Lecture / Ecriture
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Les pissenlits de Yasunari Kawabata

Yasunari Kawabata
  Les belles endormies
  Le maître ou le tournoi de Go
  Tristesse et beauté
  kyôtô
  Le Grondement de la montagne
  Le lac
  Nuée d’oiseaux blancs
  Pays de neige
  Les pissenlits

Yasunari Kawabata (川端 康成) est un écrivain japonais né en 1899 et décédé en 1972.
Le Prix Nobel de Littérature lui a été attribué en 1968.

Les pissenlits - Yasunari Kawabata

Psychosomatique
Note :

   Yasunari Kawabata a été prix Nobel de littérature en 1968. Une sommité pour le Japon, à l'image de "Haruki Murakami' aujourd'hui. Dans Wikipédia, il est indiqué qu'il est un écrivain obsédé par la quête du beau, la solitude et la mort. D'ailleurs, en 1972, il mit fin à ses jours et choisit le gaz comme mode de départ.
   
    "Les pissenlits" est une sorte d’œuvre posthume puisqu'elle est parue en feuilleton entre 1964 et 1968 et n'a pas été achevée. Editée en 2012 en France, c'est un écrit hors norme et intemporel.
   
    Ce roman démarre avec l'internement en hôpital psychiatrique d'une jeune femme nommée Ineko qui souffre de cécité partielle, maladie qui semble liée à la mort de son père décédé accidentellement lors d'une promenade à cheval avec elle. Depuis, elle "voit" disparaître les humains par intermittence. L'hôpital se trouve dans la petite ville d'Ikuta, située en bord de mer et ce sont sa mère et son amant, le dénommé Hisano qui l'accompagnent. Une fois laissée Ineko à l'hôpital, Hisano est sa putative belle-mère commence à dialoguer interminablement sur les causes de l'internement. Leurs pensées pour elles sont incessantes, liées par un amour commun mais différent dans leur façon d'aimer Ineki. "...je pense que sa cécité ne survient que face à une personne qu'elle aime (...).Autrement dit, elle n'aura pas de crise en se promenant en ville parmi des passants qui n'ont aucun rapport avec elle." Dans cette journée et cette nuit d'échanges et d'explications, les deux personnages entendent dans le lointain la cloche du temple que les patients de l'hôpital sonnent. Cette cloche leur sert de lien avec Ineko car ils l'imaginent commencer sa thérapie, la frappant comme exutoire, entamant sa guérison au milieu des fous.
   
    Ce récit est empreint d'une multitudes d'interrogations, de réflexions philosophiques. C'est un peu répétitif mais parfois ce n'est pas inintéressant. Comme par exemple, à propos du destin et de la responsabilité de la mort d'un proche..."En général, n'est-ce pas, lorsque les membres d'une famille ou des proches sont confrontés à la mort d'une personne, ils souffrent d'une sorte de culpabilité mêlée de remords ou bien ils sont poursuivis par des tourments moraux. N'essaient-ils pas alors de les dissimuler sous le masque de la tristesse et du regret? Qu'elle soit le fait de la maladie ou qu'elle résulte d'un accident, la mort d'un être humain est hors du pouvoir des vivants"
   

    Evidemment rien de très gai tout le long du roman... la mort du père, le chagrin de l'amant, la désolation de la mère et la fille à l'asile, ajoutons-y un peu d'hallucinations... ça fait un peu beaucoup... et ça tourne un peu en rond. Après avoir suivi dans la première partie les inquiétudes des deux survivants, l'auteur fait un retour en arrière lorsqu'Ineki eut ses premiers symptômes, perdant de vue momentanément une balle de ping-pong lors d'une compétition. Ineko et sa maman s'entretiennent à propos de cette fameuse cécité sporadique et font le lien avec une hallucination du père, Kizaki, lieutenant-colonel de l'armée nippone et qui faillit se suicider le jour de la capitulation en 1945 après avoir erré une semaine dans les montagnes. Kizaki, prêt à commettre l'irréparable, entrevit une jeune vierge de la montagne qui le sauva...
   
    A la fin de ce roman plein d'une symbolique (que je n'ai pas toujours perçue...), on retrouve Ineko et son amoureux Hisano dans l'évocation d'une énième vision étrange: Ineko, qui ne voit parfois plus le corps de son amant durant une étreinte, se met à contempler un arc-en-ciel aux teintes de pêche...
   
    Roman inachevé, j'ai presque envie de terminer ma critique de la même façon... voilà, ça se termine comme cela, un récit trop étrange et trop poétique pour moi...
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critique par Laugo2




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Un grand écrivain
Note :

   210 pages, publié en 1972 inachevé
   
   Une femme et son futur ex-gendre conduisent la fille et fiancée de ceux-ci Ineko dans une maison de repos. Ineko est atteinte d’une curieuse maladie considérée comme la manifestation d’un trouble de la personnalité : elle ne voit plus le corps humain, de temps à autre. En fait, elle ne voit plus le corps de son fiancé en dessous des épaules. Cela a commencé alors qu’ils avaient une relation sexuelle apprend le jeune homme à la mère. En fait, le malaise est bien plus ancien. On apprend petit à petit comment Ineko a développé son symptôme et le rôle ambigu qu’elle devait jouer auprès de son père
   
   Le fiancé n’est pas d’accord pour interner Ineko ; il va la délivrer menace-t-il. En chemin ils voient des choses bizarres : le garçon une souris blanche la mère un champ de pissenlit qui ressemble à des êtres humains jeunes ou angéliques??? Elle ne sait pas ; toutes les demi-heures ils entendent sonner la cloche de l’asile supposant que c’est Ineko qui la fait sonner et les appelle. Cependant la cloche ne sonne jamais de la même façon et leur inspire des sentiments variés.
   
   Ils s’arrêtent dans une auberge.
   
   L’échange de propos entre la mère et le fiancé est intéressant. Ces deux êtres cultivent des sentiments contradictoires envers Ineko et leurs ressentis sont exprimés avec beaucoup de poésie, ainsi que des quiproquos parfois amusants. Ils nous informent sur le trouble d’Ineko, le rendent moins mystérieux, mais pas moins problématique : le dialogue baigne dans une atmosphère mélancolique et inquiétante, parsemée aussi de propos humoristiques. Au fond ces deux là s’entendent bien mieux qu’ils n’en ont l’air. On se demande s’ils ne vont pas former un vrai couple, la pauvre Ineko étant définitivement écartée de l’affaire… on ne saura pas car l’histoire est inachevée. Cet inachèvement contrarie mais n'empêche pas d'être encore une fois envoûté par la belle prose de ce grand écrivain.

critique par Jehanne




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