Lecture / Ecriture
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La splendeur de la vie de Michael Kumpfmüller

Michael Kumpfmüller
  La splendeur de la vie

Michael Kumpfmüller est un écrivain allemand né à Munich en 1961.

La splendeur de la vie - Michael Kumpfmüller

Une histoire triste
Note :

   Titre original : Die herrlichkeit des lebens
   
   Une erreur de casting ma part, je ne suis pas faite pour ce genre de romans (histoires d'amour). Mais on en parlait tellement de ce livre! Surtout à cause du charme trouble du nom de Kafka qui exerce toujours une sorte d'attraction. Et puis, lire une histoire romantique tout en se cultivant : l'utile et l'agréable, c'était tentant. Mais c'était sans compter sur ma vision désabusée de ces histoires-là. Bref, le charme n'a pas opéré.
   
   Il s'agit de la dernière année de vie de Franz Kafka. Il est venu avec sa sœur au bord de la Baltique pour une tentative de reprendre des forces, lentement rongé qu'il est par la tuberculose qu'on ne savait pas du tout soigner à l'époque. Il apprécie la plage toute proche, le soleil et les bains de mer. Ils sont logés juste à côté d'un centre de vacances pour enfants juifs où il ne tardera pas à rencontrer Dora, belle jeune femme de 25 ans qui y fait la cuisine. Le coup de foudre est immédiat et réciproque. Mais le temps est trop souvent maussade, la santé de F. Kafka se détériore et il doit rentrer. Séparés, réunis, puis séparés et réunis à nouveau, la dernière année de Kafka connaîtra de nombreux déménagements qu'il affrontera avec de plus en plus de difficulté, toujours soutenu par l'amour de Dora. C'est une belle histoire d'amour, mais triste, on le sait dès le départ.
   
   C’est un récit linéaire, tout au présent, qui a choisi une narration le plus simple possible pour nous livrer l'histoire comme en un compte-rendu objectif. On dit "il" pour Franz, "elle" pour Dora et on fait la part belle aux détails du quotidien. Reste qu'il faut vraiment bien connaître l’œuvre de Kafka et même sa biographie pour bien comprendre, car les références sont nombreuses et jamais explicitées (le singe, la souris, le terrier... à vous de savoir de quoi on vous parle). De même pour les personnages secondaires, jamais présentés. On vous raconte la visite de Max sans vous dire qui il est, alors pour Max, cela va encore, on connait, mais pour d'autres... Félix? Karl? D'autant qu'ils ne sont désignés que par leur prénom.
   
   J'ai aussi trouvé le titre décalé bien qu'il soit l'exacte traduction du titre original (qui serait même "Magnificence"), et j'avoue ne pas bien comprendre, car s'il est dit que la vie est splendide, si on l'aperçoit parfois brièvement, cela n'est pourtant pas vraiment illustré par le récit qui nous est fait. C'est certes une histoire d'amour, donc splendide, mais un peu à sens unique, toujours bridée, n’atteignant jamais sa plénitude, noyée dans les difficultés mesquines, brève et désespérée... Cela peut être poignant, mais splendide... je ne trouve pas.
   
   Quelques phrases un peu... bizarres m'ont parfois amenée à me demander si on n'avait pas aussi un problème de traduction. Des phrases qu'on relit parce qu'on ne comprend pas. Par exemple:"Elle se rappelle la pluie diluvienne, comme elle était mouillée, jusqu'au moindre mouvement." ?... Et une ou deux autres de ce genre. Ou alors, c'est le style de Kumpfmüller? Je ne sais.
   
   Cela reste néanmoins une lecture très recommandable (surtout si vous aimez les histoires tristes) et je suis sure qu'elle aura beaucoup de succès.
   
   Pour conclure, un bref épilogue nous dit ce qu'il advint des principaux protagonistes sur lesquels l'horreur nazie n'allait pas tarder à fondre.
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critique par Sibylline




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Dora Diamant et la fin de Kafka
Note :

   Dans son quatrième livre, l'auteur allemand Kumpfmüller, raconte avec justesse et minutie la dernière année de la vie de Franz Kafka. Nommé, Docteur, au début du roman, ensuite Franz pour marquer l'intimité, il nous fait pénétrer dans le quotidien d'un écrivain puissant et tourmenté par ses fantômes.
   
   L'auteur de "la Métamorphose", atteint de tuberculose, est maintenant un homme très malade. A l'occasion de vacances au bord de la Baltique il rejoint sa sœur et fait la connaissance de Dora Diamant qui deviendra sa dernière compagne.
   
   Éblouie et consciente de la valeur de l'homme de lettres, elle tombe amoureuse du malade et dans une sublime abnégation partagera son quotidien de souffrance.
   
   Au crépuscule de sa vie, elle lui apporte lumière et amour qu'aucune autre passion amoureuse n'aura pu lui donner.
   
   Bien documenté par les lettres de Franz à Max, son légataire testamentaire, ce livre nous rend l'atmosphère de l'Allemagne des années 20 et particulièrement Berlin.
   
   En pleine crise économique, la montée de l'antisémitisme annonce les prémices d'une idéologie nazie qui balaiera tout. D'ailleurs Kafka et Dora, juifs tous les deux, pensent à partir en Palestine.
   Partagé entre Prague, ville détestée mais où vivent ses parents, et Berlin signification de liberté et pourquoi pas de guérison, Kafka lutte toujours contre ses démons.
   
   L'attention de Dora, son amour calme et sincère lui procure, dans ses derniers jours, la sérénité à laquelle il aura aspiré toute sa vie.
   
   Un très beau livre, où le quotidien dans ses gestes les plus simples mais les plus vrais, sur le dévouement et l'accompagnement.
   
   Même si la fin inéluctable habite les premières pages, le récit reste empreint d'une grande sensibilité.
    ↓

critique par Marie de La page déchirée




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Kafka sur le rivage
Note :

    La littérature du cœur, cette expression banale prend tout son sens à l'évocation de ce très beau livre de l'auteur allemand Michael Kumpfmüller. Ignorant et l'auteur et l'ouvrage je suis tombé dessus en librairie et il m'a attiré très vite. La quatrième de couv. ne m'en disait ni trop ni trop peu. J'ai eu envie. Et "La splendeur de la vie" est un grand livre, qui m'a beaucoup parlé, bien que piètre connaisseur de Kafka. Mes connaissances sur lui se bornaient à "La métamorphose", "Le procès" de Welles, le vieux film de Soderbergh "Kafka". Du tout bon, tout ça, mais qui ne me donne aucune légitimité particulière pour évoquer Kafka. Après la lecture de "La splendeur de la vie" j'ai le sentiment d'avoir mieux saisi la personnalité du Praguois. Et ce grâce à la prose toute en retenue de Michael Kumpmüller, né à Munich en 1961 et dont un seul autre roman a été traduit en France, "Fugue en lit mineur" (Denoël, 2003).
   
    Kafka, à la santé fragile, séjourne l'été 23, sur la Baltique. Il y fait connaissance de Dora Diamant, quinze ans de moins que lui. Cet amour sera brisé par la mort de l'auteur moins d'un an après. Trois saisons auront suffi pour anéantir totalement l'homme. C'est l'histoire de ce coup de foudre, entre Franz, quarante ans, assez célèbre mais désargenté, et la jeune femme, juive elle aussi, modeste cuisinière dans une colonie de vacances à Müritz, station balnéaire. On vit alors le quotidien de Franz et Dora qui finiront par habiter ensemble à Berlin, peu de temps, et dans la précarité sanitaire et matérielle. Ce sont les fameuses années d'hyperinflation en Allemagne où l'on imprimait des billets de 500 000 000 marks. Tout est si difficile mais Kumpfmüller qui a fait un gros travail de documentation sur journaux, carnets et correspondance de Kafka, nous présente un homme marchant certes vers la mort, mais dans une paix relative grâce à Dora, discrète et tendre. Un Franz Kafka presque heureux.
   
    Le livre est bouleversant, mais dans la simplicité et la pudeur. Nulle confession intime, nul secret un peu croustillant dévoilé, mais beaucoup d'amour, en peu de gestes, ils n'en auront pas eu le temps. Un bref retour à Prague, où les retrouvailles avec les parents sont tièdes. Un certain regain d'intérêt pour le Talmud. Des rêves d'évasion, de Palestine aussi. Le sionisme est passé par là. Les plus clairvoyants avaient soupçonné qu'à la République de Weimar succéderaient des années de plomb. Ils étaient encore en dessous de la vérité. "La splendeur de la vie" cache sous un titre qu'on jugerait mièvre une flamme superbe qui me confirme que dans la vie de chacun ce ne sont pas forcément les années en commun qui comptent le plus, et que l'intensité de quelques dizaines de jours et de nuits dans l'unisson fait parfois plus pour le bonheur de l'homme.
   
    Je termine ce jour une bien belle lecture que je n'oublierai pas, précieuse et vivace, sur un thème des plus sombres mais diablement humain. Il me semble voir le visage de Dora, son sourire qui aura illuminé la fin d'un écrivain immense, qu'il n'est pas du tout nécessaire d'avoir lu pour apprécier "La splendeur de la vie". Puisse ce livre relancer le goût de vivre... Dans la forêt viennoise ne survivent pas que des légendes. Dans un sanatorium de Kierling, un jour de 1924, l'amour a triomphé.
    ↓

critique par Eeguab




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L'amour à mort
Note :

   J’ai dans ma bibliothèque le journal et les romans de Kafka. Autant le dire, j’aime le journal mais je suis toujours restée imperméable à ses romans 
   Ce roman m’a attirée car il apporte un éclairage sur l’écrivain sans être une vraie biographie.
    
   Ici nous abordons aux rivages de la fin de vie de l'écrivain. Malade, tuberculeux, lors d’un séjour au bord la Baltique, nous sommes à l’été 1923, il fait connaissance avec Dora Diamant, elle est immédiatement séduite par le Docteur, comme elle l’appelle, il a quarante ans et elle vingt cinq mais qu’importe. Il va mourir de tuberculose dans les mois qui suivent. Ils décident de vivre ensemble à Berlin. 
   
   C’est la grande dépression, pas facile de se loger et de vivre et les déménagements seront nombreux. L’antisémitisme montre le bout de son nez. Kafka se remet à l’écriture de nouvelles et de temps à autre Max Brod passe prendre ses écrits pour les faire publier. Il écoute Dora pour qui les traditions juives tiennent une place dans sa vie, elle la "juive de l’est" comme l’appellera la mère de Kafka. Elle, sagement, écoute ses amis, assiste à des représentations théâtrales, lit ce que Franz Kafka lui donne à lire.
   
   Elle le nourrit, l’apaise, le rassure sans poser beaucoup de conditions, est là lorsque son souffle se fait court. Elle est la mère, la femme, l’amante, l’infirmière. L’argent manque mais c’est le bonheur. Quand la maladie rattrape Kafka, quand il ne peut plus respirer, plus avaler, il faut partir à la recherche d’un sanatorium et l’on est un peu transporté chez Hans Castorp sur la "Montagne magique" de Thomas Mann.
    
   L’auteur nous propose un kafka amoureux mais toujours sous l’emprise de sa famille. Toujours accablé par le mépris de son père, par la sévérité de ses proches.
   
   Dora, elle, est la femme un peu soumise mais follement amoureuse, prête à tout par amour, par abnégation.
   
   Dès la première rencontre on devine que la fin est proche. Kafka souffre de solitude et pourtant pas question pour lui de retourner à Prague au sein de sa famille.
    
   Aujourd’hui pas la moindre trace de cet amour car la famille de Kafka et peut être Dora elle-même ont fait disparaitre les lettres échangées.
   
   L’auteur s’est donc inspiré de la vie de Kafka, avec intelligence et sensibilité il parvient à nous restituer ces derniers mois de la vie de l’écrivain. Une magnifique histoire d’amour un peu sombre mais magnifiée par Dora Diamant prête à tout donner, tout accepter.

critique par Dominique




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