Lecture / Ecriture
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En exil de Elisa Lispector

Elisa Lispector
  En exil

Elisa Lispector est le nom de plume de Leia Lispector, auteure brésilienne née en 1911et décédée en 1989.

En exil - Elisa Lispector

Voyage au bout de l'horreur...
Note :

   Dans la famille Lispector jusqu’à présent, je n'avais lu que Clarice, ignorant d'ailleurs jusqu'à très récemment qu'Elisa, sa sœur, journaliste, était également romancière. On ne peut pas qualifier ce livre de roman, ce sont plutôt des souvenirs égrenés, comme une narration pour laisser un témoignage de ce que peut être l'exil comme seul moyen de survie.
   
   Dans cet ouvrage nous suivons l'exode d'une famille juive, d'Ukraine au Brésil. En Ukraine dans ces années troubles, la chute du tsar, l'arrivée au pouvoir des communistes, les tentatives de résistance des troupes dites des Russes blancs.
   La famine, la violence, les pogroms, les juifs bien évidemment désignés à la vindicte populaire, comme responsables de tous les maux de la terre.
   
   En 1920 la décision de Pinkhas, le père, de tenter le grand voyage, décision lourde de conséquences : les destinations, soit l'Amérique, soit le Brésil. Les maladies, typhus pour le père, rougeole pour les filles, dépérissement et épuisement de la mère. Le voyage est très dur, la violence est omniprésente, personne ne semble réellement diriger le pays, et les migrants sont des proies faciles, à la merci d’escrocs beaux parleurs, passeurs avides d'argent profitant du désarroi grandissant de cette population. Les jours, puis les mois passent, les villes et les villages traversés sont très souvent hostiles, l'argent et donc les vivres manquent.
   Enfin un visa d'entrée pour le Brésil arrive... marquant la fin de cette terrifiante odyssée.
   L'arrivée au Brésil, l’accueil pour le moins peu agréable de la belle famille, Dona, sœur de Marim et d'Henrique, son mari, couple pour le moins aisé. Si leur vie n'est plus en danger, ils ne sont pas pour autant acceptés par les autochtones, sauf par la communauté juive de la ville. Et la misère est presque la même, le travail rare et l'état de santé de la mère de famille se dégrade.
   
   Pinkhas, las des réflexions et de sa situation décide de repartir, seul cette fois, direction Recife. Encore une autre sorte d'exil contraint et forcé...
   
   Les personnages principaux de ce livre sont peu nombreux, une famille juive ukrainienne fuyant la misère et les persécutions. Pinkhas le père, homme bon et doux, tente en vain de comprendre ce qui se passe dans le monde. Marim, son épouse traumatisée, s'éteindra doucement après ce que nous nommerons pudiquement une longue maladie. Lizza, la mélancolique, se retrouvera très tôt dans le rôle très contraignant de mère suppléante, triste situation pour une enfant si jeune après le nombre d'épreuves subies. Un jour elle se rend compte qu'elle s'est éloignée de ses sœurs... exil familial! Les deux autres filles, Ethel et Nina, plus jeunes, sont plus en retrait dans ce livre.
   
   L'écriture ici est plus classique, plus journalistique certainement, sans le lyrisme de Clarice. Très certainement que le sujet ne s'y prête pas beaucoup non plus, Mais l'auteur semble chercher une certaine distanciation pour ne pas dire froideur, donnant les faits dans leurs brutalités.
   
   La première partie de cet ouvrage, celle qui se passe en Europe, est d'une grande violence, la seconde est plus une analyse par Pinkhas de la situation politique dans le monde, déjà les tensions entre Juifs et Palestiniens, la création d'Israël, la montée du nazisme en Allemagne...
   
   
   Extraits :
   
   - En mémoire lui revient l'exode quelle avait connu, dans cette interminable nuit hantée de fantômes et semée de terreur.
   
   - Et durant un temps infini, l'obscurité et l'espace ne cessèrent de s'approfondir.
   
   - C'est d'ailleurs la seule façon qu'il pouvait avoir de se défendre tant d'autrui que d'eux-mêmes.
   
   - Chaque être n'était plus qu'une paix, tâchant tant bien que mal de respirer, de se vider par tous les pores, de s'assouvir, voire tout simplement de fermer les yeux et de cesser de vivre.
   
   - Des milices s'organisèrent. Mais, nuit après nuit, les juifs connurent pourtant de terribles épreuves.
   
   - Et voilà qu'à présent, il fallait tourner le dos à tout cela, pour émigrer vers des terres inconnues.
   
   - Arrêts... attentes... détours... Et le temps passe. Les saisons se succèdent et avec elles, des déconvenues sans nom... Malheurs... Lumières qui s'éteignent...
   
   - Ils étaient tous orphelins désormais. Et quand elle envisagea son propre sort, elle se sentit plus qu'orpheline. Elle se retrouvait perdue, désemparée.
   
   - Il allait devenir rapidement évident que mots et traités avaient perdu toute valeur.
   

   Titre original : No Exílio (1948)

critique par Eireann Yvon




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