Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Ceux de Podlipnaïa de Fédor Mikhaïlovitch Rechetnikov

Fédor Mikhaïlovitch Rechetnikov
  Ceux de Podlipnaïa

Fédor Mikhaïlovitch Rechetnikov (1841-1871). Orphelin précoce élevé par son oncle, modeste employé des postes, il fut d’abord scribe au tribunal avant de devenir fonctionnaire au ministère des Finances. Très jeune, il entra en contact avec les cercles littéraires de Saint-Pétersbourg et c’est d’ailleurs pour poursuivre une carrière dans les lettres qu’il décida de quitter la vie active. Son premier roman, "Ceux de Podlipnaïa", fut publié en 1864 dans le journal Le Contemporain dirigé par le célèbre intellectuel libéral Nekrassov. Ce texte sans concessions frappa les lecteurs de l’époque, notamment par son évocation vériste des misérables conditions d’existence des paysans sibériens. Emporté par la tuberculose, le jeune homme ne laisse en effet dans son sillage que l’embryon d’une œuvre prometteuse.
Éprouvant des difficultés à concilier sa vie de famille et l’exercice de son art, rongé par la dépression, il sombra dans l’alcoolisme puis contracta la tuberculose à laquelle il allait succomber. Il est enterré à Saint-Pétersbourg.
(source l’éditeur)

Ceux de Podlipnaïa - Fédor Mikhaïlovitch Rechetnikov

Misère à la Russe
Note :

   Tout d’abord le nom de l’auteur ne vous dira rien, pas étonnant la dernière édition de ce roman date de... 1920 ou à peu près.
    "Un écrivain à la Zola" dit l’éditeur, oui le Zola le plus noir, le plus sordide mais avec un fond de drôlerie qui vous ramène au roman russe.
   
   Podlipnaïa c’est un hameau moche, sale et pauvre! ce n’est pas moi que le dit c’est l’auteur. La Sibérie dans ce qu’elle a de plus terrible. Les récoltes sont maigres, les intempéries fréquentes, les hivers redoutables et Pila le paysan n’est jamais loin de crever de faim car il n’a "ni grange, ni meules de foin, ni jardin potager".
    Tous les habitants sont "malades de misère et de saleté"
    La mort rattrape les enfants, les parents ne s’en attristent pas vraiment, une bouche de moins à nourrir. D’ailleurs la fille de Pila vient de mourir, elle était fiancée à Syssoïko qui est le seul à s’attrister, le Pope exige de l’argent pour l’enterrement et finit par prendre le seul bien de Pila : sa vache.
    Trop c’est trop il décide de quitter Podlipnaïa avec femme et enfants.
    Ils ne sont jamais sortis du village et les péripéties ne vont pas manquer, tantôt tragiques, tantôt drôles, le passage par la case prison les déroute mais ne les décourage pas.
    Ils ont un rêve devenir bourlaki, manœuvrer les lourdes barques chargées de sel, de blé ou de fer.
   
   Ils vont devoir appendre le maniement des rames, mais la remontée du fleuve c’est une autre paire de manches! Les barques sont halées par quinze homme, le travail est épuisant mais il peuvent manger à leur faim et travailler comme des forçats ne leur semble pas anormal. Dur au travail, dur à la peine mais en comparaison de la vie de paysan les "haleurs sur les rivières mènent la belle vie"
    Le bourlaki c’est la figure du travailleur, si l’on veut poursuivre la comparaison avec Zola c’est le mineur de Germinal!
    "Les bourlakis travaillent : leurs échines s'abaissent et se relèvent en cadence, pour se courber encore."
    Voilà je vous laisse découvrir la vie de Pila et Sissoïko plus avant.
   
   Dans ce récit pas de jolies phrases, la réalité toute nue sans fioritures, un style "sobre et énergique" dit le traducteur.
    Ce serait d’une noirceur insupportable si Rechetnikov ne mariait pas le réalisme au comique, cela m’a évoqué Gogol et Isaac Babel.
   
   Octave Mirbeau mettait "Ceux de Podlipnaïa" sur le même plan que les romans de Tolstoï et Dostoïevski, je n’irai pas jusque là mais la lecture et la découverte de cet auteur est tout à fait surprenante et réjouissante.

critique par Dominique




* * *