Lecture / Ecriture
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Narayama de Shichirô Fukazawa

Shichirô Fukazawa
  Narayama

Shichirō Fukazawa (深沢 七郎) est un écrivain et musicien japonais né en 1914 et décédé en 1987.

Narayama - Shichirô Fukazawa

Charme rustique!
Note :

   Comment décrire cette nouvelle? Il s’agit d’une sorte de chronique (totalement imaginaire, c’est précisé) du quotidien d’un village perdu dans les montagnes japonaises ; chronique émaillée de chants (également imaginés par l’auteur) qui accompagnent les habitants dans leur quotidien tout au long des saisons…
   
   Il est question en particulier d’une vieille femme, O Rin, qui, avant de se rendre sur la colline de Narayama et y mourir, attend que son fils (qui est veuf) trouve une nouvelle épouse.
   
   Voilà, c’est à peu près tout ce qui se passe. Dans sa préface, le traducteur nous apprend que cette nouvelle a fait un malheur au Japon dans les années cinquante. Il est question de sa "rudesse", sa "franche cruauté", mais aussi de son "humanité profonde", sa "poésie mystérieuse"…
   
   Or, tant pis pour moi, mais je n’ai pas du tout été sensible à son charme rustique. J’ai trouvé cette nouvelle très ennuyeuse (heureusement qu’elle n’est pas très longue!), très primitive d’un point de vue linguistique et fruste pour ce qui est de la description des sentiments, des observations… je crois avoir compris que c’était voulu ainsi par l’auteur, mais j’étais plutôt mal à l’aise à la lecture.
   
   Non, je n’ai vraiment pas aimé!
   
   
   PS. : IMAMURA a tiré son film "La ballade de Narayama" de cette nouvelle qui lui a valu la Palme d’or à Cannes en 1983. Ce film était vendu avec cette édition de "L'imaginaire"
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critique par Alianna




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Années 50 au Japon
Note :

   Étude à propos des chansons de Narayama
   

   Cette nouvelle de 150 pages a été publiée pour la première fois en 1956 au Japon, en 1959 en France. L’auteur sort un peu des normes par rapport aux écrivains que l’on a l’habitude de lire. Il est "né à Isawamachi, préfecture de Yamanashi, dans une région montagneuse du Japon central où le relief rend la terre ingrate et maintient l’homme à l’abri des influences extérieures, Shichirô Fukazawa ne poursuivit pas ses études au-delà du premier cycle secondaire qui se terminait, dans le régime en vigueur alors, vers la seizième année". Il s’est formé seul à la littérature et a commencé très tôt à écrire.
   
   L’histoire est située dans le même type de région, que celle où l’auteur a grandi (Bernard Frank insiste dans sa postface pour dire qu’il s’agit bien roman et non d’une étude sociologique). Ainsi, on arrive dans une petite communauté au moment où O Rin s’apprête à franchir le cap des 70 ans et à faire le pèlerinage de Narayama, un pèlerinage que font toutes les personnes âgées, avec leur fils aîné, vers la montagne où vivrait le dieu Narayama. Mais en attendant, O Rin a beaucoup de soucis, en plus de celui de préparer son pèlerinage. Son fils a perdu sa femme ; en allant au ramassage des marrons, elle a roulé au fond d’un ravin. Elle laisse quatre enfants, dont certains en bas âge, mais aussi un adolescent. O Rin doit s’occuper de trouver une nouvelle femme pour son fils, de marier son petit-fils (il a déjà trouvé quelqu’un et l’a mise enceinte) mais aussi d’assurer la transmission de son savoir.
   
   On va suivre la vie d’O Rin pendant cette année et découvrir par ce biais la vie, les traditions et les croyances de cette petite communauté. Le titre de la nouvelle est en réalité Étude à propos des chansons de Narayama et c’est par ce biais que l’on va aussi découvrir ce village de montagne. En effet, pour chaque occasion, il semble y avoir une chanson / comptine et l’auteur nous explique au fil du texte ces chansons. On y comprend notamment la simplicité de leur vie, l’importance de la nourriture, de ne pas la gâcher tellement elle est rare. Un fait un peu coquasse : O Rin a tellement honte de ses dents qui sont encore saines (et surtout toutes là) qu’elle veut se les casser en tapant dessus avec une pierre. En effet, des dents saines, exception dans le village, signifient que l’on mange bien et que l’on est donc quelqu’un de vorace. Un autre fait bien plus triste : les habitants tuent une famille entière qui avait volé dans les potagers des pommes de terre (en fait, ils "disparaissent").
   
   Le livre a le ton d’un conte : on est touché par la sincérité et la simplicité de l’écriture, qui s’adapte parfaitement à la description de la vie de ces gens. Il est dur de ne pas raconter la fin, qui est à pleurer, et extrêmement marquante. Elle est racontée dans beaucoup de commentaires mais personnellement, je n’avais pas compris cela en lisant le texte. A posteriori, je me dis que je n’ai pas été très maligne mais je pense que ne pas connaître la chute renforce le texte, puisqu’on se concentre plus sur ce qui fait la vie de ces gens, que sur ce qui va mener à cette fin.
   
   Une très belle lecture que je vous conseille. Ce livre a été, par la suite, adapté en film (la couverture est d’ailleurs tirée du film). Est-ce que parmi vous quelqu’un l’a vu ?

critique par Céba




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