Lecture / Ecriture
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L'ombre d'Hannibal de Paolo Rumiz

Paolo Rumiz
  Aux frontières de l’Europe
  L'ombre d'Hannibal
  Le phare voyage immobile

Paolo Rumiz est un écrivain voyageur italien né en 1947.

L'ombre d'Hannibal - Paolo Rumiz

Dans les pas d'Hannibal
Note :

   Une incursion, loin dans le temps et sur des chemins escarpés, que je dois à une exposition au Musée Dauphinois à Grenoble.
   Si je vous dis Guerre punique cela vous rappelle quelque chose? Nous n’allons voyager ni en avion, ni en bateau, mais à pied avec les 100 000 hommes et les 37 éléphants de l’armée d’Hannibal.
   "Vinrent ensuite les carthaginois, qui étaient des Phéniciens africanisés, imprégnés de culture grecque. Eux aussi étaient des navigateurs indomptable."

   
   Le mythe est vieux de 2000 ans, Hannibal Barca a laissé son nom à des villages, des routes, des rues, des ponts, c’est un héros que François Ier ou Napoléon ont tenté d’imiter, que les peintres ont pris pour sujet de Claude Lorrain à J.M.W.Turner, en passant par Giambattista Tiepolo, le sujet valait bien un livre non?
   " Avec le contenu d'un seul sac à dos je dois affronter toute une rose des vents de latitudes, dénivellations, et climats à peu près incompatibles les unes avec les autres "

   
   Partir sur les traces d’un mythe n’est pas toujours chose aisée, il faut une documentation et des sources fiables. C’est précisément ce qui manque le plus pour Hannibal. Mais l’auteur a des ressources, tout d’abord ses lectures, Polybe et Tite-Live qui vont être du voyage et il a un peu partout des amis qui sont des chercheurs, des historiens, des archéologues, certains vont faire un bout de chemin avec lui.
   
   C’est que le périple est considérable, après avoir quitté Carthage, Hannibal va traverser l’Espagne non sans livrer quelques batailles, perdant des hommes et en recrutant d’autres. D’un bond on franchit les Pyrénées et après un passage en Gaule nous voilà aux pieds des Alpes et là Paolo Rumiz va tenter d’imaginer, de rêver, de découvrir par quel col ont bien pu passer Hannibal et son armée, sa cavalerie et ses éléphants. Le col Clapier? un autre? Les historiens s’en donne à cœur joie, chacun son scénario, chacun son col favori. Après le passage des Alpes c’est la descente par la plaine du Pô.
   
   " Soixante mille morts (...) le double d'Austerlitz. Davantage que le nombre de morts américains pendant toutes les années de guerre au Vietnam. Cannes est le plus épouvantable massacre du monde antique."

   
   Les pages de Paolo Rumiz font doucement apparaître le portrait d’un chef tout à fait hors du commun, de l’enfant jurant à son père que toute sa vie il combattra Rome, au stratège qui fit trembler l’Empire romain sur ses bases.
   Tite-Live est un peu porté sur la caricature, le peignant comme un barbare sanguinaire, sans foi ni loi. Mais Tite-Live est de parti pris n’oublions pas qu’il est romain.
   
   Nous suivons cette armée qui bizarrement évite Rome, et livre une bataille gigantesque à Cannes, une bataille qui est un modèle de stratégie, d’habileté politique au point d’être aujourd’hui encore un sujet d’étude pour les militaires.
   Hannibal est celui qui a osé s’opposer à la puissance Romaine et qui a bien failli réussir. Pendant plus de dix ans il va rester en Italie narguant les Romains et les faisant trembler.
   
   On va terminer le voyage au Caucase, face au Mont Ararat, l’ultime exil d’Hannibal.
   
   J’ai énormément aimé ce livre, qui marie l’histoire d’hier et des péripéties d’aujourd’hui. Ah la révolte des habitants de la Vallée de Suze contre le TGV /TAV!! je vous recommande cet épisode là car Paolo Rumiz en bon journaliste ne peut pas traverser une région sans avoir un œil un peu inquisiteur.
   Deux autres écrivains voyageurs apparaissent dans le livre, Ryszard Kapuściński, ami de Paolo Rumiz et Patrick Leigh Fermor que l’auteur admire. C’est un parrainage qui a lui seul peut vous donner envie d’ajouter ce livre à votre bibliothèque.

critique par Dominique




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