Lecture / Ecriture
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Route Story de Joseph Bialot

Joseph Bialot
  Le Jour où Albert Einstein s’est échappé
  186 marches vers les nuages
  Le salon du prêt-à-saigner
  Route Story

Joseph Bialot, de son vrai nom Joseph Bialobroda, est un écrivain français né à Varsovie en 1923 et mort à Paris en 2012.

Route Story - Joseph Bialot

Roule In Peace
Note :

   Il y a des jours où beaucoup de visites sur le même titre interpellent! Émission télé? Autres motifs? malheureusement pour Joseph Bialot, c'était pour son dernier voyage en cette fin novembre 2012.
   
   J'ai retrouvé ce titre dans une de mes bibliothèques, alors un petit hommage sincère s'impose, même s'il est un peu tardif, et aussi pour son roman "Le salon du prêt à saigner" un des plus anciens livres sauvés de mes multiples déménagements (dépôt légal Juin 1985), relu il n'y a pas si longtemps.
   
   Michel, malgré son jeune âge a fugué, il sait que sa mère va être malheureuse, mais pour lui c'est une question d'honneur, déposer des roses à l'endroit où son père est mort dans un accident de camion. Son parcours n'est pas une route bien balisée... car au gré des camions squattés, les dangers sont multiples.
   
   Danger aussi pour Franz : lui, sa cargaison est pour le moins illicite et au départ de Turquie, il doit rallier la France avec une cargaison de Kurdes clandestins et dès le départ, c'est la Bérézina... tout va de travers avec comme point d'orgue le vol de son camion... vide heureusement. Mais cela laisse des dizaines de Kurdes affamés en liberté totale.
   
   Paul-Jacques (Péji) lui roule en France, mais son camion n'est pas au top, faut dire à sa décharge que sa copine Féline (Céline pour l'état civil) a pris la tangente avec son pote Franz, ce n'est pas avec un inconnu d'accord, mais bon ce n'est pas mieux... faire tenir son bahut jusqu’à Besançon, puis Dôle, un chez soi vide, mais un chez soi...
   
   Ensuite les péripéties s'enchaînent, les personnages se croisent, les morts se suivent, mais ne se ressemblent pas... avec une question : qui berne qui... et pour quel enjeu? Passage de travailleurs clandestins? D'armes qui pullulent en ancienne Yougoslavie? Drogue en provenance d'Afghanistan? Où d'ailleurs? Le marché doit être juteux vue la violence déployée!
   
   Michel, Franz, Féline, Paul-Jacques (Péji) et tous les personnages de passage au fil des kilomètres et des pays parcourus. D'autres paraissent (ou disparaissent pour certains) au gré des rencontres, Marcel le routier pas sympa, Sandra la prostituée initiatrice de Michel qui lui donnera en plus une très grande leçon de savoir vivre! Soyez poli, jeune homme, votre âge 13 ans ne vous exonère pas d'une certaine reconnaissance surtout du bas-ventre!! Des kurdes et des sénégalais cherchant l'Eldorado européen sans savoir que l'âge d'or est fini, Daria, roumaine clandestine, qui a compris qu'un corps de rêve et un sens moral en dessous de la ceinture est une monnaie d'échange et un passeport plus efficace qu'un quelconque visa. En plus de Michel, dans les personnages sympathiques, on trouve Chris le garagiste bon samaritain..mais pour le reste, c'est un peu le désert!
   
   Un road-movie barbare et sanglant, mais vu les sommes en jeu et la diversité du trafic international, ce n'est guère étonnant! Tous les camions mènent au pognon, nouvelle devise (pas l'euro, non, l'expression populaire), de l'internationalisation.
   
   Un roman un peu touffu, n'ayant ni la force, ni l'originalité du "Salon du prêt à saigner". À signaler quelques zestes d'humour qui sont les bienvenus.
   
   
   Extraits :
   
   - Entre le haschisch des seigneurs libanais, les armes des princes de la guerre, l'héroïne, l'or, j'en passe bien sûr, il n'y a pas de chargements qui restent sur le quai.
   
   - Pluie et brouillard. Frémissement d'air. On dirait un tableau de Turner.
   
   - La première qualité d'un routier, c'est la patience. Je n'en manque pas. Je lis.
   
   - Pourquoi transbahuter des charrues lorsque on peut balader des mitrailleuses?
   
   - Parole, c'est ça l'Europe. J'essaye en anglais. Il me répond en italien. OK, on va pouvoir s'expliquer.
   
   - On ne passe pas une vie entière avec du vif-argent dans les bras. Et, de mémoire d'homme, on n'a jamais vu d'eau faire bouillir du feu. Jamais.
   
   - Pourboire, bakchich, ou prime de délation, équivalent à bonnet blanc et blanc bonnet... c'est kif-kif mon frère.
   
   - Tu connais le proverbe? "L'homme est d'étoupe, la femme de feu. Le diable souffle."
   
   - Ils sont simplement nés à Malchance sur Misère.

critique par Eireann Yvon




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