Lecture / Ecriture
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Le dernier lapon de Olivier Truc

Olivier Truc
  Le dernier lapon
  Le Détroit du Loup
  L'imposteur

Olivier Truc est un écrivain et journaliste français né en 1964. Journaliste,il vit à Stockholm depuis 1994 où, après avoir travaillé à Libération, il est le correspondant du Monde et du Point. Spécialiste des pays baltes et nordiques, il est aussi documentariste pour la télévision.

Le dernier lapon - Olivier Truc

Premier roman
Note :

   Prix des Lecteurs Quais du Polar 2013
   
   "Demain, entre 11h14 et 11h 41, Klemet allait redevenir un homme, avec une ombre."
   
   Le 11 janvier, enfin, après 40 jours de nuit polaire, le soleil sera au rendez-vous, attendu par toute la population de Kautokeino (Norvège). Température entre -30° et - 20° quand même, il vaut mieux garder sa chapka. Dans les grands espaces enneigés, les rennes cherchent leur nourriture, indifférents aux frontières des hommes, le pays sami s'étendant sur plusieurs pays.
   Un tambour chaman est volé au centre culturel, un éleveur de rennes est assassiné dans son gumpi. Klemet et sa coéquipière Nina, appartenant à la police des rennes, vont mener l'enquête. L'affaire est plus sensible et compliquée qu'il n'y paraît, le passé refait surface. Petit à petit les fils vont se dénouer et une incroyable histoire se faire jour.
   
   En plus d'une histoire policière habilement menée, avec un final haletant, l'auteur, qui connaît bien le coin, offre un panorama attachant de la vie dans ce grand nord. Aslak est un éleveur traditionnel, circulant à ski et vivant sous tente, les autres éleveurs utilisent la motoneige, mais bénéficier du progrès et d'un peu plus de confort de vie les oblige à augmenter la taille de leur troupeau. Ce coin est resté assez fidèle aux traditions, mais il a fallu lutter pour préserver la langue sami (interdite à l'école, à une époque). L’histoire de ce peuple est aussi évoquée, mais sans lourdeur et sans ralentir la narration.
   
   Bref, un bon roman noir comme je les aime, avec une histoire bien menée qu'on ne lâche pas, et un fond intéressant et instructif. Y aura-t-il une suite?
   
   A lire, vraiment, ce "polar nordique" qui au moins n'a pas eu besoin de traduction...
    ↓

critique par Keisha




* * *



Peaux rouges de tous les pays, même combat
Note :

   L’action se déroule en Laponie, nord de la Scandinavie, autour de la ville de Kautokeino, en territoire norvégien.
   
   Le prologue nous met en scène, au 17eme siècle, une tragédie sanglante, résultat d’un conflit entre un cruel Pasteur Lars Laestadius, venu évangéliser ce territoire, et le peuple Sami, attaché à sa religion païenne, à ses rites, ses coutumes, que la colonisation met à mal.
   
   Au XXème siècle, le conflit existe toujours, et revêt des formes multiples, religieuses bien sûr, mais aussi politiques, et prenant la forme d’une haine raciale envers les Sami, qui le leur rendent bien.
   
   Klemet, un homme de cinquante ans travaillant à la police des rennes, vient de se voir adjoindre une jeune policière venue d’Oslo, Nina. N’ayant pas eu apparemment de vie sentimentale, et frustré dans plusieurs domaines, le policier accueille sa nouvelle collègue sans aménité. Mais ils vont vite être confrontés à l’assassinat d’un éleveur de rennes, Mattis, qui vivait retiré sous son gumpi (tente) buvait trop, et résistait à la colonisation. En même temps, un tambour Sami d’une grande valeur, a disparu du Musée de Kautokeino, avant même qu’Helmut Juhl le conservateur, qui l’avait fait venir de France, ne l’ait vu.
   
   Les suspects sont nombreux. Ce géologue Français Rascagnal, pervers notoire, qui vient prospecter pour une compagnie minière et a conclu un drôle de marché avec Karl Olsen, un vieux paysan retors. Les autres éleveurs de rennes du voisinage, avec qui Mattis était souvent en conflit. L’étrange Aslak, un éleveur qui vit reclus dans sa tente et conserve scrupuleusement toutes les façons de vivre du peuple Sami d’antan, au point de ne se nourrir et vêtir, que de ses animaux, et n’avoir de commerce qu’avec eux. C’est ce qu’on appelle vivre en autarcie… Il boit du bouillon de renne, alors que ses compatriotes se sont mis au café depuis belle lurette, ne mange que de la viande de renne (le régime Dukan, en somme) fait sa toilette dans la neige, ne se rend jamais en ville… sa femme a l’esprit dérangé ; pas étonnant se dit le lecteur, la pauvre, à mener une telle existence!... mais il y a autre chose d’enseveli sous la neige du passé, vous vous en doutez!
   
   Un policier très classique dans sa forme et sa construction avec les ingrédients bien connus : vengeance, appât du gain, déviations sexuelles, orgueil, et démesures à tous les niveaux.
   
   Un roman extrêmement bien documenté sur les coutumes et le mode de vie du peuple Sami, leur savoir-faire, leur art (les chants, les Joïks instruments de transmission, les tambours et leurs symboles) et leur difficiles conditions d’existence.
   
   Un roman dans lequel on idéalise le passé censé être toujours mieux que le présent, où la colonisation n'a été qu'infamie, brutalité, et persécution, et d'où rien de bon n'est jamais sorti. Le héros du roman Aslak qui méprise la civilisation, dans sa grande "sagesse". Seule, la policière Nina essaie de faire entendre un autre petit son de cloche, hésitant, mais bien timbré.
   
   Vive Nina! Rien que pour elle, je reprendrai de ce truc.
    ↓

critique par Jehanne




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Adversité du peuple sam
Note :

   Certains l’ont appelé le pays du Père Noël, quelle ironie pour parler d’un pays où le noir dure plusieurs mois, où un partie de la population est encore aujourd’hui à part!
   
   Quel plaisir que l’auteur de ce polar ait réussi à montrer cet aspect de la Laponie tout en nous réjouissant avec un roman extra.
   
   Pfft sautez directement l’automne et vous voilà en plein hiver à Kautokeino dans la toundra, le jour où le soleil va réapparaître et les hommes récupérer leur ombre.
   
   Klemet Nango et sa coéquipière Nina Nansen n’ont pas vraiment le temps d’admirer ce retour du soleil car ils ont à gérer à la fois le vol au centre culturel de la ville d’un tambour de chaman, un objet de valeur mais plus que cela, un symbole de la civilisation sami, et le meurtre d’un vieux lapon éleveur de rennes.
   
   Klemet et Nina appartiennent à la police des rennes, l’un est expérimenté et d’origine lapone, l’autre une jeune femme tout juste sortie de l’école de police, ils vont devoir faire preuve d’obstination, de doigté, d’autorité pour résoudre ces deux affaires qui se révèlent liées entre elles.
   
   L’enquête s’oriente vers les éleveurs dont les querelles autour de la propriété des troupeaux sont permanentes. Berit une femme malmenée par le sort et qui est la seule témoin du vol, en sait-elle plus qu’elle ne veut bien le dire?
   
   Vous voilà plongé en pleine nuit polaire et je vous assure que vous ne lâcherez pas ce polar!
   Tout y est : des héros superbes comme Aslak le lapon qui refuse la modernité, qui vit comme ses ancêtres et protège sa femme atteinte de folie, un chanteur de Joïks, chants traditionnels qui disent la joie ou le malheur du peuple sam et un vieux savant français compagnon de Paul-Emile Victor pas moins!!!
   
   Tout est excellent dans ce polar, l’atmosphère, les personnages, les paysages.
   
   C’est écrit de façon très efficace, d’une plume bien vigoureuse, il faut ça pour se réchauffer! On apprend des tas de choses sur la culture sami et les enjeux économiques de cette région qui chevauche les frontières. On est loin du piège à touristes et des rennes du Père Noël. Une réussite.
   ↓

critique par Dominique




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Sur les traces de Paul-Emile Victor
Note :

   "Nina sentait qu'elle allait entrer dans un monde qu'elle n'avait jamais soupçonné. bien plus encore qu'avec les autres éleveurs de rennes. Elle allait franchir une nouvelle frontière. Le vent la poussait vers l'entrée tandis que résonnaient à ses oreilles les cris d'Aslak sur un Klemet impassible, le coup de fusil, ce hurlement terrifiant dont elle sentait qu'elle allait bientôt en découvrir la source. Aslak se baissa le premier pour entrer. Il disparut dans une semi-obscurité. Puis il souleva une épaisse bâche qui faisait office de porte. Elle s'apprêtait à se courber quand elle tourna son regard vers lui. Il la fixait, les yeux noirs pétillants d'intensité au milieu de ses rides profondes, le visage buriné et à moitié enfoui sous cette barbe drue. Nina ne savait interpréter ce regard qui ne bougeait pas."
   
   Je vais ajouter mes louanges à celles déjà lues ici et là sur les blogs. Je suis tombée instantanément sous le charme de ce polar nordique, écrit par un auteur français. Deux raisons à cela : l'intrigue qui est bien menée et m'a tenue en haleine sans temps mort. Et tout ce que j'ai appris sur la communauté sami et le dépeçage de la Laponie entre Suède, Norvège, Finlande et même Russie, dans le but bien sûr d'exploiter les richesses minières du territoire des éleveurs de rennes.
   
   Le roman est trop touffu pour que j'en évoque toutes les facettes, je vais me limiter aux grandes lignes. L'histoire commence à Kautokeino, Laponie centrale, à la fin de la nuit polaire. Le soleil fait sa réapparition, 40 minutes le premier jour. Klemet travaille à la police des rennes et vient d'être rejoint par Nina, jeune policière du sud de la Suède, ignorant presque tout du grand nord. Un tambour de chaman vient d'être volé au musée local, or sa valeur est hautement symbolique. La plupart des tambours ont été détruits par les pasteurs protestants, très pressés de convertir la population et d'éradiquer leurs croyances ancestrales.
   
   Presque aussitôt, un vieil éleveur au bout du rouleau est assassiné dans son gumpi (tente), les oreilles coupées et marquées comme on le fait pour les rennes, afin d'identifier leur propriétaire. Klemet et Nina vont avoir fort à faire pour découvrir s'il y a un lien entre les deux évènements et quel est sa nature.
   
   L'enquête les mènera jusqu'en France, sur les traces d'une expédition de Paul-Emile Victor, juste avant la seconde guerre mondiale. Ils devront remonter l'histoire et se pencher sur l'exploitation minière de la Laponie et le changement de vie radical qu'il a entraîné chez les samis.
   
   Ce qui fait l'attrait de ce roman, ce sont les personnages, dont deux me resteront particulièrement chers. Nina, la jeune policière qui, dans son ignorance, pose les questions que j'aurai posées moi-même et qui fait preuve de bon sens et de fermeté. Et Aslak, l'éleveur ancienne manière, qui va toujours à ski alors que tous les autres éleveurs utilisent des moto-neiges, Aslak dont la femme à moitié folle, hurle à intervalles réguliers.
   
   Klemet, s'il a une connaissance parfaite du territoire, peut être balourd parfois. Il faut dire qu'il ne sait pas très bien ce qui lui reste de son héritage sami et que ce n'est pas facile pour lui de se situer au sein de la police "officielle". Certains considèrent la police des rennes comme folklorique et enragent de voir les droits des autochtones reconnus. Comme trop souvent, les colonisateurs se considèrent comme supérieurs et propriétaires des territoires qu'ils ont spoliés. Il y a aussi Berit, une vieille femme seule, qui en sait certainement bien plus qu'elle ne le dit ; un géologue français, dangereux prédateur ; l'oncle de Klemet, fin connaisseur des chants lapons, les joïks etc.
   
   Les descriptions des grands espaces, des courses dans la neige, du froid intense, du vent, sont magnifiques et très visuelles. J'ai adoré tout ce qui a trait aux anciennes coutumes et au chamanisme, le tout exposé sans lyrisme excessif. A souligner, une entrée en matière saisissante, qui mérite d'être relue à la fin du roman. Elle prend tout son relief.
    ↓

critique par Lou




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Exotique
Note :

   Olivier Turc est journaliste, il vit à Stockholm depuis 1994, correspondant du Monde et du Point. Spécialiste des pays nordiques et baltes, biographe, documentariste, il signe là un premier roman réussi.
   
   Au cœur de la Laponie, pays de neige et de toundra, un meurtre et un vol ont été commis sans qu’il semble y avoir le moindre lien. Le vol d’un tambour au Centre Culturel de Kautokeino, pas de n’importe quel tambour, un tambour de chaman légué par Paul-Emile Victor, recouvert de signes mystérieux qui semblent révéler une histoire du passé. Fondamentalistes protestants et indépendantistes samis sont soupçonnés. Mais le meurtre d’un éleveur de rennes la même nuit complique l’affaire.
   
   La nuit polaire et la neige rendent la garde des troupeaux de rennes difficile pour les bergers qui doivent empêcher leur vagabondage. De nombreuses rivalités existent entre les Samis, c’est pourquoi, il existe une police des rennes qui a pour mission de contrôler cet espace divisé entre trois pays. Klemet, le policier lapon, et sa collègue Nina vont avoir la lourde charge en plein froid glacial de retrouver et le tambour et le meurtrier. A surveiller aussi le géologue français fraîchement débarqué. Qu’espère-t-il réaliser dans un sol gelé en profondeur? Que cherche-t-il?
   
   Au rythme de la découverte de faits nouveaux, le soleil réapparaît jour après jour, éclaire un paysage de toute beauté, dévoilant les manœuvres malveillantes des hommes. Laponie, terre de contraste entre modernité et tradition ancestrale.
   
   Un policier très réussi, exotique.

critique par Michelle




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