Lecture / Ecriture
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Les rois du paradis de Mark Behr

Mark Behr
  Les rois du paradis
  L’odeur des pommes

Mark Behr est un écrivain sud-africain écrivant en afrikaans, né en 1963 et décédé en 2015.

Les rois du paradis - Mark Behr

Tourner la page de l’apartheid
Note :

   Mark Behr est devenu avec " L'odeur des pommes", son premier roman, un des écrivains les plus représentatifs de la littérature sud-africaine. Ses pages sont hantées par les épisodes tragiques qui ont marqué son pays : les guerres, la violence, l'apartheid. Devenue nation Arc en ciel, elle reste meurtrie par son histoire douloureuse.
   
   Nous sommes dans le veld, le fin fond de la campagne d'Afrique du Sud, dans les collines de l'Etat d'Orange, la terre des Boers.
   
   Le Paradis est la ferme familiale des Steyn. La mère, Beth vient de mourir d'une crise cardiaque.
   
   Michiel, "le petit dernier par qui était arrivée l'infamie" a quitté le pays et refait sa vie aux Etats-Unis où il vit avec son ami. Pendant son service militaire, il avait été surpris avec un officier de couleur et chassé de l'armée.
   
   L'enterrement de sa mère sera l'occasion pour lui d'affronter les souvenirs et drames familiaux, et le courroux persistant de son père, pur et dur afrikaner convaincu même aujourd'hui d'une l'idéologie d Afrique du Sud blanche.
   
   Mark Behr raconte à travers le portrait lumineux de Beth et la mémoire des protagonistes, l'histoire sombre et bouleversante de l'Afrique du Sud en pleine mutation.
   
   Les femmes sont étonnantes et incarnent cette nouvelle nation. Les hommes n'en sortent pas grandis, cachant des manques et des failles profondes, comme Piet, le frère tragiquement disparu.
   
   Michiel repartira pour l'Amérique, aussi blessé que grandi, en apprenant par son ami les attentats du 11 septembre 2001. Ailleurs aussi, un monde s'écroule.
   
   Un livre choc, sans concession écrit avec beaucoup de subtilité et un style accrocheur.
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critique par Marie de La page déchirée




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Sobre mais intense
Note :

   La mort de Mandela a fait fleurir les reportages sur l’Afrique du sud, on a été gavés de v"Nation arc-en-ciel" mais la réalité a encore des tonalités assez sombres malgré la fin de l’apartheid et l’apparence d’un pays réuni. Ce roman est une belle façon de la toucher du doigt.
   
   Je vous le dis tout de suite, le paradis n’a rien avoir avec un quelconque éden, non c’est tout simplement le nom de la ferme de la famille Steyn, des blancs Afrikaners.
   
   Pour Michiel Steyn c’est un retour au pays après quinze ans d’absence.
   
   Quinze ans à tenter de digérer sa fuite de l’armée où l’attendait une punition à la hauteur de son délit : avoir eu des relations non seulement avec un homme, non seulement avec un officier mais avec un homme de couleur. C’était sept ans avant la fin de l’apartheid.
   
   Il a fuit vers l’Angleterre et l’Australie puis aux USA à San Francisco où il enseigne et vit avec Kamil. S’il revient aujourd’hui c’est pour enterrer sa mère Beth, que tout le monde appelle Oonoi, il appréhende de revoir son père, son frère Benjamin et Karien son amour d’enfance et même un peu plus que cela.
   
   Les souvenirs affleurent : un père honni et violent, une mère adulée mais curieusement sur la réserve, la mort de Piet son frère aîné le mal fait à l’amie d’enfance et pour finir la fuite honteuse. Pour Alida la nounou noire rien n’a changé, elle servait les maîtres blancs, aujourd’hui elle s’occupe toujours d’Oubas qui n’est plus qu’un vieillard dans un fauteuil, mais vieillard qui peut encore cracher son venin.
   
   Sa fille elle, Lerato, qui enfant arpentait "les rangées d’arbres fruitiers en cognant sur des casseroles pour effrayer les oiseaux et les babouins" est aujourd’hui responsable de société et mariée à un homme d'affaires nigérian, une exception sans doute...
   
   Et pourtant le veld est si beau, la propriété est magnifique avec ses troupeaux, son verger, les collines de Free State "ces paysages dont la beauté pouvait lui arracher des larmes" .
   
    Ce livre qui pourrait être le roman banal du retour au pays est vraiment un très très bon roman qui fait toucher du doigt la fragilité de cette nation et la marque indélébile que l’apartheid a laissée aussi bien sur les noirs que sur les blancs Afrikaners.
   
   L’écriture de Mark Behr est sobre mais intense et la puissance de son propos est forte. Il parvient brillamment à mêler l’histoire du pays et la sienne propre sans jamais laisser retomber l’émotion qu’il nous fait ressentir grâce à un récit d’une grande sensibilité.
   
    Si vous avez lu et aimé "Cette vie" de Karel Schoeman ou "Poussière rouge" de Gillian Slovo, alors vous aimerez ces Rois du Paradis.

critique par Dominique




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