Lecture / Ecriture
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En mémoire de Mary de Julie Parsons

Julie Parsons
  En mémoire de Mary

En mémoire de Mary - Julie Parsons

Au nom de la mère et de la fille...
Note :

   Relecture pour ce roman assez ancien que j'avais beaucoup aimé il y a quelques années. Première traduction pour cette romancière née en Nouvelle-Zélande, mais vivant en Irlande depuis son plus jeune âge.
   
   Dimanche 6 août 1995 - 21h48. Un coup de téléphone d'une femme angoissée qui désire faire une déclaration au sujet de la disparition de sa fille. Le policier regarde sa montre... dans 12 minutes, c'est la fin de son service. Il fait chaud, l'atmosphère est lourde, la violence suinte des pores, aidée par l'alcool... la disparue est une jeune Néo-zélandaise qui ne connait pratiquement personne en Irlande... La femme insiste, et l'attente commence, le martyre de la jeune fille également, son corps affreusement mutilé sera retrouvé par un promeneur huit jours plus tard!
   
   Nous, lecteurs, connaissons très rapidement l'identité de l'assassin, garçon d'une famille très aisée, chauffeur occasionnel avec la belle voiture offerte par la famille. Sa famille, est-ce vraiment le terme exact? Margaret devient une sorte d’appât, harcelée par téléphone, puis par courrier, des photos d'elle lui parviennent, prises sans doute par l'assassin de Mary. Elle ne coopère pas franchement avec McLoughlin, chacun étant à la recherche d'une partie de lui même. Pour ce dernier il faut paraitre, feindre de s'intéresser à la vie du commissariat, tenter de boire moins, de vivre en paix des braves avec son épouse... bref une vie somme toute terne mais hélas courante. Mais la hiérarchie poussée par la presse veut des résultats et vite! Cette tragédie va forcer ces deux êtres à coopérer même si au début les motivations ne sont pas identiques et la cohabitation peu évidente. Surtout qu'une nouvelle surprenante va changer la perception que la police a de Mary... Puis une autre femme vient témoigner, elle aussi a été agressée, peut-être par le même individu? Un nommé Jimmy Fitzsimons.
   
   Plusieurs mois passent et arrive le procès... où une autre épreuve attend Margaret avec l'apparition de l'avocat du présumé criminel!
   
   Margaret Mitchell, la mère de Mary, est veuve ; elle a élevé seule sa fille. Suite à de brillantes études en Irlande, elle a émigré en Nouvelle-Zélande puis elle est revenue dans son pays natal. Après le meurtre de Mary, elle se retrouve vivant avec sa mère, situation familiale paradoxale qu'elle vit bien évidement très mal. Ses souvenirs oscillent sans cesse entre deux pays et deux époques, sa mère et elle enfant, ou alors elle et Mary durant les premières années de celle-ci. Quelques mots en gaélique, langue qu'elle parlait parfaitement, lui rappellent une fête de la saint Patrick aux antipodes.
   
   Michael McLouglin, le policier, est aussi un personnage dont la vie n'est pas un long fleuve tranquille. Son couple est à la dérive, sa carrière a été fortement contrariée quand la liaison qu'il entretenait avec une de ses jeunes collègues mariée à un autre agent a été découverte. Cette enquête est une sorte de planche de sauvetage et de mise à l'épreuve. Pour lui au final la question va être : peut-on aller au delà du devoir quand des considérations personnelles viennent s'ajouter aux critères de la justice officielle?
   
   Cette seconde lecture confirme la première et lui donne même une dimension supplémentaire avec la redécouverte des certains éléments de l'histoire que j'avais oubliés! Une lecture plus difficile que dans ma mémoire, mais une réussite pour une première œuvre.
   Un excellent roman sur le chagrin, la douleur maternelle, la haine et la vengeance! Que ferions-nous dans ces circonstances tragiques? Je préfère ne pas avoir à me poser la question!
   
   
   Extraits :
   
   - Les statistiques de l'année en cours faisaient froid dans le dos : 8 femmes assassinées, près de 200 rapports de viols, 500 agressions sexuelles. C'était trop. Trop d'affaires non résolues, aussi.
   
   - On a toujours le choix, ma chère. C'est ce qui nous différencie des animaux. Ce qui nous rend humain, quoi.
   
   - Dehors, le soleil brillait, tel un disque de feu d'une perfection absolue au milieu d'un ciel bleu cobalt, à l'image de la mer en dessous.
   
   - Quand était-ce arrivé? À quel moment avaient-ils cessé de s'aimer? Il n'y avait pas eu de changement brutal. Pas d'incident particulier. Juste une lente et triste progression du mépris et de l'indifférence jusqu'à la répulsion, au désespoir.
   
   - C'est d'ailleurs ce qui rendait les choses si difficiles dans les affaires non résolues. On enterrait jamais les morts. Pas complètement, du moins.
   
   - On l'avait envoyé la veille, du centre-ville. Baile Átha Cliath*, disait-il, ainsi que la date : 23-09-95.
   
   - Et surtout, grâce à l'alcool. Le baume béni de l'oubli.
   
   - Et, sans quitter l'écran des yeux, il pleura lui aussi. Sur Margaret, sur Mary, sur lui-même.
   
   - Je ne peux plus réagir comme un être civilisé. Je ne prétends plus à la compassion ou à l'indulgence.
   

   Titre original : Mary, Mary (1998)
   
   * Dublin en gaélique.

critique par Eireann Yvon




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