Lecture / Ecriture
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Erasme de Stefan Zweig

Stefan Zweig
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  Romain Rolland / Stefan Zweig : Correspondance 1910-1919

Stefan Zweig est un écrivain, dramaturge, journaliste et biographe autrichien né en 1881 à Vienne en Autriche-Hongrie, il s'est suicidé avec son épouse en 1942, au Brésil.

Erasme - Stefan Zweig

Le Prince des humanistes
Note :

   Quand on a un peu lu Stefan Zweig on n’est nullement étonné qu’il ait consacré une de ses biographies à Érasme.
   On retrouve dans ce livre les préoccupations qui étaient déjà celles de Zweig quand il écrivait “Conscience contre violence” quand il traçait déjà son opposition au fanatisme. C’est ici le "legs spirituel" de l’humaniste qu’il souhaite transmettre, un idéal de tolérance politique et religieuse.
   
   On dit Érasme né vers 1469 à Rotterdam, né européen en somme car cette région à l’époque n’est pas encore les Pays-bas, plus tout à fait le Duché de Bourgogne et pas vraiment l’Espagne.
   Né vraisemblablement bâtard et sans doute fils de prêtre!! Difficile début dans l’existence. Cela n’empêche pas qu’il soit ordonné par l’évêque d’Utrecht en 1492, mais il abandonne vite la prêtrise pour la vagabondage dans toute l’Europe, pour la vie de l’esprit.
   L’Angleterre des Tudor, Anvers, Louvain, Paris où il vit très pauvrement "comme un escargot". Enfin c’est l’Italie, Pise, Bologne, Venise où il est l’hôte du grand imprimeur Alde Manuce, Rome où s’ouvrent pour lui les portes de la Bibliothèque Vaticane.
   Vagabond et écrivain. Un amoureux de la langue, des mots, de la poésie, un écrivain prolifique à côté de qui Hugo ferait pâle figure! Il s’exprime le plus souvent en latin, le latin des humanistes.
   
   C’est un "fervent des livres", la culture, la vie intellectuelle, voilà ce qui lui importe et qui tout au long de sa vie le feront développer des amitiés avec des hommes de savoir.
   Il lit jusqu’à plus soif, les auteurs de l’antiquité, la Bible, son apprentissage du grec va lui ouvrir les portes des auteurs qu’ils appréciera toute sa vie : Euripide, Lucien l’insolent.
   Les Adages lui apportèrent la célébrité.
   "Errant à l’aventure dans les jardins si divers des auteurs, j’ai cueilli les adages les plus anciens et les plus remarquables comme de jolies fleurs de toute espèce et j’en ai composé une guirlande harmonieuse."
   
   Les multiples éditions s’enrichiront jusqu’à rassembler plus de 4000 adages. Érasme mobilise tout son savoir pour comprendre d’où vient l’expression, il cherche dans les vieux traités de science, de médecine, parmi les contes populaires, dans la mythologie. Il ajoute, il retranche, il corrige.
   "Les adages sont une forme ouverte : on peut ajouter ce que l’on veut, là où on le veut. Ce sera la même chose plus tard dans les Essais de Montaigne."
   
   Du plus court à celui qui est un véritable essai philosophiques les adages "ne sont rien sans les commentaires qui leur donnent sens et prennent parfois l’allure d’un petit traité".
   "La meilleure lecture sera buissonnière comme fut buissonnière leur composition"
dit Daniel Ménager un biographe d’Érasme.
   
   C’est chez Thomas Moore qu’il compose “l’Eloge de la folie”, satire qui va lui attirer les faveurs du public mais la vindicte de l’Eglise et qui reste pour le lecteur d’aujourd’hui son livre le plus lu.
   
   Traités, dialogues, essais philosophiques, essais pédagogiques pour l’apprentissage du latin, les Colloques teintés d’ironie, d’humour parfois, dans lesquels s’expriment sa pensée sous la forme de dialogues.
   Enfin une traduction du Nouveau Testament du grec au latin, afin de débarrasser le texte de tous les ajouts inutiles . Avec un certain culot l’auteur dédie sa traduction au Pape Léon X alors que manifestement il est là bien plus proche de Luther dans la recherche de la simplicité, il souhaite même que le texte soit traduit en langue vulgaire pour que "puisse le paysan au manche de sa charrue en chanter des passages, le tisserand à ses lisses en moduler quelque air, où le voyageur alléger la fatigue de sa route avec ses récits."
   
   La faiblesse d’un tel homme? Elle réside dans son indécision au moment de la Réforme mais "L’excès en toute chose demeurait étranger à sa nature" incapable de soutenir ou de condamner Luther il tente de tenir une position médiane.
   Entre les deux hommes les relations vont devenir très difficiles : incompréhension, vindicte, diatribe, polémique : ils ne parviendront jamais à se comprendre.
   La fureur d’un Luther est trop grande, l’indécision d’Érasme trop difficile à surmonter, c’est l’affrontement de deux hommes de piété.
   L’un plonge dans la bataille, l’autre se veut au-dessus de la mêlée.
   D'Érasme Zweig nous dit "Il ne marche pas aux côtés de la Réforme, il ne marche pas aux côtés de l’Eglise"
   C’est la rupture entre l’humanisme et la Réforme allemande, Luther le voue aux gémonies et l’Eglise met ses livres à l’index.
   
   Érasme grand voyageur fut aussi un grand épistolier une correspondance extraordinaire de diversité : Thomas Moore dont il est l’ami, Luther si proche et si éloigné, François Ier, trois papes, Charles Quint
   C’est un grand européen avant l’heure, portraituré par les grands peintres de l’époque.
   Lui que l’on a appelé le précepteur de l’Europe fut toute sa vie l’ami des grands, mais vécut toujours assez simplement dans un souci d’indépendance, exerça de petits métiers pour survivre mais fut un homme des plus courtisé "les princes se le disputeront, les papes et les réformateurs l’imploreront, les imprimeurs viendront l’assaillir, il fera aux riches l’honneur d’accepter leurs présents."
   
   Zweig fait un tableau de cette époque où "Un siècle finit, des temps nouveaux commencent : pendant un court instant , l’Europe n’a plus qu’un cœur, un désir, une volonté" Hélas hélas ce temps de l’humanisme sera aussi celui du fanatisme religieux.

critique par Dominique




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