Lecture / Ecriture
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Knockemstiff de Donald Ray Pollock

Donald Ray Pollock
  Knockemstiff
  Le Diable, tout le temps
  Une mort qui en vaut la peine

Donald Ray Pollock est un écrivain américain né en 1954 à Knockemstiff (Ohio).

Knockemstiff - Donald Ray Pollock

Portrait d’une ville natale
Note :

   Donald Ray Pollock, nous entraîne au fin fond d'une Amérique oubliée et paumée où se percutent violence extrême et ruralité profonde. L'univers de la littérature "White Trash" donne voix aux laissés pour compte d'une Amérique beaucoup trop étoilée pour eux.
   
   L'écrivain sait de quoi il parle. Il est né à Knockemstiff, Ohio, ville représentative de la décrépitude et de la solitude, loin de l'image des villes qui portent en elles le rêve américain. Il a aussi travaillé dans l'usine de pâte à papier pendant plus de trente ans, comme celle du livre, qui crache sa fumée toxique et baigne les habitants de la ville dans un ordinaire infâme.
   
   Les 18 récits possèdent comme fil conducteur, le lieu : Knockemstiff , imprononçable et tout aussi improbable ; et une galerie de personnages qui se croisent et sortent de leur maison pour fuir mais qui, inexorablement ne partent jamais.
   
   Alcooliques se torchant de mauvais vins, drogués des pires produits toxiques, hommes et femmes sont hallucinés de misère, pauvreté, haine, racisme et inculture.
   
   Privés de tout, ils représentent la lie de l'humanité qui s'est perdue depuis longtemps.
   
   Pollock nous dresse le portrait sans concession de la misère blanche américaine.
   
   Une écriture où la nostalgie n'a pas sa place et où les histoires familiales prennent des airs de déclin d'empire américain.
   
   Un récit m'a fait pensé au film "Délivrance", celui où des touristes californiens prennent des photos des autochtones en étant surpris de rencontrer des gens si pauvres et arriérés dans leur beau pays!!
   
   A lire...
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critique par Marie de La page déchirée




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Rien, au milieu de nulle part
Note :

   Recueil d'une vingtaine de nouvelles de cette bourgade bien réelle du fin fond de l'Ohio, quand je dis le fin fond, c'est peut-être encore pire! Et c'est vraiment pire!
   
   "La vraie vie" c'est ça la vie, un Drive Inn, un père bourré, des coups et du sang. Bravo mon fils, on les a massacrés, accoutumance déjà, tel père, tel fils?
   
   Ensuite vient "Dynamite Hole", oubliez tout ce que vous avez lu... là c'est l'histoire horrible qu'un jeune homme raconte tout simplement, viols, meurtres... je ne voulais pas partir à la guerre, le frère et la sœur couchaient ensemble, pourquoi pas moi? Ces soldats ne pouvaient pas me laisser en paix dans ma montagne au lieu de chercher à m'emprisonner!
   
   "On achève bien les cheveux" et on les coupe aussi et pas par quatre chemins! Mais ce geste peut avoir des conséquences inattendues et bien sûr tragiques!
   
   "Lard" mais pas la manière! Pauvre Duane, son père le bassine tellement avec son soi disant problème avec les filles qu'il est prêt à tout pour que cela cesse! Une belle galerie de tarés!
   
   "Poisson pané", un titre audacieux... De là, deux problèmes : comment s'habiller pour l'enterrement de son cousin et comment larguer sa copine qui elle, est une adepte de cette nourriture, entre autres défauts! Une histoire étrange entre la Floride et une laverie automatique!
   
   "Discipline", le sport c'est bon pour la santé parait-il, mais les piqûres non! Et pourtant certains en usent! On retrouve Del, marié et père de famille, mais pas devenu raisonnable!
   
   "Je repars à zéro" en dessous de zéro même et bien en dessous, faut dire qu'il a un certain handicap ce pauvre homme, Big Bernie Givens :
   "-Cinquante six ans, gras que c'en est dégueulasse, et collé au sud de l'Ohio comme le sourire sur le cul d'un clown mort."

   
   "Dernier round" dernière nouvelle, dernières pages, dernières illusions :
   -Il était vieux mais il aimait encore regarder les jeunesses".

   
   Une famille de petits blancs dans un bled pourri, sorte d'avatars de fous furieux du film "Délivrance" sans la musique qui d'ailleurs n'adoucissait pas les mœurs! Un gamin qui suit le déplorable exemple de son père, un jeune qui ne comprend pas pourquoi il doit aller crever en Europe, et qui se réfugie dans les montagnes avoisinantes. Un pauvre type amoureux qui voit sa belle quitter ce bled avec un autre! Un jeune fugueur et un chauffeur routier pas très net, deux jeunes pour une virée plutôt déprimante, un père violent et une mère pas trop regardante sur sa réputation, les deux pauvres garçons sont bien à plaindre! Un jeune homosexuel qui tombera de haut! Une nièce à l'esprit de famille exemplaire racole pour sa tante, qui n'y arrive pas par elle même! Il n'y a pas de personnages récurrents dans toutes ces histoires, mais d'un texte à l'autre on retrouve un visage connu, un homme ou une femme déjà croisé dans une autre histoire.
   
   Pour eux, même le docteur Knock himself ne pourrait rien faire. La drogue est pourrie, l'alcool frelaté et les êtres humains en complète déchéance! La ville elle même et "Le val" (une nouvelle d'ailleurs se nomme "La vie dans le val") sont des entités quasiment vivantes vers qui tout converge! C'est le trou du cul de l'Amérique profonde, les tarés sans aucune chance de s'en sortir , les clochards même pas magnifiques, broyés par " L'American Way of Life", toute la cohorte des laissés pour compte du rêve américain transformé en cauchemar!
   
   Dans un des textes, l'auteur fait une allusion au "Petit arpent du Bon Dieu", ce roman d'Erskine Caldwell que j'ai lu dans ma jeunesse passée (et depuis très longtemps!) la même misère des petits blancs ravagés par tous les maux possibles et imaginables! J'ai rarement lu quelque chose d'aussi noir... et de désespéré, car on cherche l'ombre d'une lueur d’espoir qui ne vient jamais.
   
   Extraits :
   
   - C'est difficile d'imaginer qu'il y a des gens si pauvres dans ce pays, fait le type. Qu'ils vivent comme ça dans le pays le plus riche du monde.
   
   - Merde, tu ressembles à une ampoule électrique, a fait Toadie en passant un peigne cassé en plastique dans ces tiffards graisseux.
   
   - Déjà en temps normal, parler aux vieux c'était comme d'être enfermé dans un ascenseur avec un cannibale que l'on n'aurait pas nourri depuis trois jours.
   
   - Quiconque est jamais sorti avec une demeurée mentale comprendra ce qui lui fallait endurer.
   
   - On aurait pu lui clouer une croix sur le front, que cette bonne femme n'aurait pas changé d'expression.
   
   - Je serai le premier à l'admettre, je n'ai jamais été foutu de sourire ; les gens disaient toujours que je ressemblais à un rat famélique les dents serrées sur un cou de poulet.
   
   - Mince, j'espérais qu'on arriverait avant la fermeture, a fait tante Johann. Les mec bourrés, c'est les plus faciles.
   
   - Elle avait le corps d'une femme, et les trais d'une gamine. Les hormones bovines, c'est ça qui fout les jeunes en l'air.
   
   - J'avais grandi ici, mais je ne m'étais jamais senti chez moi.
   

   Titre original : Knockemstiff.(2008)

critique par Eireann Yvon




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