Lecture / Ecriture
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Persécution de Alessandro Piperno

Alessandro Piperno
  Avec les pires intentions
  Inséparables
  Persécution
  Là où l’histoire se termine

Alessandro Piperno est un écrivain italien né en 1972.
Il enseigne la littérature française en université.
Il a obtenu le prix du Meilleur livre étranger 2011 pour "Persécution" et en 2012 le prix Strega pour "Inséparables".

Persécution - Alessandro Piperno

Pris au piège
Note :

   Prix du Meilleur livre étranger 2011.
   
   Banlieue romaine (‘lOlgiata) 1986. Le professeur Léo Pontecorvo est installé à table pour le repas du soir avec Rachel sa femme, et ses deux fils adolescents, Filippo et Samuel. Le monde s’écroule subitement pour Léo.
   "Quelqu’un à la télé sous-entendait que le professeur avait baisé la petite copine de Samuel… quand je dis petite copine, je parle d’un oisillon de douze ans et demi aux cheveux couleur citrouille et au museau de fouine parsemé de taches de rousseurs."
   Léo Pontecorvo est médecin spécialisé en cancérologie- plus spécialement dans le traitement d’une forme de leucémie qui n’atteint que les enfants. Il a sa propre clinique, est efficace et fort apprécié.
   Cependant, depuis quelque temps tout va mal : il a confié la gestion de cette clinique à des personnes qui ont détourné de l’argent à leur profit, et c’est finalement lui qui est accusé de malversations. De plus un de ses assistants à qui il avait prêté de l’argent et qu’il a dû virer, se venge en l’accusant d’usure.
   Et maintenant, cette nouvelle accusation bien plus grave "Finalement, elle avait réussi ; la gamine que son fils avait fait venir chez eux environ un an plus tôt et que Rachel et lui-le couple le plus ouvert et le plus tolérant de leur milieu-avaient accueillie sans histoires, avait réussi à détruire leurs vies."
   Léo se lève de table et s’enfuit au sous-sol où se trouve une pièce qu’il utilise pour se détendre. Il n’en sortira plus guère. Il est séparé de sa femme et ses enfants, qui ne lui parlent plus et font comme s’il n'existait pas.
   
   Pendant sa réclusion, Léo revient sur les circonstances qui l’ont fait accuser. Camilla, la copine de son fils Samuel, venue avec eux en vacances, ne veut pas faire du ski avec les garçons, et reste au chalet. Rachel, qui en fait ne voulait pas d’elle, part tous les jours en courses, la laissant à Léo à charge pour lui de la divertir. Il est intimidé par cette fillette, qui le regarde un peu trop fixement, et s’enthousiasme de petites attentions banales. Puis elle tombe malade et Léo, médecin, la soigne. Mais le lendemain, Léo trouve une serviette hygiénique à côté de la baignoire, puis une lettre déposée dans un endroit intime. Il voudrait en parler à sa femme, mais…
   
   Le drame de Léo habilement raconté, laisse entendre des motivations complexes à sa conduite faite pour s’attirer les pires ennuis. La peur de sa femme, très vertueuse, et qui régente tout dans la maison. Egalement médecin de formation, Rachel a dû renoncer à sa carrière pour s’occuper du mari et des enfants comme le veut la tradition juive stricte à laquelle elle s’est soumise. Soumise, mais elle le fait payer cher!
   Léo n’a jamais trompé son épouse, trouvant plus de plaisir à refuser les avances des femmes qu’il croise qu’à céder à l’une d’elles.
   
   Tout ce qui dans ce récit à rapport avec cette affaire, intéresse le lecteur. Problème de couple de Rachel et Léo, relations avec les enfants, attitudes différentes des époux envers la tradition juive, problèmes de classe sociale, bêtise et corruption de l’appareil judiciaire : C’est assez bien vu. Il manque cependant le point de vue de Camilla "la petite salope" et de ses parents, personnages importants dont on ne nous dit presque rien.
   
   La déchéance de Léo dans le sous-sol est comparée à celle de Grégoire Samsa dans la Métamorphose : il est souvent fait référence à ce texte, et le narrateur s’amuse à copier plus ou moins le destin de Léo sur celui de Samsa. Y compris la terrible jouissance de Léo à se laisser glisser sur la pente fatale.
   
   Mais le narrateur se perd aussi en digressions ennuyeuses et trop convenues sur la possessivité de la mère juive, sur de petits détails de l’histoire de la famille, qui n’ont guère de rapport avec le sujet principal. De trop nombreux personnages à peine esquissés alourdissent le récit, les parents de Rachel et ceux de Léo dont on raconte trop l’histoire, des anecdotes sans intérêt.
   
   Un ton inutilement cynique parfois, et condescendant vis-à vis de Léo, une insistance, des redondances désagréables sur les étapes de la déchéance du héros. Si Piperno admire "la Métamorphose", il ne prend pas exemple sur la prose discrète précise et impitoyable de Kafka qui ne fait mouche que parce qu’elle est dépouillée. Le narrateur, lui, est un grand bavard, se sent supérieur à son personnage, et à cause de cela, son récit n’est qu’à moitié convaincant.
    ↓

critique par Jehanne




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Magistral !
Note :

    "Que la vérité aille se faire foutre, concentrons-nous sur le mensonge"
   

   Leo Pontecorvo, la cinquantaine, est un brillant pédiatre-oncologue. Il est séduisant, charismatique, un poil arrogant, père de deux garçons et mari fidèle de Rachel, épouse dévouée mais rigide. Issu de la bourgeoisie juive romaine, il est un homme à qui tout réussit, respecté de tous, à la vie confortable et soigneusement réglée. Mais voilà qu'un jour la machine qui fonctionne sans accrocs depuis toujours se grippe durablement : la petite amie de son fils, une gamine de douze ans, l'accuse d'avoir tenté de la séduire. Terrassé, Leo découvre la violence du soupçon, de l'hostilité qui se déchaînent soudain sur lui. Il ne sait comment réagir, rien ne l'avait préparé à se défendre, lui qu'on n'avait jamais attaqué. Il finit par se terrer dans le sous-sol de sa maison...
   
   J'ai terminé l'année en beauté avec ce roman magistral : comme Alexandre Postel dans "L'homme effacé", mais d'une toute autre façon, Piperno se penche sur le parcours psychologique d'un personnage en pleine déroute, pour la première fois de son existence. A l'aide d'anecdotes digressives et éclairantes sur Leo et son entourage, l'auteur nous amène à réfléchir sur le comportement d'un homme dont la faiblesse se révèle intrinsèque, sous de pompeuses apparences, lâcheté qui le conduit à la solitude et au renoncement au moment le plus dramatique de sa vie.
   
    Formidablement écrit, d'une causticité et d'une lucidité géniales, "Persécution" vaut autant pour l'analyse psychologique de ses personnages que pour les questions qu'il pose au lecteur tout au long de la lecture -Leo est-il seulement une innocente victime? Comment comprendre sa claustration, mais aussi l'attitude, pour le moins surprenante, de Rachel et des enfants? Son avocat, ami d'enfance au physique ingrat, est-il réellement le pervers avide de revanche que Leo perçoit?
   
    A noter l'insertion de croquis dans le récit, croquis qui auront leur importance et apportent une originalité supplémentaire à ce formidable roman qui ne ressemble à aucun autre.
   
   "Faire courir les bruits les plus invraisemblables. C'est ce que les gens qui haïssent font le mieux. Te détruire avec les armes légères des racontars. Te faire passer pour un pervers pathétique"
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critique par Une Comète




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