Lecture / Ecriture
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Sourde angoisse de Pat Barker

Pat Barker
  Sourde angoisse

Pat Barker est une écrivaine britannique née en 1943.

Sourde angoisse - Pat Barker

Montée en tension
Note :

   Ce roman s’inscrit dans la grande tradition des romans britanniques, à la limite de la psychologie et du policier. Pas de meurtres, mais un lent malaise qui s’installe lourdement quelque part en Ecosse, au beau milieu des bocages et des champs. Une région sinistrée et qui se remet difficilement de l’abattage forcé des moutons, épidémie de fièvre aphteuse oblige.
   
   La caractéristique majeure de ce roman qui sait vous tenir en haleine, est de mettre en scène des êtres en reconstruction. Toutes et tous sont en recherche difficile du sens à donner à leur vie après une série d’épreuves dont ils ont peine à se remettre. Ces personnages qui interfèrent entre eux et partagent des bouts de passé commun, directement ou indirectement, vont progressivement trouver en l’autre le moyen de repartir de l’avant, malgré le poids du malheur.
   
   Ainsi nous trouvons tout d’abord Kate, une encore belle femme d’une cinquantaine d’années, sculpteur et qui va être brutalement victime d’un étrange accident de circulation. Ejectée de son véhicule, elle se retrouve gravement blessée, hospitalisée alors qu’elle doit exécuter une commande d’un Christ grandiose, œuvre majeure de sa vie. La scène de l’accident est absolument remarquable et inscrit immédiatement l’œuvre dans une atmosphère d’étrangeté grandissante.
   
   Comment accepter de se faire assister, à sa sortie, alors qu’elle ne peut supporter la moindre présence dans son atelier? En quoi la réalisation de ce Christ en tous points différents des habituels poncifs va-t-elle lui permettre de trouver un nouveau sens à sa vie alors qu’elle vient de perdre son mari, Ben, grand reporter, abattu en Afghanistan?
   
   Elle va faire la connaissance de Stephen, ex grand-reporter de guerre, compagnon de travail et d’infortune de toujours de Ben et qui a assisté à la mort de celui-ci. Stephen vient chercher la paix dans le cottage de son frère pour écrire un livre en hommage à Ben. Un livre qui marque la fin d’une vie professionnelle et le début d’une nouvelle ère personnelle. Stephen vient de quitter son épouse et est en plein divorce, en recherche d’un nouveau sens lui aussi. Stephen jouera un rôle central, véritable plaque tournante entre ces êtres perturbés.
   
   Est-ce Justine qui saura lui donner une réponse, un sens, la jeune et délurée fille du Pasteur qui garde le fils bizarre, un rien autiste du frère de Stephen? Justine vient de vivre un cuisant échec amoureux, se remet d’une mononucléose et ne sait trop quoi faire en attendant de reprendre ses études de médecine.
   
   Et quel rôle peut bien jouer Peter, protégé du Pasteur, jardinier à ses heures, homme à tout faire de Kate, assistant obligé et obligeant, prisme déformateur du Christ statufié et pastoral. Quel passé trouble cache-t-il derrière une attitude toute en retenue? Pourquoi est-il si insaisissable, si troublant? Quel lien entretient-il avec les autres acteurs?
   
   Quant au Pasteur, il s’est fait larguer par son épouse et vit une romance tardive avec une paroissienne déjantée, adolescente attardée et amoureuse de ses moutons disparus. Un homme bizarre et qui cache derrière l’amour du Christ un caractère emporté et une vie de rancune. La risée de la Paroisse où il s’est volontairement laissé enfermé pour cacher une absence de sens.
   
   Autour de ce quatuor gravite un autre couple, le frère et la belle-sœur de Stephen, dont la solidarité de façade ne résistera pas longtemps à une observation attentive. Encore une femme qui se réfugie dans un futile et frénétique jardinage pour fuir une vie sexuelle inexistante, un enfant asocial, une vie vide de tout sens.
   
   Bref, tout ce petit monde va s’influencer et c’est la passionnante observation de ces fils, de ces mots, de ces interactions qui est mise en scène, pas à pas, avec précision et talent. Peu à peu, la toile se tisse, le puzzle prend forme.
   
   Pas de spectaculaire mais un malaise qui grandit et qui va laisser les uns avec des réponses, certains sans.

critique par Cetalir




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