est pas à proprement autobiographique, c’est bien son histoire d’amour fusionnel avec son épouse qu’il raconte. Il est rare pour les Japonais d’exprimer leurs sentiments mais Takuji Ichikawa ne se reconnaît absolument pas dans la société nippone moderne et s’est toujours senti en marge, différent des autres, sans doute inadapté à un monde impersonnel et féroce à la fois. Autant de facteurs qui pourraient expliquer l’incroyable succès littéraire.
   
   Tak-kun, le personnage central du roman (et aussi le diminutif affectif du propre prénom de l’auteur), est un jeune veuf qui tente de s’en sortir avec son fils de six ans. Depuis que sa femme Mio est décédée à l’âge de vingt-neuf ans, Tak-kun tente de survivre. C’est particulièrement difficile quand on est un homme fragile psychologiquement et physiquement car Tak-kun est incapable de supporter les transports en commun, l’éloignement de son domicile, le stress de façon générale et vit perpétuellement entre deux crises qui le laissent épuisé. Du coup, le foyer va à vau-l’eau. Repas répétitifs et déséquilibrés, linge sale qui s’empile, appartement peu reluisant. Et Tak-kun est de moins en moins assidu et performant dans son travail.
   
   Avant de mourir, Mio lui avait promis que s’il s’occupait correctement de leur fils, elle reviendrait les voir au début de la saison des pluies pour repartir à la saison sèche. Or, à un retour de promenade de Tak-kun et son fils, c’est bien Mio qui les attend devant la porte d’une usine désaffectée.
   
   Mais Mio semble avoir tout oublié et il leur faudra réapprendre à vivre ensemble, revivre leur histoire d’amour en osant aller à la découverte les uns des autres. Ce qui est simple pour un enfant qui acceptera sans difficulté l’improbable, sera un peu plus long pour les adultes d’autant qu’ils se cachent des secrets qui ne seront révélés qu’en fin de roman ce qui nous permettra, plus ou moins, de comprendre comment Mio est revenue d’entre les morts.
   
   Tout cela n’aura qu’un court temps, six semaines, mais permettra à Tak-kun d’affronter plus sereinement sa vie définitive sans sa femme et de devenir un adulte plus pleinement responsable.
   
   Ce roman plein de bons sentiments et de pudeur aussi se lit avec plaisir et ne manquera pas de tirer quelques larmes de compassion ou de tristesse de tout lecteur normalement constitué. Une jolie fable moderne à découvrir.
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critique par Cetalir




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Distorsion du temps
Note :

   Roman atypique. En tant que roman, en tant que roman nippon surtout tant il est vrai que les Japonais, d’une grande pudeur, ont peu l’habitude d’étaler leurs sentiments. Et dans ce roman, le héros, Tak-Kun porte quand même le diminutif du prénom de l’auteur, et dans la postface Takuji Ichikawa est assez clair :
   ""Je reviendrai avec la pluie" est un livre autobiographique. Nombre d’écrivains semblent vouloir renier la part autobiographique de leurs fictions, mais je ne suis pas de cet avis. J’espère simplement raconter les choses avec adresse.
   …/…
   Ma relation à ma mère et ma relation à ma femme forment la clef de voûte de ce livre. Ma mère a risqué sa vie pour permettre à un fils de faire son entrée dans ce monde. Au final, cette naissance a altéré sa santé, bouleversant sa vie par la suite. Comment ce fils – moi – peut-il vivre avec ? Et que dire de mon épouse, qui a pris la décision de partager la vie d’un homme comme moi, un homme aux si nombreux défauts ? A partir de là, j’ai écrit ce livre de façon pour ainsi dire automatique."
   

   La trame est plutôt étrange tant Takuji Ichikawa tord la temporalité pour une vraie – fausse histoire de fantôme (ou une fausse – vraie ?). J’ai eu dans le final du mal à retomber dans les traces de l’auteur mais je me suis contenté de savourer la poésie, l’humilité des propos.
   
   Tak – Kun est un Japonais fragile, frêle physiquement mais surtout fragile psychologiquement (et Takuji Ichikawa revendique apparemment cet état de fait). Il est jeune veuf, avec Yûji, son fils de six ans depuis la mort de Mio, sa jeune femme. Il ne supporte pas la claustrophobie, ne peut voyager dans les transports en commun, il vit un peu en marge pour tout dire. Quand Mio, sa femme, fut sur le point de mourir, elle lui avait promis de revenir avec la pluie (il y a une saison des pluies au Japon). Et un beau matin, s’en promenant avec Yûji, sous la pluie... Tak-Kun la découvre. Elle est là. Comme avant. Identique sauf qu’elle n’a pas de souvenirs et ignore qui elle est.
   Mais la saison des pluies n’a qu’un temps et il parait acquis que Moi s’en retournera une fois cette saison terminée. C’est tout ceci que Takuji Ichikawa gère dans un roman déroutant.
   
   L’écriture n’est pas flamboyante – la traduction peut-être plutôt ? – n’empêche, ça reste une lecture intrigante qu’il m’a fallu terminer rapidement en ce qui me concerne.

critique par Tistou




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