Lecture / Ecriture
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La destruction du Parthénon de Christos Chryssopoulos

Christos Chryssopoulos
  Le manucure
  La destruction du Parthénon
  Une lampe entre les dents – Chronique athénienne
  Monde clos

Chrístos Chryssópoulos (Χρήστος Χρυσόπουλος) est un écrivain grec né en 1968.

* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

La destruction du Parthénon - Christos Chryssopoulos

Petit mais costaud
Note :

   Ce roman est tout petit et l'on croit en s'y engageant qu'on ne va pas mettre bien longtemps à le lire. Mais arrivé au bout des 95 pages, voilà que l'on file sur internet faire moisson de documentations diverses et que l'on retourne à l'ouvrage pour le relire intégralement.
   
   Le thème central, bien conforme au titre, est celui-ci : un homme, après avoir longtemps et régulièrement visité le site, fait sauter le Parthénon, anéantissant toute la gloire que la Grèce puisait encore de ce chef d’œuvre antique et plongeant le pays dans le désarroi et la consternation.
   
   Il faut vous souvenir qu’à l’époque où les dadaïstes et autres avant-gardes artistiques s’attaquaient en France à la Joconde par exemple, leurs homologues grecs, prônaient la destruction du Parthénon comme voie de libération, le monument incarnant comme un plafond de verre et un enracinement trop profond, empêchant tous deux de se libérer et d’aller plus loin. On peut penser que, pas plus que les Français ne songeaient sérieusement à s’en prendre à la Dame de Vinci, les Grecs n’envisageaient un réel passage à l’acte mais, une soixantaine d'années plus tard, étouffant sous cette chape et voyant son pays stagner ou régresser, notre terroriste se convainc qu'il n'y a pas d'autre solution et réalise ce précepte. C'est ce que Christos Chryssopoulos a choisi de mettre en scène : "imaginons qu'on détruise le Parthénon..."
   
   Christos Chryssopoulos nous peint à ce moment un "état de choc", copie conforme de celui que peut subir un individu, mais multiplié à l’échelle d’une population entière. C’est fort bien fait et saisissant. Par contre, il ne nous dit pas grand chose de l'après-Parthénon, qu'advient-il une fois cette page tournée, ou que peut-il arriver? et c'est à mes yeux le point faible du livre. Mais en tout cas...
   "Peut-être que ce jour-là, quelque chose d'inouï a été évité, ou peut-être que quelque chose d’abominable s'est déclenché à cet instant précis."

   Détruire le Totem, le Tabou, est-ce libérateur ou destructeur?
   "Notre ville possède en tout et pour tout un monument. Un point de repère unique qui, pour cette raison même, remplit de multiples fonctions. Il n'existe alentour aucun autre jalon identifiable et si ce lieu de mémoire venait à manquer, lui dont nous pensons tous qu'il nous appartient de droit, alors nous aurions le sentiment de vivre dans un monde étranger."

   Ce qui est sûr, c'est que c'est faire basculer le monde grec, et cela, en toute bonne foi
   "Je n'avais pas l'intention de faire du mal. Je ne voulais pas détruire. Mon but n'était pas de priver quiconque de quelque chose de précieux. Je cherchais seulement à nous libérer de ce que d'aucuns considéraient comme la perfection indépassable. Je me voyais comme quelqu'un qui offre un cadeau, qui propose une issue, qui relève un défi."
   
   Il paraît qu'à sa sortie à Athènes, le roman a donné lieu à polémiques enragées. "Et si quelqu'un prenait cela au mot et détruisait l'Acropole? L’écrivain est-il responsable? Est-il irresponsable? Etc. je vous laisse broder sur le thème. Chryssopoulos quant à lui, répond qu'un écrivain n'a pas à se préoccuper de ce genre de considérations ou il n'y aurait plus de littérature possible. "Si on commence à faire des réserves sur la moralité des livres, on ne peut plus faire de Littérature" déclare-t-il dans une interview.
   Vaste débat...
   
   Objet littéraire à la structure sophistiquée et complexe, avec un noyau central comme un long monologue de théâtre et des collages de documents et de modes de récits divers, cet ouvrage mérite une vraie attention et n'a rien du "petit livre vite lu" que je soupçonnais, mais il ne m'a pourtant pas totalement convaincue car s'il est bien porteur de nombreux questionnements, il ne m'a pas semblé l'être d'une vision forte et personnelle des choses.
   Le sentimentalisme, comme la psychologie en sont par ailleurs absents.
   
   Cette "Destruction du Parthénon" s'intègre dans une sorte de trilogie Athénienne dont le 1er volume serait "Monde clos" et le troisième "Une lampe entre les dents". Etant bien entendu que chacun de ces trois ouvrages forts différents (l'un plutôt roman, l'autre fable, le troisième documentaire) peut se lire sans connaître les deux autres.
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critique par Sibylline




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Sujet polémique
Note :

   Né en 1968, romancier, traducteur et essayiste, Christos Chrissopoulos est la figure montante de la littérature grecque. Professeur au centre national du livre grec, membre du parlement culturel européen, il est l’auteur d’une douzaine d’ouvrages dont quatre traduits en français : Le manucure 2005 (2000), Monde clos 2007 (2002), La destruction du Parthénon 2010 (2012), Une lampe entre les dents 2013 (2012), tous publiés aux éditions Actes Sud.
   
   Si Le manucure raconte l’histoire d’une passion jusqu’à la folie, celle d’un homme fasciné par la beauté des mains qu’il soigne, qu’il côtoie, les trois autres s’apparentent à une trilogie dont Athènes est la figure principale. Athènes et l’émigration dans "Monde clos", Athènes et son passé prestigieux dans "La destruction du Parthénon", Athènes aujourd’hui et le désastre de la crise dans "Une lampe entre les dents". Au cœur de cette interrogation, celle de l’identité.
   
   Ici, le Parthénon, symbole des valeurs non seulement grecques mais aussi européennes, n’est plus! Une première explosion suivie d’une seconde a littéralement soufflé ce vénérable vieillard. Cet événement raconté par plusieurs voix, celle du gardien, les témoins, l’auteur des faits, Christos Chrissopoulos s’est inspiré d’une idée réelle qui avait germé dans l’esprit d’un groupe surréaliste "La Société des Saboteurs Esthétiques d’Antiquités" avec à sa tête le poète Yorgos Makris. "Il faut faire sauter l’Acropole". Un roman court mais qui pose la question du rapport au passé et aux chefs-d’œuvre : fierté mais frein pour l’avenir. "Cette perfection indépassable", il faut s’en libérer : "Nous vivons avec une grandeur qui n’est pas la nôtre"
   
   La parution du livre a entraîné de vives réactions et de nombreux débats. Cette métaphore a été ressentie comme une profanation.

critique par Michelle




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