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Les Métamorphoses de . Ovide

. Ovide
  Les Métamorphoses

Les Métamorphoses - . Ovide

Quand le Poète invoque les Dieux …
Note :

   "Les Métamorphoses" est évidemment écrit en vers latins et les quinze livres qu'il recèle constituent en fait un long poème dont certains d'entre nous ont évidemment étudié des passages au collège et au lycée.
   
   La traduction le transforme en prose mais attention, pas n'importe quelle prose ! Bien sûr, il y a toujours matière à discuter sur les traductions - surtout latines, ajouterai-je. Mais celle de Georges Lafaye pour Folio Classique me convient quant à moi tout à fait.
   
   L'argument du livre-poème tient dans son titre: les métamorphoses que, pour les punir ou les sauver, les déesses et dieux de l'Olympe font subir à certains mortels. Derrière, se profilent la création du monde et les siècles qu'il a traversés jusqu'à Octave-Auguste, fils adoptif de César dont il vengea d'ailleurs la mort. C'est aussi une ode aux grands mythes grecs et, par la filiation avec Enée, à la fondation de Rome.
   
   "Oh! Que ce doit être barbant à lire!" diront certains, pas encore dégagés sans doute de leur passé scolaire plus ou moins douloureux.
   
   Eh! bien! non, "Les Métamorphoses", c'est un ouvrage si passionnant que, du coup, le lecteur se voit tenté de se replonger dans la geste homérique et de renouer avec ce pan si vaste de la culture occidentale que trop de personnes veulent, de nos jours, oublier et ramener dans l'ombre.
   
   En outre, il y a des passages proprement superbes comme - un parmi d'autres - le discours qu'Orphée adresse aux dieux des Enfers afin de les convaincre de lui rendre Eurydice :
   
   " [...] ... O divinités de ce monde souterrain où retombent toutes les créatures mortelles de notre espèce, s'il est possible, si vous permettez que, laissant là les détours d'un langage artificieux, je dise la vérité, je ne suis pas descendu en ces lieux pour voir le ténébreux Tartare, ni pour enchaîner, par ses trois gorges hérissées de serpents, le monstre qu'enfanta Méduse ; je suis venu chercher ici mon épouse ; une vipère, qu'elle avait foulée du pied, lui a injecté son venin et l'a fait périr à la fleur de l'âge. J'ai voulu pouvoir supporter mon malheur et je l'ai tenté, je ne le nierai pas ; l'Amour a triomphé. C'est un dieu bien connu dans les régions supérieures; l'est-il de même ici ? Je ne sais ; pourtant je suppose qu'ici aussi, il a sa place et, si l'antique enlèvement dont on parle n'est pas une fable, vous aussi (Hadès et Perséphone), vous avez été unis par l'Amour. Par ces lieux pleins d'épouvante, par cet immense Chaos, par ce vaste et silencieux royaume, je vous en conjure, défaites la trame, trop tôt terminée du Destin d'Eurydice. Il n'est rien qui ne vous soit dû ; après une courte halte, un peu plus tôt, un peu plus tard, nous nous hâtons vers le même séjour. C'est ici que nous tendons tous; ici est notre dernière demeure ; c'est vous qui régnez le plus longtemps sur le genre humain. Elle aussi quand, mûre pour la tombe, elle aura accompli une existence d'une juste mesure, elle sera soumise à vos lois ; je ne demande pas un don, mais un usufruit. Si les destins me refusent cette faveur pour mon épouse, je suis résolu à ne point revenir sur mes pas ; réjouissez-vous de nous voir succomber tous les deux. ... [...]"
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critique par Masques de Venise




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Traduction en vers d’Olivier Sers
Note :

   De temps à autre mon intérêt pour l’antiquité et sa littérature se rappelle à moi, je suis depuis quelques semaines un cycle de conférences sur les Métamorphoses d’Ovide.
   
   Outre que l’enseignant de l’Histoire de l’Art qui mène cela est passionnant et drôle, j’ai fureté dans ma bibliothèque pour relire l’essai d’un spécialiste sur l’œuvre d’Ovide* et la petite bio de Lucien d'Azay**.
   
   En croisant le tout on parvient à comprendre un peu mieux l’intérêt de cette œuvre et pourquoi elle connut un succès qui ne s’est pas démenti pendant plusieurs siècles.
   
   Succès aussi bien auprès des poètes que des peintres au point de porter le nom de Bible des poètes et Bible des peintres.
   
   Ovide est le poète de la disgrâce, un édit d’Auguste l’envoie mourir à Tomes sur les bords de la mer Noire où il finira sa vie comme exilé, nostalgique de Rome et exprimant sa douleur dans ses derniers écrits : les Tristes et les Pontiques.
   
   Poète courant toujours après la notoriété qui fut celle de Virgile, son "Art d’aimer" était célèbre autant pour sa qualité poétique que pour ses passages licencieux.
   
   Les Métamorphoses sont sa grande œuvre avec laquelle il pourra rivaliser avec Virgile.
   
   Avec les "Métamorphoses" Ovide veut déchiffrer le monde, c'est une histoire de l'humanité avec près de 800 personnages.
   
   Il parvient à donner à son récit une unité en rassemblant tous les récits des mythes en un long poème. Il a relié les diverses fables donnant ainsi l’impression d’une seule narration.
   
   C’est le livre des pires passions, vengeance, jalousie, incestes, meurtre et trahison, l’émerveillement du début tourne parfois au cauchemar.
   
   Le monde décrit par Ovide est peuplé d’hommes qui se font serpents ou oiseaux ou encore végétal et parfois en astres qui perdureront dans notre ciel.
   
   Ovide a certainement puisé une part importante de ses sources chez des auteurs grecs et chez les poètes, depuis Homère jusqu’à Euripide.
   
   On dit qu’Ovide était pythagoricien c’est à dire qu’il suivait cette doctrine qui affirme que chaque être vivant subit de nombreuses transformations au cours de son existence. Elle est largement utilisée dans les légendes des Métamorphoses.
   
   Pierre Maréchaux insiste dans son essai sur l’aspect assez noir de l’œuvre, la chute et la fin de l’âge d’or étant toujours proche et Ovide "laisse entendre que le monde n’est que bouleversement", les différentes métamorphoses subies par l’homme sont "un constat d’échec de toutes les civilisations et de toutes les cultures".
   
   Ovide est assez éloigné du caractère louangeur et un rien lèche-botte de l’Enéïde, pas question pour lui de faire l’apologie d’Auguste, Pierre Maréchaux le dit ainsi "Ovide peut dire sans dire, louer sans acquiescer, blâmer sans être pesant."
   
   Il y a les mythes célèbres : Actéon, Philémon et Baucis, Echo et Narcisse, le mythe d’Orphée que l’on connait mais sans être parfois capable de retrouver le mythe derrière les noms devenus célèbres.
   
   C’est dans les vers d’Ovide que peintres et sculpteurs ont directement puisé leur inspiration.
   
   La beauté des Métamorphoses réside dans la richesse, l’abondance, la variété qui permettent, aux artistes, du Nord comme du Sud de l’Europe, les illustrations les plus diverses.
   
   Récit intemporel que l’on retrouve dans la littérature plus proche de nous : Alice et sa transformation, Kafka et la métamorphose de Gregor Samsa ou le Mr Hyde de Stevenson
   
   J’ai beaucoup aimé la traduction en vers d’Olivier Sers.
   
   
   * Enigmes romaines - Pierre Maréchaux
   ** Ovide ou l'amour puni - Lucien d'Azay

critique par Dominique




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