Lecture / Ecriture
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Lanterne magique de Edna O'Brien

Edna O'Brien
  Nuit
  Tu ne tueras point
  Saints et pécheurs
  Lanterne magique
  Les païens d'Irlande
  Crépuscule irlandais
  Fille de la campagne

Edna O'Brien est une romancière Irlandaise née en 1930.

Lanterne magique - Edna O'Brien

Derrière les rideaux
Note :

   Recueil de nouvelles datant de 1988, et à l’époque, Edna O’Brien trempait souvent sa plume dans le vitriol et commençait une longue période d’amour et de haine pour l’Irlande.
   
   Douze nouvelles de l’Irlande rurale, religieuse et mesquine, comme dans "Souvent, dans le silence nocturne"ou dans un petit village quelques drames se terrent. Une religieuse rompant ses vœux vient s’installer chez sa sœur et son bellâtre de beau-frère, les racontars vont bon train, mais des gens les ont vu ou ont connu des gens qui ont tout vu? Et cette pauvre Ita, dévote pure et dure qui deviendra folle à la vue d’un jeune missionnaire.
   
   La folie et la solitude dans "Frère" où une sœur voit d’un très mauvais œil le futur mariage de son frère avec lequel elle entretient des relations quasi sexuelles. La seule solution est la mort de la future mariée.
   
   Que se passe t-il chez Bridget "La veuve" où un curé est mort d’une chute dans l’escalier? Et le jour où Bridget veut se remarier, la rumeur brisera son futur bonheur et sa vie aussi. "Epitaphe" est le long monologue d’une femme revivant ses retrouvailles et ses ruptures avec un homme dont elle est amoureuse, tout en étant consciente que rien de bon ne peut sortir de cette relation.
   
   Des gens étouffés par la religion, brimés par une misère sexuelle imposée par l’église, des femmes confites de dévotion, des hommes confits par l’alcool.
   
   La médisance et les commérages sont les seules distractions de ces villages perdus. La cupidité et la possession de la terre sont les seuls buts et les seuls rêves.
   Voilà les personnages de ce livre dont très peu sont épargnés par la plume de l’auteur.
   
   La description du village au fin fond de l’Irlande par Edna O’Brien est un modèle :
   -Quand on pénètre pour la première fois dans ce village, il donne l’impression d’un trou perdu où les âmes et les corps sont devenus les proies d’un ennui opiniâtre.
   -Il se peut que votre village ressemble beaucoup à celui-ci ; il se peut que ce soit partout pareil ; il se peut que la pitié soit un luxe, et le salut une notion du passé.

   
   Ce livre me laisse toujours une impression de malaise ; d’abord l’écriture, pas très facile d’Edna O’Brien dans ses nouvelles de jeunesse, ce recueil et "Un cœur fanatique" par exemple.
   Et toujours présente en toile de fond cette espèce de sexualité et parfois d’obscénité, ces incestes à peine voilés. Ce sentiment de pêché comme une chape de plomb, la folie et les rancœurs accumulées comme si elle réglait ses comptes avec une société qui avait censuré ses ouvrages et l’avait contrainte à l’exil.
   
   Je pense que la lecture des premières œuvres d’Edna O’Brien, conjuguée avec celles de John Mc Gahern et de John Broderick dresse un tableau affligeant de la société irlandaise des années 1950/1965.
   
   
   Extraits :
   
   -Dans une autre maison, un prêtre défroqué, malade des nerfs, demeure assis la majeure partie de la journée. Une personne prétend que le curé s’intéressait aux dames.
   
   -Ita, autrefois, était un parangon dans ce hameau, la dévote la plus admirée.
   
   -Mais beaucoup des filles de la ville sentaient une odeur pire, sentaient le péché, et Ita le savait.
   
   -Les parents s’en foutaient : du moins ils se débarrassaient d’une de leurs connasses.
   
   -Alors, il met sa main sur la mienne, et me dirige vers sa queue. Défait mes vêtements. S’extasiait sur le fait que j’étais la meilleure des sœurs.
   
   -Vivement le mariage! Vouée à la mort, qu’elle est.
   
   -Qu’est-ce que Bridget essaie de nous cacher?
   
   -"Que je tombe morte si ce n’est pas vrai" déclara t-elle en portant la main au gilet de laine grise qui couvrait sa poitrine creuse.
   
   -Qui étions-nous devenus, sinon des fantômes, dans nos linceuls solitaires.
   

   
   Titre original "Lanterne Slides"

critique par Eireann Yvon




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