Lecture / Ecriture
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La nuit tombée de Antoine Choplin

Antoine Choplin
  L'impasse
  Le héron de Guernica
  Cour Nord
  La nuit tombée
  Radeau
  Une forêt d'arbres creux
  Quelques jours dans la vie de Tomas Kusar
  L'incendie

Antoine Choplin est un romancier et poète français né en 1962.

La nuit tombée - Antoine Choplin

Une leçon d’humanité
Note :

   Prix France Télévisions 2012
   
   26 avril 1986, la catastrophe de Tchernobyl donnait à voir au monde entier, pour la première fois, l’apocalypse nucléaire. Antoine Choplin s’est inspiré de son séjour dans la région de Tchernobyl et d’un essai écrit par Svetlana Alexiévitch "La supplication", pour ce court roman qui relate le voyage à moto de Gouri dans la zone interdite deux ans après la catastrophe.
   
   Après avoir abandonné l’appartement où il vivait avec sa femme et sa fille à côté de la centrale, Gouri s’est installé à Kiev. Il entreprend ce voyage pour récupérer un objet qu’il a laissé lors de l’évacuation, un objet-souvenir de sa fille. Un premier arrêt dans un village avant la ligne interdite près de ses amis survivants, une soirée de souvenirs d’un monde disparu et de silences, la traversée nocturne illuminée par d’étranges phosphorescences, la ville fantôme dévastée par des prédateurs que la radioactivité n’arrête pas, Antoine Choplin, dans une langue minimale et poétique, rend palpable la dévastation et l’horreur. Mais, au cœur de l’infernale contrée, il nous donne une leçon d’humanité à travers la compassion et la solidarité que ces hommes et ces femmes éprouvent les uns envers les autres.
   
    "On revient de ce lieu avec un sac à dos plein de cailloux et l’envie de cracher à la gueule du monde entier ce qui s’y passe, de secouer l’indifférence générale et de hurler ce que les gens y ont vécu" (propos recueillis in Page N°255)

   
   Prix Roman France télévisions 2012
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critique par Michelle




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Prix roman France-Télévisions 2012
Note :

   "Et pourtant, on aura beau faire, on sait bien qu'on ne sera jamais tranquilles avec ça. Ni nous, ni nos enfants, ni les enfants de nos enfants. Ni même le plus petit brin d'herbe qui n'a plus nulle part où se cacher".
   

   Un homme sur une moto, avec une remorque bringuebalante... Il est écrivain public à Kiev. Gouri revient dans la ville où il a vécu, Pripyat, maintenant dans "la zone". Il sait qu'il n'en a pas l'autorisation, mais il a une mission à remplir. En chemin, il s'arrête chez Vera et Iakov, des amis d'autrefois. Iakov est très malade. Autour d'un repas, ils vont échanger les bons souvenirs, quand la vie était douce, et puis les jours de la catastrophe, et ceux de leur entourage qui meurent les uns après les autres, mois après mois.
   
   Voilà un roman que je classerai dans un des meilleurs de la rentrée 2012, à côté du "repas en hiver" d'Hubert Mingarelli. Un style minimaliste, plus poétique ici, mais qui dit en peu de pages les ravages profonds causés aux êtres humains balayés par les grandes catastrophes. Il ne semble même pas y avoir de révolte chez ces habitants qui ont été sacrifiés, mais une immense désolation. Une fraternité dans l'épreuve aussi.
   
   Gouri va aller jusqu'à Pripyat de nuit, aidé par un ami de Iakov et il en ramènera le souvenir qu'il a promis à sa fille. Au retour, il n'oubliera pas de s'arrêter à nouveau et d'aider Iakov à faire une lettre d'amour à Véra. Il y a un bel équilibre entre la description de la zone et les liens subtils entre les personnes qui traversent cette nuit particulière.
   
   Un texte poignant, lu d'une seule traite. Il a reçu le prix roman France-Télévisions 2012.
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critique par Aifelle




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Nuit ukrainienne
Note :

   Avec une écriture toute en retenue et délicatesse, Antoine Choplin nous livre dans un souffle, un texte concis et poignant sur une humanité en souffrance.
   
   Sans jamais nommer la catastrophe, Choplin nous délivre un message saisissant d'amitié.
   
   Sa région natale étant devenue une terre d'horreur, Gouri vit à Kiev où il est devenu un écrivain public. Pour faire plaisir à sa fille malade, il va récupérer un objet dans son ancien appartement situé dans la zone sinistrée et contaminée et revoir ainsi sa ville.
   
    Investi de cette mission, sur une moto avec une vieille remorque, il s'enfonce dans la campagne ukrainienne, où petit à petit tout n'est que danger et cauchemar. Voitures et hommes ont déserté et même les arbres rappellent que le mal guette encore.
   
    Il fait une halte le soir, chez des amis, qui malgré l' interdiction n'ont pas voulu quitter leur maison.
   
   Pendant cette soirée où la vodka ravive les souvenirs, le lecteur écoute les mots échangés, les souvenirs rappelés et l'histoire d'une vie qui a basculé.
   
   A travers ces paroles murmurées dans la nuit, le lecteur prend conscience des ravages produits par l'accident, et des vies anéanties.
   
   Avec beaucoup de poésie, il nous montre le quotidien de ces hommes et de ces femmes qui avaient une vie avant.
   
   Ils parlent de cet avant, que les évènements ont balayé. L'absurdité des mesures prises, comme celle d'enterrer la terre contaminée, l'effroyable méconnaissance des conséquences et l'impossible prise en charge des victimes.
   
   Un livre qui se lit d'une traite au bout de cette nuit ukrainienne.
   
   Un road-movie hallucinant nous entraîne dans la fin d'un monde où malgré tout subsistent des souvenirs lumineux, comme une lancinante nostalgie.
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critique par Marie de La page déchirée




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Comme l’orchestre du Titanic
Note :

   Deux ans après la catastrophe de Tchernobyl, Gouri revient à Prypiat, où il vivait avec sa famille, désireux de récupérer un objet précieux dans son ancien appartement. A présent, ils sont domiciliés à Kiev, Gouri y est devenu écrivain public. Sa fille est malade, suite aux irradiations. C’est pour elle qu’il va chercher cet objet encombrant, et il a attelé une remorque à sa moto.
   
   En chemin, il s’arrête chez des amis dont le village est situé en dehors de la zone d’exclusion ; ils sont restés dans leur habitat. Le mari de Vera, Iakov, fit partie des liquidateurs, il a beaucoup travaillé pour la patrie, et il en est sorti gravement brûlé. Ses jours sont comptés.
   
   A Gouri, qui n’a participé qu’aux premiers travaux visant à éteindre le réacteur, il raconte la suite des événements. D’autres amis viennent se joindre à eux. On mange on chante, on raconte, on boit de la vodka. Gouri va ensuite cheminer jusqu’à la ville-fantôme, où il a vécu des jours heureux (Prypiat était une ville agréable, et jouissait d’installations culturelles), conduit par un jeune homme, Kouzma qui connaît bien l'endroit, et sait comment éviter les pillards aussi bien que les gardes qui surveillent la zone interdite.
   
   Ce n’est pas un récit politique. Les personnages, tous plus ou moins atteints, et de diverses façons par la catastrophe encore toute proche, ne s’interrogent pas sur une éventuelle responsabilité des gouvernants, ni sur le bien ou mal fondé des centrales nucléaires. Le témoignage de ceux qui ont participé aux divers nettoyages de la zone, fait apparaître une fierté d’avoir fait son devoir de citoyen, de s’être exposé à des risques dont ils ne cherchaient pas à mesurer les conséquences.
   
   Gouri, lui qui est plus ou moins l'intellectuel du groupe, voit les choses avec plus de recul, et ne dit pas tout ce qu’il pense… il écrit des poèmes dont plusieurs sont cités. Ses poèmes sont censés mettre en texte, et en chants, l’ensemble des sensations et pensées d'une communauté que lie l'expérience de cette catastrophe. Ils font apparaître une grande nostalgie, des terreurs de traumatisme allant jusqu’à la folie parfois, et aussi une certaine fascination pour ces lieux sinistrés. La fascination à voir la catastrophe d'après ses retombées (une atmosphère de fin du monde, des arbres qui rougeoyaient dans la forêt…) mêlée au sentiment de perte : les gens s’accrochent à leur maison. Ils sont fiers de survivre "comme l’orchestre du Titanic qui continua à jouer alors que le navire s’enfonçait…" dit Gouri.
   
   Un récit qui explore les mentalités des survivants, leurs façons de supporter un vécu difficile, de refuser d’être des victimes.

critique par Jehanne




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