Lecture / Ecriture
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Eva dort de Francesca Melandri

Francesca Melandri
  Eva dort
  Plus haut que la mer

Francesca Melandri est une réalisatrice et scénariste italienne née en 1964.

Eva dort - Francesca Melandri

Une fresque historique depuis 1919
Note :

   "Eva dort" est un très beau livre d’une très grande tenue dont je sors émerveillée.
   
   Premier roman d’une scénariste italienne, il nous retrace les moments forts d’une région méconnue où les Italiens, des blonds aux yeux bleus, sont germanophones: le Sud-Tyrol ou Haut-Adige, la région de Bolzano et du Val Gardena, enrichie désormais par l’or blanc.
   
   C’est un roman à l’ancienne, parfaitement bien structuré, une fresque historique depuis 1919, date où cette région frontalière des Alpes fut annexée par l’Italie après la chute de l’empire austro-hongrois jusqu’à nos jours, en passant par toutes les réclamations indépendantistes, les bombes les, attentats du siècle dernier jusqu’à la mort si odieuse d’Aldo Moro qui bouleversa tant toute l’Italie.
   
   "Eva dort", est aussi surtout le roman de Gerda et de sa fille Eva, les deux héroïnes de l’histoire. Des femmes seules mais courageuses et libres qui ont réussi à imposer leur choix de vie dans un milieu hostile dominé par tous les préjugés de cette époque troublée.
   
    "Eva dort" est la réponse type fournie par Gerda, la mère, à tous les moments importants de leur vie. C’est ainsi qu’Eva n’a pas connu son père venu la voir un jour, en cachette de sa propre famille. Elle n’a jamais reçu non plus les nombreuses lettres envoyées par son père adoptif adoré, Vito, le sous-officier des carabiniers en poste dans cette région, devenu l’amour de sa mère qu’il ne put épouser pour des raisons politiques. Elle se vengea en coupant tous les ponts avec lui.
   
   Mais le roman est surtout celui du long voyage en train qu'Eva, désormais libre et indépendante, entreprend trente ans après, du nord au sud, jusqu'en Calabre où se meurt Vito qui l'a appelée à son chevet, après trente ans de silence et malgré le désaccord de Gerda, emmurée dans sa rancœur. Pendant que défilent les paysages des régions traversées, elle revit les moments forts de son existence dont beaucoup coïncident avec ceux du pays lui-même.
   
   La fin est très belle. Juste celle que j'espérais.
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critique par Mango




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Deux femmes, un pays
Note :

   Il y a bien longtemps déjà, que je voulais vous parler d'une grande découverte dans ma vie littéraire. Mais voila, je savais que l'ouvrage allait sortir en poche et je me suis dit : "Attendons un peu pour que ceux qui me liront aillent chercher le livre sans crainte de son prix". Mais je n'en peux plus! La patience n'a jamais été mon fort et encore une fois je vous le prouve!
   
   "Eva dort", c'est l'histoire de deux femmes. Il y a d'abord Eva, jeune femme de 40 ans, célibataire empêtrée dans une relation sentimentale fragile et adultérine. Alors qu'elle ne l'a pas vu depuis plus de 25 ans, son beau-père malade reprend contact avec elle et lui demande de venir le rencontrer une dernière fois.
   
   Eva part alors en train pour la Sicile, elle qui habite le Sud-Tirol au nord du pays, à la frontière avec l'Allemagne. Et au fur et à mesure que défile le paysage, elle nous raconte l'histoire de sa région à travers l'Histoire de son pays, à travers l'histoire de sa mère (deuxième personnage féminin).
   
   Sa mère, c'est une femme qui n'a pas été très chanceuse et qui toute sa vie aura dû se battre pour obtenir ce qu'elle a aujourd'hui. Une femme fière et forte qui restera toujours sur ses deux jambes et qui ne tombera pas.
   
   Avec des flash-backs historiques liés à la vie de sa mère et des flashs personnels, nous revivons la vie de ces deux protagonistes sensationnelles. Tout en poésie et en tendresse, nous traversons une Italie inconnue, parfois forte parfois chancelante, parfois belle parfois laide et c'est tout un autre visage de ce pays qui s'ouvre à nous.
   
   Magnifique et fantastique, voici un roman que l'on lira plutôt deux fois qu'une tant il nous bouleversera!
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critique par Pauline




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Un pan de l’histoire d'Italie
Note :

   Ce roman est une belle façon de mettre l’accent sur un pan de l’histoire de l’Italie et sur une région magnifique.
   Si vous avez lu Mario Rigoni Stern vous connaissez déjà un peu ce coin d’Italie qui appartint à l’Empire Austro-Hongrois et qui fut donné à l’Italie en 1918.
   Lorsque l’on lit ça dans un livre d’histoire on a peine à imaginer les conséquences pour les hommes et femmes qui vivent là.
   
   Francesca Melandri s’est attachée à nous faire comprendre les choses à travers l’histoire de deux femmes, Gerda et Eva.
   
   Dans les montagnes du Haut-Adige (pour les Italiens) ou du Sud Tyrol (pour les Autrichiens) c’est le choc total, des Autrichiens se retrouvent du jour au lendemain italiens, changement de langue, bouleversement de l’identité culturelle, ils deviennent les parias d’une communauté. La famille Huber va faire les frais du changement apportant séparations, fracture familiale, conflit de génération.
   
   Le roman est un lent retour en arrière, Eva va traverser toute l’Italie pour être au chevet de Vito, son presque père qui va mourir, il fut l’amour de sa mère, un père de substitution dont elle n’a jamais accepté le départ. Eva se souvient de l’homme qui l’appelait "sisiduzza" ce qui signifie "toute petite étincelle"
   
   Le paysage se dessine d’une région supportant les changements historiques mais aussi les changements de société. Dans les années 60 une jeune femme enceinte est une honte pour sa famille, elle devient une Matratze, une femme marquée au fer rouge.
   "C’était une Matratze parce que son père, Hermann, l’avait laissée partir"
partir pour gagner sa vie.
   Puis enceinte elle a été chassée par Herman, lui qui avait choisi le mauvais camp, celui des nazis.
   Gerda a fait face avec courage pour élever seule sa fille Eva, elle a travaillé sans relâche au Grand Hôtel de Frau Mayer à Merano, elle a tenté d’oublier Peter l’apprenti terroriste, Segi le frère plein de haine, Ulli le presque frère qui lui opte pour la transgression, elle est devenue une cuisinière de talent.
   Gerda est belle et rayonne d’amour pour sa fille. Lorsque Vito apparait il va être à la fois son amour et sa croix.
   
   "Un matin du printemps de 1998, à la suite des accords de Schengen, en présence des autorités italiennes et autrichiennes, on enleva la barrière séparant les deux pays au col du Brenner. Plus aucune frontière physique ne séparait le Tyrol du Sud de l’Autriche, sa terre mère perdue."
   

   C’est un très beau roman qu’a écrit Francesca Melandri, mêlant l’histoire tourmentée de la région qui ne peut oublier son passé, et les personnages qu’elle nous livre toute en finesse et émotion. Si aujourd’hui la région voit affluer les touristes c’est après une période douloureuse. On croise des personnages bien réels de l’histoire italienne comme Aldo Moro, mais surtout on est pris d’affection pour Vito et Gerda qui portent le récit, et je vous défie de ne pas verser votre larme.

critique par Dominique




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