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D comme: Chroniques de Jérusalem de Guy Delisle

Guy Delisle
  D comme: Pyongyang
  D comme: Chroniques de Jérusalem
  D comme: Chronique birmanes

Guy Delisle est un auteur de bande dessinée québécois, né en 1966.

D comme: Chroniques de Jérusalem - Guy Delisle

Brillant!
Note :

   Si vous pensez que la bande de Gaza est un groupe de Rock, Ramallah une marque de bonbons et Hébron le nom d'un désherbant, ou si vous n'avez jamais vraiment compris les enjeux des conflits au Moyen-Orient, comme moi, alors cette BD est faite pour vous.
   
   Guy Delisle y raconte sa vie pendant un an à Jérusalem. Il a suivi sa femme qui travaille dans le milieu humanitaire. N'ayant pas d'activité salariée, il profite de son séjour pour visiter Jérusalem, Israël et les territoires palestiniens. Plutôt que par le biais de longs discours historiques ou politiques, c'est par la description de son quotidien que Delisle plonge le lecteur dans les habitudes du pays.
   
   Et le résultat est passionnant. Car non seulement il rend accessible des sujets géopolitiques complexes (le découpage de Jérusalem en différents quartiers, l'implantation des colonies israéliennes), mais il les donne aussi à voir. Le mur de démarcation entre Israël et Gaza est un des lieux les plus dessinés par Delisle. Certains passages sont saisissants, comme ceux où il se rend dans le quartier des juifs ultra-orthodoxes de Mea Sharim. Personne ne travaille vraiment, les hommes se consacrant presque exclusivement à l'étude de la Thora. Le narrateur manque d'ailleurs de se faire lyncher car il a osé traverser le quartier en voiture le jour du Shabbat, ce qui est rigoureusement interdit.
   
   Un autre passage époustouflant est celui de la visite à Hébron. Dans la ville où vivent des colons israéliens et des palestiniens, une rue est couverte d'un filet de protection afin que les palestiniens qui marchent ne reçoivent pas sur la tête des projectiles venus des fenêtres des colons. Le fait de la voir dessinée est un atout indéniable pour l'ouvrage.
   
   Delisle n'hésite d'ailleurs pas à prendre parti, notamment lorsqu'il compare deux visites organisées l'une par les arabes, l'autre par les juifs. Mais il accorde également au récit beaucoup d'humour et de quotidien. La recherche du plus beau parc de jeux ou les embouteillages interminables rythment la vie du canadien et de sa famille.
   
    Un ouvrage passionnant dans ce qu'il décrit et époustouflant dans la manière dont il le fait. Brillant!
   
   L'ouvrage a reçu le prix du meilleur album au dernier festival d'Angoulême.
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critique par Yohan




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Convaincue par la méthode
Note :

   Présentation de l'éditeur:
   
   "Guy Delisle et sa famille s’installent pour une année à Jérusalem. Pas évident de se repérer dans cette ville aux multiples visages, animée par les passions et les conflits depuis près de 4000 ans. Au détour d’une ruelle, à la sortie d’un lieu saint, à la terrasse d’un café, le dessinateur laisse éclater des questions fondamentales et nous fait découvrir un Jérusalem comme on ne l’a jamais vu."
   

   
   
   Commentaire
   

   De la situation à Jérusalem, je ne savais pratiquement rien. Oui, vous pouvez me chicaner. Mais bon, le mécanisme de ma télé est un total mystère: je ne sais pas l'allumer. Du coup, je ne regarde jamais les infos. Et les journaux scrappent ma manucure. Oui, je suis une inculte superficielle. J'assume.
   
   "Les chroniques de Jérusalem" racontent le quotidien de l'auteur dont l'épouse travaille pour Médecins sans frontière à Jérusalem. Il connaît la situation de l'extérieur mais ici, c'est sa vie d'expatrié dans un pays où il restera toujours un étranger malgré tout. Ce sont à travers des situations quotidiennes, des visites touristiques ou des séances de croquis dans un café ou près du mur que nous verrons Jérusalem, Israël et la Palestine à travers ses yeux.
   
   Comme je ne savais pas du tout qui était qui au départ, j'ai passé les 100 premières pages à tenter de comprendre quelque chose aux colonies, aux check points militaires et aux différents territoires. Il faut dire que le peu que j'ai pu en voir aux nouvelles était quand même assez différent. Et par la suite, je me suis laissée emporter par la vision un peu naïve que Guy Delisle choisit de porter sur Jérusalem, avec sa querelle éternelle qui dure depuis des milliers d'années. L'auteur ne nous propose pas un reportage engagé ou quoi que ce soit de ce genre. Il découvre petit à petit Jérusalem Est, où il habite, puis la vieille ville ainsi que le pays environnant. Il vit au quotidien les complications d'usage, la difficulté à circuler, les batailles de religion, les interprétations diverses et les problèmes que ça cause.
   
   Et j'ai réellement beaucoup aimé.
   
   Je crois que ce n'est que de cette manière que j'aurais pu m'intéresser au sujet. Et j'ai été vraiment, vraiment intéressée à ce qui s'y passe. Ne serait-ce que pour comprendre, pour avoir une vision extérieure des choses. Le dessin, simple en apparence, m'a beaucoup touchée. J'ai été complètement captivée par certaines images, certains paysages. J'ai adoré les différents points de vue, les plans, le rythme des planches. Le mur qui "protège" les israéliens, qui revient sans cesse, est particulièrement tragique.
   
   En fait, avec Delisle, tout semble simple mais est en effet beaucoup plus complexe. Le regard candide permet de témoigner de cette année de vie où l'incroyable devient quotidien. Et à travers tout ça, le vrai quotidien, celui d'une famille qui a besoin d'un parc, d'une école, de faire des courses. Et rien n'est simple parce que les bus ne vont pas à Jerusalem Est, parce que tout est rempli d'ordures, parce que les grandes épiceries sont dans les colonies. Bizarrement, je me suis sentie "impliquée" dans l'histoire.
   
   Et maintenant, j'ai bien hâte de lire les autres BDs de Guy Delisle.
   
   Vraiment.
    ↓

critique par Karine




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Voir par-delà les murs
Note :

    Ce n’est pas souvent que la BD est à l’honneur chez moi, mais "Chroniques de Jérusalem" est tout à fait incontournable.
   
   Guy Delisle endosse le costume de Candide.
   
   C’est une BD qui vaut beaucoup beaucoup de livres très sérieux sur le sujet.
   
   Une famille s’installe à Jérusalem, ce sont des expatriés du boulot, elle travaillant pour une ONG.
   
   La femme au travail, les enfants à l’école, le père va lui explorer et apprivoiser peu à peu la ville, dépassant les surprises et les aléas. Il va nous la livrer en nous disant : voilà ce que j’ai vu et vécu, à vous de juger…
   
   Vivre à Jérusalem est un expérience pas tout à fait comme les autres. Guy Delisle passe au crible la vie quotidienne, les logements difficiles à trouver, la voirie fluctuante selon que l’on habite un quartier 100% Casher ou 100% Halal, les transports qui s’arrêtent à la limite du quartier israélien, les chekpoints permanents, multipliés, ouverts ou fermés à l’envi, les jets de pierre avec des relents d’Intifada, les espaces de jeux des enfants où se mélangent les mères et leur progéniture.
   
   On est tout de suite plongé dans la vie des quartiers qui palpite ou s’éteint au gré du shabbat ou du Ramadan, au gré de frontières qui ne sont pas que virtuelles.
   
    Les dessins et les bulles valent tous les reportages télé, la haine et la hargne des colons sont illustrées par quelques dessins qui en disent long mais on a aussi la peur des israéliens, les dangers d’attentats.
   
   L’absurdité de certaines situations, le ridicule de bien d’autres.
   
   Lorsque l’auteur se transforme en touriste lambda il y a des pages drôles, ridicules, ahurissantes d’une justesse magnifique qui recoupent totalement le regard du Candide en Terre Sainte.
   
   Témoignage forcément "arbitraire" dit l’auteur, une expérience personnelle qui s’habille de dérision, d’humour noir. Un regard aigu, persévérant, un regard empreint d’empathie mais qui sait mettre à nu les failles, les injustices, les défaillances, le côté kafkaïen du problème.
   
   J’ai tout aimé dans cette BD et au fil des pages j’ai totalement oublié l’effet dessins/bulles qui parfois me gêne dans la lecture des BD, ici c’est tellement juste que l’on est emporté.
   
   Ces Chroniques font parfaitement ressortir la complexité d’un possible vivre ensemble dans ce pays
   
   Les avis sont unanimes, tout le monde a aimé et je ne peux que vous recommander de faire une place à ce livre dans votre bibliothèque

critique par Dominique




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