Lecture / Ecriture
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Liens de famille de Clarice Lispector

Clarice Lispector
  Agua Viva
  Où étais-tu pendant la nuit?
  Un souffle de vie
  Liens de famille
  La belle et la bête, suivi de Passion des corps

Clarice Lispector est une écrivaine brésilienne née en 1920 en Ukraine, dans une famille juive qui émigra aussitôt au Brésil. Elle est morte d'un cancer en 1977 à Rio de Janeiro.

Benjamin Moser lui a consacré une biographie.

Liens de famille - Clarice Lispector

Liens secrets!
Note :

   La récente lecture de la biographie de Clarice Lispector m'a donné envie de lire ou relire certains de ses ouvrages. Ces textes sont définis par deux mots : contes et nouvelles.
   
   "Rêverie et ivresse d'une jeune portugaise" commence ce livre, récit languissant d'une femme ivre aux prises avec les avances d'un riche commerçant en affaire avec son mari! Elle observe les autres clients du restaurant... regard caustique pour ne pas dire méchant... retour à la maison et sur terre.
   
   "Amour" raconte la journée d'une femme Ana, et sa tranquille assurance sauf durant ce qu'elle nomme l'heure dangereuse de l'après-midi... une rencontre un jour et...
   
   La famille, on y arrive dans une nouvelle dont le titre est "L'imitation de la rose" Un repas doit avoir lieu, il est question de roses, d'un bouquet, qui semble poser problème à Laura! Elle va bien, un peu fatiguée, elle est de retour... enfin elle veut y croire. L'arrivée de son mari va changer cet état de fait. La tristesse engendrée par une personne dont le corps est là mais dont l' esprit est ailleurs. Comme dans un train qui serait déjà parti.
   
   "Joyeux anniversaire" raconte une autre réunion de famille, les présents bien sûr, je parle des hommes et des femmes, les absents pour des querelles dont on ne sait plus réellement le sens... Et l'aïeul du haut de ses quatre-vingt neuf ans! Famille je vous haïs, version samba brésilienne! C'est tournée rancœurs, autour des décombres d'une table de fête...Un texte dont la plume qui a servi à l'écrire a été trempée dans le vitriol. A table aussi pour "Le diner", nouvelle dont je n'ai pas saisi le goût.
   
   Une poule et une famille... qui de la poule ou de l’œuf... La femme la plus petite du monde a le droit d'être amoureuse, la journée d'une écolière qui commence par un trajet en bus... une mère et une fille en taxi dans la nouvelle qui donne son nom au recueil. Un homme et deux chiens, l'un mort, l'autre abandonné, une femme dans un zoo sont quelques-uns des personnages croisés dans ce livre.
   
   Toujours ce sentiment étrange que j'éprouve à la lecture de Clarice Lispector. L'impression de ne pas tout comprendre ce qui est écrit, d'aimer, de ne pas savoir pourquoi ou du moins d'être incapable de l' expliquer! Alors arrêtons-là les explications!
   
   Des scènes de vie et de mort, d'amour et de haine, bref notre quotidien revu et corrigé par Clarice Lispector. C'est étrange et beau.
   
   
   Extraits :
   
   - Pour trouver, il fallait chercher, se dit-elle en guise de proverbes mal arrimés, un proverbe finit toujours par ressembler à une vérité.
   
   - Elle aimait... d'avance elle aimait l'homme qu'un jour elle allait aimer. Pourquoi pas, cela arrivait parfois, à aucun des deux la faute ou les conséquences.
   
   - La cruauté du monde était tranquille. L'assassinat profond. Et la mort n'était pas ce que nous pensions.
   
   - Avant de se coucher, comme s'il éteignait une bougie, elle souffla la petite flamme de la journée.
   
   - La paix d'un homme c'était, oublieux de sa femme, discuter avec un autre homme de ce que racontaient les journaux.
   
   - Et ensuite elle se retrouvait épuisée, la fatigue était comme une récompense.
   
   - Mais à la lumière de ce salon les roses étaient dans la plénitude tranquille de leur beauté.
   
   - Tandis qu'ils chantaient, l'aïeul, à la lumière de la bougie allumée méditait comme devant un âtre.
   
   - Comment avait-elle pu donner le jour à ces êtres rigolards, faibles sans gravité? La rancune ronflait dans son cœur vide. Des communistes, voilà ce qu'ils étaient, des communistes. Elle les regarda avec sa colère de vieille.
   
   - Très tôt le matin, c'était toujours la même chose renouvelée : se réveiller. C'était languissant, déplié, immense. Immensément elle ouvrait les yeux.
   
   - Elle était très belle en cet instant, si élégante. Intégrée dans son époque et dans la ville où elle était née comme si elle l'avait choisi.
   
   - Je t'aime, dit-elle alors avec haine à l'homme dont le grand crime impunissable était de ne pas vouloir d'elle.
   

   
   Titre original :Laçaos de familia (1960)

critique par Eireann Yvon




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