Lecture / Ecriture
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D comme: Lulu femme nue – Premier livre de Etienne Davodeau

Etienne Davodeau
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  D comme: Lulu femme nue – Premier livre
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Etienne Davodeau est un dessinateur et scénariste français de bandes dessinées, né en 1965.

D comme: Lulu femme nue – Premier livre - Etienne Davodeau

Diptyque
Note :

   Histoire en deux volumes, cette "Lulu femme nue" est la présentation par un homme (Davodeau) d'une problématique féminine. Son empathie va loin au demeurant et est très honnête et bien réussie, sauf pour la fin, mais nous y reviendrons.
   
   Lulu commence à vieillir et n'a jamais été belle. Elle a élevé trois enfants dont l'ainée a quinze ans et voudrait bien retrouver le monde du travail. Seulement, des mères de trois enfants qui n'ont jamais vraiment travaillé et en tout cas plus depuis quinze ans, le marché de l'emploi n'en manque pas et c'est bien dommage parce que justement, il n'en veut pas. Aussi l'entretien d'embauche qui ouvre le premier album se termine-t-il sans illusions. Mais, démoralisée, à la sortie, Lulu décide de ne pas prendre tout de suite le train du retour mais plutôt de s'accorder un peu de vacances. Elle n'a pas envie, immédiatement après cette porte fermée à son nez, de replonger dans sa vaisselle, son ménage et un époux tyran domestique, buveur, exigeant et peu aimant. Elle a besoin de souffler. Alors, sans plus de projets, elle prend une chambre d’hôtel, minable, car chez Davodeau, les personnages sont bel et bien aux prises avec les soucis matériels et ici, tout du long de l'histoire, Lulu n'aura pas un sou et les gens qu'elle rencontrera, guère plus. C'est une des grosses qualités de ces histoires.
   
   Donc, Lulu part. Elle va voir la mer, dort sur des bancs, a froid, puis rencontre un homme avec lequel elle s'autorise une jolie "brève rencontre". De son côté, son mari, bien évidemment incapable de faire face à quoi que ce soit, s'empresse de se laisser sombrer sans s'occuper de ses enfants, histoire de bien prouver à quel point elle est méchante de l'avoir abandonné (mais sans oublier toutefois de bloquer la carte bancaire qu'elle détient, histoire qu'elle ne risque pas d'avoir un sou).
   
   A la fin de ce premier livre, Lulu, que la réalité a un peu rattrapée, quitte son amour éphémère mais, ne se sentant pas encore prête à rentrer au bercail, repart un peu plus loin.
   
   Les dessins, l'histoire, les personnages, tout est beau et sonne vrai. Pas de romantisme échevelé, pas de grands sentiments, un réalisme scrupuleux qui soutient une vraie sincérité dont le graphisme se fait l'écho.
   
   J'ai tout aimé ici.
    ↓

critique par Sibylline




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Une BD douce sur la liberté d'une femme
Note :

   C'est en allant fureter dans les commentaires de lecture, que je me suis décidée à découvrir plusieurs œuvres d'Etienne Davodeau. Le premier exemplaire fut "Lulu Femme Nue" et là, premier constat amer : j'ai réservé le premier tome (mais quelle c...!) J'en parle à mon A. (spécialiste du genre BD) et, lui, m'assène un terrible "tu sais, c'est pour cela que je ne lis plus de BD car je me suis fait trop avoir par les séries qui ne disent pas leur nom" (encourageant pour la novice que je suis!). Ce n'est pas de la faute de la maison d'édition (le titre me paraît bien explicite), c'est juste moi qui ai mal lu : zut, alors, cela commence bien! Oui, justement.
   
   À l'occasion d'un entretien d'embauche qui tourne mal et une réponse maritale indélicate, Lulu décide de s'octroyer quelques jours de congé bien mérités : marre de servir la soupe à un époux ingrat et grossier, envie de retrouver une certaine liberté, envie de vivre tout court loin du matérialisme de l'existence. Son ado de fille, Morgane, est capable de gérer les deux petits derniers. Alors Lulu navigue à vue, découvre le plaisir de l'amourette et de la confession, prend soin d'elle : elle survit et fait des rencontres plutôt heureuses dans ce tome (la chute prédit une autre tournure dans le second). Son mari, Tanguy, est inquiet, envisage de démissionner et commence à se pochetronner grave. Les amis s'alarment et veillent à enquêter sur la seconde vie de leur copine.
   
   Une BD douce sur la liberté d'une femme, sur sa quête à se retrouver après tant d'années à s'oublier (pour ses enfants et Tanguy, en particulier) : elle réapprend à désirer et à sourire. Le futur incertain ne lui fait pas peur puisqu'elle ne souhaite plus calculer. Inconscience quelque part, égoïsme pour certains, sursaut salutaire pour d'autres.
   
   Les personnages d'Etienne Davodeau sont loin d'être des apollons : visages cabossés, traits assez ingrats, figures familières, personnalités fragilisées par un vie de labeur sans vraie douceur. Ce qu'il réussit de façon indéniable : la gamme chromatique de ses planches (aux nuances marron, ocre, orangé et bleu gris), les dialogues singuliers, les scènes attendrissantes (le copain au guet, la fratrie -la petite et la grande- au camping sans que rien ne se dévoile, la garde rapprochée des deux amoureux) et puis ses personnages cocasses et attachants (le soutien de près et de loin de l'équipe de copains qui se relaient auprès de Lulu, de ses enfants et de Tanguy, tout en respectant le choix de la miss) et enfin, le scénario bien rythmé.
   
    Un regret : la chute brutale et contestable (dans le sens où elle n'a pas été amenée convenablement : la soirée particulière ne laisse en rien présager la veillée). Rien dans le comportement des individus ne laisse envisager cette hypothèse. Or pour qu'elle devienne naturelle, il aurait fallu glisser quelques éléments le long du récit (ce qui n'a pas été fait)
   
    J'attends la suite avec impatience (vu que j'essaie vainement de la réserver) : quelle galère! (moralité : ne pas être fute-fute se paie chèrement!)

critique par Philisine Cave




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