Lecture / Ecriture
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Littré - L'humaniste et les mots de Alain Rey

Alain Rey
  Littré - L'humaniste et les mots

Alain Rey est un linguiste et lexicographe français né à Pont-du-Château le 30 août 1928. Il est le rédacteur en chef des publications des éditions Le Robert.
(Wikipédia)

Littré - L'humaniste et les mots - Alain Rey

Des mots, encore des mots, toujours des mots
Note :

   C’est quelqu’un qui me connait bien qui m’a offert ce livre.
   Pensez, le roi du dictionnaire mis en musique par le prince des mots! Curieux, tout le monde connaît LE Littré mais on connaît bien peu la vie de son auteur, un illustre inconnu en quelque sorte.
   
   Il prit son temps pour atteindre la notoriété, c'est la publication de son dico à partir de 1863 qui le fit atteindre la notoriété Je vous l'accorde Littré n'a pas une tête de rigolo (il faut voir sa photo par Nadar), c'est un sérieux cet homme, un bosseur, un érudit austère et tolérant à la fois, un bourreau de travail. Et puis d'abord qu'est ce que vous avez contre les lunetteux?
   
   Son père imbu des idées révolutionnaires de l'époque et un peu obsédé par les études, envoya son fils dans un lycée de prestige, Emile fréquenta donc Louis le Grand, son père mit à sa disposition une excellente bibliothèque.
   Quand fut venu le temps de choisir une voie professionnelle Littré choisit la médecine. Il est prêt à passer son doctorat quand son père meurt et la famille restant sans ressources il va donner des cours de Latin et de Grec et entamer une carrière de journaliste pour gagner sa vie.
   Il entre comme journaliste au journal Le National. Plus tard il reprend ses études et assiste à des conférences qui lui permettront de livrer des articles à des revues spécialisées sur des sujets aussi variés que les épidémies ou les découvertes de Cuvier.
   Il va s'atteler à la rédaction d'un livre sur Hippocrate qui lui ouvrira les portes de l’Académie des inscriptions et belles lettres. Le début de la célébrité. Bien sûr pour nous il reste le père du dictionnaire qui porte son nom, mais avant cela il est aussi un traducteur, il maîtrise rien moins que le latin et le grec évidemment mais aussi l'anglais, l'allemand, l'italien et un peu de sanscrit pour faire le bon poids.
   Il travaille d'abord à un dictionnaire de médecine et de chirurgie. Puis il conçoit son grand projet qui va être accepté par les éditions Hachette, Louis Hachette a été un condisciple de Littré à Louis le Grand.
   Son grand œuvre l'occupa de 1847 à 1865!!! Une méthode de travail parfaite, une érudition sans faille, et un travail de titan vont faire du dictionnaire un événement littéraire. Un travail de lexicographe patient, complet, sûr. L'usage de chaque mot est détaillé, les divers sens sont passés en revue et sont étayés d'exemples pris dans les meilleures œuvres de la langue française. Au mois d'août 1870, Littré fit transporter tous ses documents soit 415 636 feuillets et huit caisses de bois blanc pour les mettre à l'abri dans les sous-sols de la maison Hachette hors de portée des obus allemands. 
   
   Ce travail méritait bien un siège à l'Académie Française, oui mais Littré est un républicain et un athée farouche. Pour les milieux bien-pensant il est le diable. Le très fameux Mgr Dupanloup s'oppose à son admission (rappelez-vous le père de Marcel Pagnol se moquant de Mgr Dupanloup dans "la gloire de mon père") et Littré échoue.
   
   Il prendra sa revanche sur le saint homme et entrera sous la Coupole le 30 décembre 1871. Littré n'était peut être pas toujours un homme exemplaire du moins si l'on en croit cette anecdote rapportée par Alain Rey:
   "Littré se livre à des ébats indécents avec une domestique, qu'on imagine jeune et accorte. Sa sérieuse épouse s'en avise et, choquée, mais sans perdre son sang-froid: Monsieur, je suis surprise!
   A quoi le philologue réplique : Non, madame, vous êtes étonnée. C'est nous qui sommes surpris." 

   
   Le 8 juillet 1875, Il est reçu au Grand Orient de France en même temps que Jules Ferry, une grande publicité fut faite à l’événement. A la fin de sa vie il réaffirme ses convictions matérialistes et agnostiques sans jamais chercher à dénigrer la foi
   "je suis sans regret d'être en dehors de ces croyances, et ne puis découvrir en moi aucun désir d'y rentrer." 

   C'est ce qui rend très suspecte sa soi-disant conversion orchestrée par sa femme et sa fille toutes deux ferventes catholiques.
   Il fut enterré au cimetière Montparnasse.
   
   Pour les amateurs de mots cette biographie se lit d'une traite. Alain Rey nous dit que Littré avait "une obsession : connaître" et qu'il mérite le beau nom d'humaniste.

critique par Dominique




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