Lecture / Ecriture
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Monteriano de Edward Morgan Forster

Edward Morgan Forster
  Avec vue sur l'Arno
  Howards End
  Maurice
  Monteriano

E. M. Forster est un écrivain anglais né en 1879 et décédé en 1970.
On trouve une de ses nouvelles dans le recueil "Les Fantômes des Victoriens" .

Monteriano - Edward Morgan Forster

Aux couleurs de la Toscane
Note :

   Si je vous dis "Chambre avec vue" ou bien La Route des Indes" ou encore "Retour à Howards End", vous me direz E.M Forster mais si je vous dis "Monteriano", là je vous sens hésiter. Pas étonnant le livre n’était plus disponible depuis longtemps.
   C’est donc bien à un rattrapage que je vous convie et un rattrapage que vous ne regretterez pas.
   
   Au gré des trains, des télégrammes, des lettres, nous allons faire quelques allers retours entre la verte Angleterre et la Toscane toute brûlée de soleil.
   
   Lilia Herriton est une charmante veuve un peu inconséquente un peu tête folle, un rien vulgaire, sa belle famille ne la tient pas du tout en haute estime. Aussi quelle joie quand elle saute sur la proposition de Philippe, son beau-frère, de partir en voyage avec comme il se doit un chaperon en la personne de Miss Abott.
   Il lui vante les merveilles qu’elle va admirer "Le campanile d’Airolo qui bondirait vers elle au débouché du Saint-Gothard", il est fier de lui le beau-frère car "Le plus étrange, c’est qu’elle a saisi mon idée au vol" dit-il. La famille chante victoire.
   Lilia est sous la garde attentive de Caroline Abott, jeune femme réservée et raisonnable, aussi Philippe peut faire des recommandations à Lilia
   "Et surtout, je vous en supplie, laissez aux touristes cet affreux préjugé que l'Italie est un musée d'antiquités et d'œuvres d'art. Aimez les Italiens, comprenez-les : car les gens, là-bas, sont plus merveilleux que leur terre." et il lui vante en particulier Monteriano dont il garde un souvenir enchanteur.
   
    Lilia a pris les paroles de Philippe au mot, et bientôt par un télégramme, Caroline Abott annonce le prochain mariage de Lilia avec Gino un bel et jeune (trop jeune) italien, mais un italien totalement désargenté.
   Scandale, cris d’horreur de Mme Herriton qui va immédiatement envoyer Philippe Herriton en ambassade pour ramener Lilia à la raison et lui faire retrouver le droit chemin.
   Trop tard quand Philippe arrive le pire est arrivé, Lilia est mariée.
   
   J’arrête là car je vous laisse découvrir la suite du récit qui va aller de rebondissement en rebondissement et prendre des allures de tragédie grecque.
   D’ailleurs à ce propos attention, certains critiques révèlent tout de façon totalement méprisante pour le lecteur qui est privé ainsi de la joie de la découverte et la préface elle-même en dit trop.
   Je vais donc choisir mes mots pour vous donner l’envie de découvrir ce roman. Tout d’abord c’est une écriture totalement au service des idées de E.M Forster, il rend parfaitement le côté guindé, prisonnier des convenances de Philippe Herriton par exemple. Il sait à la perfection lui opposer la couleur, la chaleur et la beauté de la Toscane (derrière Monteriano vous reconnaitrez San Geminiano).
   Il défend avec conviction l’idée que hommes et femmes ont le droit et le devoir d’échapper au poids de la société, aux préjugés mesquins et ridicules.
   Par petites touches il brosse un tableau très fin et parfois très noir, de deux cultures qui ici s’opposent, un peu comme Henry James le fait dans son roman "Les Ambassadeurs". La froide Angleterre face à la somptueuse Toscane!
   N'oubliez pas votre Baedeker!
   
   Amoureux de l’Italie ce roman est pour vous, faites lui une place dans votre bibliothèque
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critique par Dominique




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Le choc des cultures
Note :

   Le récit commence à la gare de Charing Cross, avec le départ en grande pompe pour l’Italie de la jeune veuve Lilia, chaperonnée par Miss Abbott, une jeune fille de l’endroit tout aussi inexpérimentée. Toute la belle famille Herriton a tenu à l’accompagner: sa belle-mère, ainsi que Philippe et Harriet, le frère et la sœur de son mari défunt avec Irma sa propre fille. Elle est heureuse : elle se sentait trop étroitement surveillée jusque là et ce voyage soulage tout le monde car Lilia, insouciante et imprévisible, commet bévues sur bévues, ce qui est très mal vu et considéré comme inquiétant.
   
    Cependant ce sera pire en Italie lorsqu’elle décide de se marier avec le beau Gino, scandalisant sa famille anglaise puisque ce n’est qu’un fils de dentiste. On envoie alors Philippe, le beau-frère, en ambassade et en catastrophe, pour essayer d’éviter cette mésalliance mais il arrive trop tard.
   
    Je m’attendais à ce que ce soit Lilia, une fois remariée en Italie, qui devienne le personnage principal mais il n’en est rien et les rebondissements sont suffisamment nombreux et surprenants pour que pas un seul instant l’intérêt de la lecture ne se relâche. C’est passionnant, tragique et drôle, très enjoué aussi selon les moments.
   
   Philippe et Miss Abbott rivalisent de présence et de prises de positions importantes et décisives, sans oublier Harriet, l’intransigeante et fatidique belle sœur.
   
   Si l'homme italien offre beauté, joie de vivre et amour, les décisions importantes sont prises par les femmes anglaises auxquelles seul l’amour paternel résistera pour le malheur de tous.
   
   Quelques citations:
   
   «Aucun d'eux ne comprit que le conflit les dépassait, qu'il était national, que des générations d'ancêtres, bons, mauvais ou indifférents, interdisaient à l'homme latin de se montrer chevaleresque envers la femme nordique, comme à cette dernière de pardonner à l'homme latin.»
   
    (Sa propre mère) «effrayait Philippe, sans lui inspirer un respect profond. Car sa vie n'avait pas de sens et son fils le voyait. A quoi servaient sa diplomatie, ses mensonges, sa perpétuelle domination? Quelqu'un en était-il meilleur ou plus heureux? En était-elle même, personnellement, plus heureuse? Harriet, avec sa bigoterie aigre et triste, Lilia, avec son avidité au plaisir, étaient encore d'une qualité plus divine que cette machine logique, active et parfaitement inutile.»
   
   Le bain du bébé: «Miss Abbott, comme toute femme, aimait laver n'importe quoi, a fortiori un objet humain.»
   

    Monteriano [ou “Là où les anges craignent de marcher», ( …les sots se précipitent…, citation de Pope), son autre titre] est le premier roman de E. M. Forster après sa découverte de l’Italie. Paru en 1905, il est traduit en 1954 en français par son ami Charles Mauron et c’est cette traduction que «Le bruit du temps» a publiée en juin 2012. On y trouve déjà les thèmes principaux de «Avec vue sur l’Arno», l’affrontement entre deux modes de vie, celui, rigide et austère de l’Angleterre d’alors et celui plus souriant et spontané de la Toscane puisque le titre se réfère à San Giminiano, la ville aux treize Tours.
   
   Tout l'art de Forster est déjà là et j'ai aimé ce premier roman presque à l'égal des autres: Avec vue sur l'Arno, Howards end, Maurice.

critique par Mango




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