Lecture / Ecriture
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Les Buddenbrook de Thomas Mann

Thomas Mann
  La mort à Venise
  La Montagne magique
  Les Buddenbrook
  La loi

Thomas Mann est un écrivain allemand né en 1875 et décédé en 1955.
Le Prix Nobel de littérature lui a été attribué en 1929.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Les Buddenbrook - Thomas Mann

Une saga familiale allemande
Note :

   Premier roman de Thomas Mann, "Les Buddenbrook" conte la splendeur et la décadence d'une famille de la bonne bourgeoisie hanséatique à compter de l'an de grâce 1839 - ou 1834, j'avoue que j'ai un doute - date à laquelle toute la famille vient de s'installer dans cette somptueuse maison qui se verra achetée à la fin de l'ouvrage par le fils de parvenus.
   
   A cette époque, le chef de famille se nomme Johann Buddenbrook et tous les espoirs lui semblent permis. Il a quatre enfants : Thomas, dit Tom, Christian, Antonie dite Toni et Clara. Le titre de consul écherra d'ailleurs à Tom, qui reprendra aussi l'affaire familiale. Clara, la plus jeune, épousera un pasteur luthérien qui lui survivra et auquel elle lèguera sa part de la fortune familiale. Christian quant à lui ne fera pas grand chose de son existence et Toni ...
   
   La souriante et fière Toni, pour qui le nom de Buddenbrook vaut titulature de prince, se mariera deux fois - et ses deux unions seront malheureuses.
   
   Telles sont quelques uns des événements majeurs de ce roman qui se lira facilement si l'on aime à la fois les grandes histoires familiales et les romans-pavés. Mann n'y atteint pas - première oeuvre oblige - à la perfection qui sera la sienne dans "La Montagne Magique" ou dans "La Mort à Venise" mais ses personnages, surtout Johann Buddenbrook et ses deux enfants, Tom et Toni, ont déjà une carrure qui annonce celle d'un Hans Kastorp.
   
   Ajoutons que le roman restitue les péripéties sociales - la révolution de 1848 et l'émergence de la Prusse, entre autres - qui marquèrent le XIXème siècle de l'autre côté du Rhin.
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critique par Masques de Venise




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L'auteur dans ses tendres années est un sujet d'étude
Note :

    Ami lecteur, je suis sûre que, comme moi, tu aimes percer les mystères de l’univers si bien qu’aujourd’hui nous allons nous intéresser à un phénomène absolument passionnant: l’auteur. Car l’auteur est un animal étrange qu’il est fort difficile d’appréhender. Il nous faut donc faire preuve de patience, de persévérance et de curiosité pour le saisir et l’examiner. J’ai donc décidé pour toi, ami lecteur, de me lancer dans la fabrication et la pose de pièges à auteurs (je ne vais pas dévoiler ici les principes qui le composent car je soupçonne fortement que, placé dans des mains autrement plus malfaisantes que les miennes, ce mécanisme pourrait se révéler d’une dangerosité redoutable).
   
   Malheureusement pour nous, ami lecteur, l’auteur est une espèce qui refuse désespérément de se laisser prendre dans mes filets si bien qu’il m’a été absolument impossible d’en attraper un et, par conséquent, de le disséquer.
   
   Mais réjouissons-nous car lors d’une nuit d’insomnie, mon esprit fatigué a fini par produire une idée brumeuse et fumeuse: j’allais m’attaquer à ce qui constitue le fondement de l’auteur, son essence: le roman (j’avais bien prévenu que cette idée m’était venue alors que je manquais gravement de sommeil, donc il ne fallait vraiment pas s’attendre à ce qu’elle soit d’une intelligence fulgurante, non mais!). Et là, deuxième sursaut de lucidité, il fallait se pencher sur un premier roman pour comprendre l’origine de l’auteur.
   
   J’ai donc jeté mon dévolu sur Les Buddenbrook de Thomas Mann. Et si tu suis bien, ami lecteur (car c’est à ce moment que l’on peut repérer ceux qui ne lisent pas les notes en entier), tu sais déjà que "Les Buddenbrook" sont le premier roman de Thomas Mann. Il est fort possible que maintenant, ami lecteur, ton visage exprime un certain sentiment de souffrance venant très probablement du souvenir que tu as gardé de la lecture de "La montagne magique" et du "Docteur Faustus". Car il faut bien l’avouer Thomas Mann est un spécialiste du roman interminable accompagné de développements bien sentis sur des sujets aussi variés que l’anatomie, la musique atonale ou la démocratie. Et oui, il faut s’accrocher pour le lire mais comme me l’ont toujours expliqué mes parents quand ils me traînaient en randonnée en montagne: plus la montée est difficile, plus on apprécie l’arrivée au sommet.
   
   Mais revenons à nos recherches sur l’auteur pour en arriver à une constatation essentielle : dans ses jeunes années, l’auteur est plus simple. Et cette découverte fondamentale est parfaitement démontrée par la lecture des Buddenbrook (et par celle de "La Traversée des apparences" de Virginia Woolf). En guise de démonstration, nous pouvons comparer les temps de lecture des Buddenbrook et du Docteur Faustus par moi-même:
   - "Les Buddenbrook" : 758 pages, 2 jours de lecture.
   - "Le Docteur Faustus" : 602 pages, 6 mois de lecture.
   C’est irréfutable, "Les Buddenbrook" sont faciles à lire. Et passionnant (ce qui ne gâche rien). Le roman raconte l’histoire d’une dynastie de marchands de grains à Lübeck sur quatre générations, de Johann à Hanno, de la construction de la puissance familiale à sa déchéance. Les personnages sont tous très attachants aussi bien pour leurs qualités que leurs faiblesses car Thomas Mann est sans complaisance dans sa description des codes, principes et fiertés de la bourgeoisie marchande de la Hanse au XIXe siècle. Parmi cette galerie de personnages, certains ressortent: Thomas, le chef de famille de la troisième génération qui mène la famille à son apogée mais aussi à sa chute, le négociant précoce qui, alors qu’il atteint la quarantaine, se perd dans la mélancolie; Antonie, sa sœur, pétrie de la grandeur de la famille, qui connaît deux mariages ratés et deux divorces mais qui garde toujours son âme d’enfant, son humour, sa naïveté; Hanno, le fils de Thomas, qui a hérité de son énigmatique mère le goût de la musique et de grandes ombres bleues autour des yeux, l'héritier étranger au monde des négociants et qui doit supporter que tous les espoirs de la famille reposent sur ses frêles épaules.
   
   Tout le récit est entaché par le spectre de la chute que l’on sent venir. Plus les succès de la famille sont éclatants, plus le lecteur frémit à l’idée du déclin. On se laisse emporter par cette histoire qui traverse les générations sans jamais lasser, on saute d’une époque à une autre, on découvre un monde et c’est avec regret que l’on tourne la dernière page.
    ↓

critique par Cécile




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Indispencables classiques
Note :

   Un grand classique de la littérature allemande, lu il y a bien longtemps dans une très très mauvaise édition de poche où le texte était parfois quasi illisible.
   
   Une impression ? quel talent !! car c’est un véritable pavé que ce roman qui conte la saga des Buddenbrook famille enrichie par le commerce et le travail acharné des chefs de famille qui se succèdent.
   Trois générations à l’œuvre avec patriarche et collatéraux, serviteurs et ennemis, réussite et faux pas et pour finir le déclin d’une famille.
   
   Lübeck la riche cité de la Ligue Hanséatique voit la réussite de Johann Buddenbrook, paré de la réussite de sa maison, de son mariage il va devoir laisser la place à Thomas son fils aîné mais Christian le cadet, artiste raté, va donner du fil à retordre à la famille, maladie, échec de ses entreprises, mariage hasardeux et doucement la famille va connaitre des difficultés qui aboutiront à sa perte avec la figure de Hanno le jeune musicien.
   Si Thomas Mann parvient si bien à décrire cette ambiance de maison bourgeoise, cossue, figée sur ses valeurs, c’est que son père fut un riche négociant et un Monsieur le Consul, et qu’il n’a eu qu’à puiser dans ses souvenirs.
   
   Le travail, l’épargne, le respect de la morale imprègnent la famille Buddenbrook qui a pour devise "Dominus providebit" Dieu y pourvoira ! A un moment Dieu fera faux bond hélas.
   On baigne dans les débuts du roman dans le poids des traditions, le mobilier, les tenues vestimentaires et les longs diners aux plats qui n’en finissent pas. Mais les lézardes arrivent, des amours impossibles, des dots perdues, un gendre qui est un fieffé coquin, la superbe affichée par la famille Buddenbrook prend l’eau.
   
   J’ai beaucoup aimé ce roman. Long certes mais l’on est vite fasciné par la force de cette communauté de marchands, par les liens qui les unissent et qui les font tenir debout.
   
   Une époque où le destin des filles illustré par la figure de Toni, importait bien peu, et où pourtant elles jouent un rôle non négligeable par leur abnégation et... leur dot. Une époque où le statut de l’artiste n’était pas accepté et où l’on y attachait l’idée de dilettantisme, d’oisiveté et de mœurs légères.
   
   On décèle déjà le rôle pernicieux de la Bourse qui entraine spéculations et ruine et ne récompense pas toujours le goût du risque.
   
   C’est un roman riche et puissant, une belle réflexion sur le statut social, les valeurs du travail et de la loyauté familiale car la famille touche à sa fin sans que jamais elle ne s’en rende vraiment compte.
   
   Un pavé certes mais que l’on quitte à regret.
   
    Il faut savoir que ce livre fut brûlé en autodafé par les nazis car "une famille de la race élue ne peut jamais déchoir"

critique par Dominique




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