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Petit art de la fuite de Enrico Remmert

Enrico Remmert
  Petit art de la fuite

Enrico Remmert est un écrivain italien né en 1966 et dont le nom a failli être un palindrome.

Petit art de la fuite - Enrico Remmert

Courage... fuyons!
Note :

   Je découvre ce jeune auteur turinois grâce à ce troisième roman publié et traduit en français après "Rossenotti" et "La ballade des canailles".
   
   Vittorio a trouvé du travail, un contrat de cinq mois dans un orchestre à Bari, proche de son lieu de naissance, mais loin, très loin de Turin où il réside... La première option est de prendre le train avec sa fiancée Francesca, mais Manuella, une amie du couple, veut fuir Ivan son amant du moment. Alors en voiture "la Baronne" est à votre service... roulez jeunesse! Car la distance entre ces deux lieux est d'environ 870 kilomètres.
   La traversée de l'Italie ne sera pas un long voyage tranquille, sinon ce livre n'existerait pas!
   Car chacun des narrateurs de ce voyage a des raisons plus ou moins avouables d’entreprendre ce périple.
   Vittorio, tout à son art et à son nouveau poste, semble être un peu le dindon de la farce. Pour lui c'est retour aux sources et tentative d'apaiser les nuages qu'il y a entre lui et son éternelle fiancée... laquelle toute à sa nouvelle passion est en voyage, non pas de noce, mais de rupture! Quant à Manuella, elle veut plaquer son copain qui a la main un peu leste, mais au passage elle lui a subtilisé un tableau d'une valeur non négligeable, chose qu'il risque de ne pas apprécier. En plus des nausées laisseraient croire qu'elle est enceinte...
   Entre la visite à un ami ruiné, une soirée dans un bar louche et pirate qui se termine par une cuite carabinée, une nuit sur les coussins du dit-bar et la disparition de ce sympathique personnage, qui, toute honte bue, a aussi dérobé la caisse commune! Adieu veaux, vaches, cochons, couvées etc...! Mais à l'instar du cambrioleur de Brassens, il a laissé à Vittorio son violoncelle!
   Chacun fait le fond de son compte en banque pour aller de l'avant même sous la neige... Manu et Vittorio sont un moment seuls dans un endroit qui semble envoûté... et... elle a cette parole superbe :
   "- Àh si, ce serait bien. À la limite ce ne serait pas convenable!"
   Mais la suite n'est pas si bucolique, Ivan les retrouve et il est accompagné de Gunther son doberman qui n'est pas spécialement de bon poil, Ivan non plus d'ailleurs, donc la situation générale n'est pas bien brillante...
   
   "La Baronne" est le moyen de locomotion de tout ce beau monde, voiture professionnelle à double commande ce qui réserve bien des péripéties inattendues, surtout au début du périple!
   Vittorio est violoncelliste de son état... et reconnaissons que ce n'est pas l'instrument le plus facile à transporter! Alors comment faire! Le train? Avec le recul cela aurait été la solution la plus sage! Mais la sagesse n'est en aucun cas la qualité principale de ce trio. Et les gares, Vittorio, il n'aime pas, dans ce cas la seule solution pour lui, faire appel à son psychologue mousseux en bouteilles de 66 centilitres!
   Francesca (de malheur, pourrais-je ajouter!) ce voyage, c'est pour rompre, elle veut quitter Vittorio, car elle joue en ce moment une version toute personnelle de "La vétérinaire et le vétérinaire", lequel semble avoir du chien... et tout est au poil entre eux, donc c'est le grand jeu de la bête à deux dos!
   Manuela qui hésite entre deux états de fait : go-go danseuse ou monitrice d'auto école! Conduire les seins nus ne pose pas réellement de gros problèmes pour la conductrice, mais pour les hommes qui ne peuvent (et ne veulent) pas se voiler la face au volant, c'est une autre paire de...! Saint Christophe, priez pour eux!
   
   Des personnages secondaires encore plus improbables que les principaux! Et ce n'est pas peu dire, Andréa qui adore les gares ou Le Duc par exemple, qui vendait des meubles pour gagner sa vie. Dommage c'était les siens ; il est donc ruiné habitant une grande villa vide et vendue! Un vieil homme féru de peinture qui s’invite à leur table dans un restaurant désert dont la serveuse porte un faux bandeau sur l’œil!
   
   L'option prise par l'auteur de donner la parole à chacun des voyageurs donne un certain rythme à l'ouvrage et permet de voir les choses d'une manière impartiale, enfin de la manière qu'a chaque narrateur de voir midi à sa fenêtre!
   
   Je ne résiste pas au plaisir de vous faire connaître cette phrase qui se trouve avant le début de ce voyage :
   -De chaque récit il existe trois versions : la tienne, la mienne et la vérité.
   

   Un road-movie tragi-comique qui n'est pas d'une lecture si facile qu'il y parait!
   
   
   Extraits :
   
   - J'ai pensé : les paroles de ce genre laissent muette car personne n'a envie de les prononcer.
   
   - J'ai essayé de comprendre, quelque chose qui serait difficile pour n'importe qui.
   
   - Sur le mur d'un immeuble s'étalait une inscription tracée à la bombe de peinture rouge: METTEZ À PROFIT L'ÉRECTION DU MATIN. J'ai souri, nous étions en route.
   
   - Je n'aime pas voyager. D'après le père Geppe, nous sommes comme les fleurs : Dieu nous a plantés dans un endroit précis et c'est là que nous devons pousser.
   
   - J'ai pensé que ce voyage n'était pas le début d'une histoire, mais le dernier chapitre d'une autre.
   
   - J'ai remercié Dieu : avoir Manu parmi nous, sur Terre, est un cadeau extraordinaire.
   
   - Les vieux radotent et les jeunes n'ont rien à dire. L'ennui est réciproque.
   
   - Une fillette brune contemple l'horizon, sa poitrine naissante moulée par un anorak. Un homme prend des photos, son appareil tourné vers le ciel. Pourquoi existons-nous?
   

   Titre original : Strade bianche. (2010)

critique par Eireann Yvon




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