Lecture / Ecriture
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Crépuscule irlandais de Edna O'Brien

Edna O'Brien
  Nuit
  Tu ne tueras point
  Saints et pécheurs
  Lanterne magique
  Les païens d'Irlande
  Crépuscule irlandais
  Fille de la campagne
  Girl

Edna O'Brien est une romancière Irlandaise née en 1930.

Crépuscule irlandais - Edna O'Brien

Mère / Fille
Note :

   Le récit s’articule autour de deux personnages : la mère et la fille ; et témoigne de leur fort attachement l’une pour l’autre ; toutefois elles ne peuvent se le communiquer.
   
   Dilly a 78 ans au début des années 70, vit dans la campagne irlandaise, d’une exploitation qu’elle et son mari n’arrivent plus à tenir. Cornelius est un bon à rien, ancien alcoolique et complètement attardé en comparaison de son épouse.
   
   Hospitalisée, la vieille dame soupçonne n’en avoir plus pour longtemps. Elle revit son histoire prenant pour confidente une infirmière devenue amie, et attend la visite de sa fille Eleonora, écrivain, vivant à l’étranger, divorcée avec deux enfants, dont la notoriété n’est pas passée inaperçue dans le village. Cette population de paysans empêtrés dans la superstition et la religion prise au premier degré, dénigre beaucoup sa fille. Dilly, elle, n’a que sa fille à aimer. Son fils est comme le père, cupide, violent, sans la moindre humanité.
   
   Le récit est pris en charge tantôt par Dilly tantôt par Eleonora.
   
   Dilly vit ses derniers jours à la maison et son hospitalisation. Les chapitres où elle raconte sa vie passée sont à la première personne. Ses espoirs l'ont menée très jeune aux Etats Unis où elle espérait une vie meilleure... D’autres récits d’elle (peut-être les plus nombreux) consistent en longues lettres qu’elle écrit à sa fille, et que souvent, elle n’envoie pas.
   
   Ces lettres sont originales et on peut les préférer aux autres récits : la narratrice s’y exprime à bâtons rompus, passant d’un sujet à l’autre, sans démarrer pour autant un nouveau paragraphe. Des soucis domestiques (élevage des animaux, problèmes de climat, appareils qui fonctionnent mal) voisinent avec son ressenti sur plein de choses, sa santé bien mauvaise… et des considérations sur les envois d’Eleonora, et ce qu’elle en fait : on se rend compte que la fille, à l’aise financièrement, aide beaucoup sa mère, mais reste chiche de sa présence à ses côtés.
   
   Enfin le reste du récit nous livre le point de vue de Leonora : ces chapitres, où le récit va de la troisième à la première personne, s’intitulent scènes de la vie conjugale : avant de s’émanciper, Leonora a subi un mari... nous avons aussi un fragment du journal intime de Leonora, des lettres de la fille à sa mère, qu’elle n’envoya pas plus que Dilly ne lui envoyait les siennes. On sent qu’elles les écrivaient chacune pour leur propre compte, sous le prétexte de s’adresser à l’autre.
   
   La narration est donc variée, relativement complexe, et le style très travaillé, foisonne de belles descriptions et de formulations élaborées. De citations aussi, de la part de Leonora passionnée de littérature.
   
   Ce qu’on aime particulièrement ce sont ces lettres dont je parlais, non envoyées… J’aurais préféré un récit uniquement constitué de ces lettres. Mais il eût été difficile d’y faire passer toute l’intrigue!
   
   Par ailleurs la conclusion n’est guère originale : il s’agit de démontrer que l’amour d’une mère pour son enfant est le seul valable. Dans cette optique plusieurs femmes sont très bien (des rôles secondaires en plus de Dilly et Leonora) tandis que les hommes ne valent rien. C’est dommage, même si cela n’est pas rare non plus dans la vie.

critique par Jehanne




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