Lecture / Ecriture
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La tristesse des anges de Jón Kalman Stefánsson

Jón Kalman Stefánsson
  Entre ciel et terre
  La tristesse des anges
  Le Cœur de l'homme
  D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds

Jón Kalman Stefánsson, né à Reykjavík en 1963, est poète, romancier et traducteur, de Knut Hamsun notamment. Il figure parmi les auteurs islandais actuels les plus importants.
Trois de ses romans ont été sélectionnés pour le Prix scandinave de littérature (en 2001, 2004 et 2007). Il a reçu pour son récit Lumière d’été, et ensuite la nuit arriva le Prix islandais de littérature en 2005. "Entre ciel et terre" est son premier roman traduit en français.
(source l’éditeur)

La tristesse des anges - Jón Kalman Stefánsson

La lyre d'Islande
Note :

   Titre original : Harmur englanna
   
    Ce roman-là, il ne manque pas de souffle. Et il en faut, très au Nord dans cette Islande de glace et de feu où le moindre faux pas vous flanque à l'Océan et où l'oubli d'une veste un peu chaude vous mène au Walhalla, comme on le vit dans "Entre ciel et terre", premier tome d'une trilogie dont "La tristesse des anges" est le deuxième volet. Il est préférable à mon sens de lire les livres dans la foulée car les personnages d'"Entre ciel et terre", lu il y a deux ans, s'étaient pour moi un peu dissipés. Ce n'est toutefois pas indispensable.
   
    Le Postier et le Gamin sont les deux héros de cette histoire qui nous jette sur les chemins gelés et les crevasses volcaniques de cet étrange caillou nordique d'Extrême-Europe. Le premier a besoin du second pour mener à bien sa tournée vers les fjords du Nord, moins hospitaliers encore que le village où se concentrent les autres personnages. Dans ce pays de blancheur où cavalier et monture ne font plus qu'un, unis par la peine et le gel, et où la terre si brutale ne rachète pas la mer meurtrière, nous sommes dans une lande de conflagration. Il est si difficile d'y vivre et le gamin n'a plus que le souvenir de son ami Barour disparu.
   
    La poésie inonde ce livre, son prédécesseur, et probablement le troisième opus. C'est que, sous de telles latitudes, aux arbres rares et aux eaux souvent solides, la vie s'accroche au moindre lichen et s'abreuve à la plus fine fonte de neige, de cette neige qu'on appelle aussi La tristesse des anges. Rudesse aussi en ce parallèle du Septentrion, la mort est en embuscade et parfois colle à la peau des survivants comme ce cercueil fou qu'on est incapable de mettre en terre.
   
    Ce voyage en Islande n'est pas toujours aisé au lecteur non plus d'ailleurs. Comme transi de froid j'ai parfois dû réfléchir, ce qui ne peut pas faire de mal, car la prose de Jon Kalman Stefansson ne s'offre pas si vite, un peu secrète, un peu mythique. Et puis, un détail, les prénoms de la-bas, ou de là-haut, on a ne les identifie pas immédiatement comme masculin ou féminin. Cela m'a perturbé un tout petit peu. Broutilles que tout cela, "La tristesse des anges" est un livre somptueux et le cap au Nord que vous allez mettre, je l'espère, vous récompensera des ses multiples beautés. Froides, les beautés. Et le macareux salé que vous partagerez avec Jens et le Gamin, je suis sûr que vous l'apprécierez.
   
    Dans l'article Poésie meurtrière sur le premier tome j'avais évoqué Melville et Stevenson. Je crois que Jon Kalman Stefansson est tout à fait digne des deux géants. Il y a chez l'Islandais la quête de l'un et le sel de l'autre.
   
   
   Dans l'ordre:
   
   Entre ciel et terre
   La tristesse des anges
   
Le cœur de l’homme
    ↓

critique par Eeguab




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Une saga islandaise
Note :

   Nous repartons dans "La tristesse des anges" en compagnie de Jens le postier.
   
   Postier dans ces contrées c’est un métier à risque, le froid et les tourmentes de neige peuvent vous faire disparaître comme un rien. Il est aimé Jens, il est celui qui apporte les nouvelles du monde, qui emporte avec lui les messages d’amour, qui livre le journal local avec ses potins. Son patron le déteste et se fait un malin plaisir de l’expédier porter le courrier vers un fjord qu’il ne connait pas et dont l’accès doit se faire par bateau. La mer le terrifie, aussi est-il décidé de lui adjoindre le gamin qui lui a le pied marin.
   
   Le gamin qui venait juste de commencer son apprentissage de l’anglais et de découvrir les sentiments amoureux, va devoir accompagner Jens et affronter avec lui la mer hostile, les tempêtes de neige, le brouillard qui rend tous les repères inutiles pour atteindre "la rive de l’hiver".
   
   L’homme et l’enfant vont devoir trouver leur chemin, de hameau en hameau il leur faut porter les lourdes sacoches, trouver le gîte et le couvert auprès de familles dépourvues de tout et ensevelies dans le froid l’hiver durant.
   
   "Il neige. Une charpie de flocons emplit la voûte du ciel et s’amoncelle sur le monde"
   

   L’auteur est habile et je n’ai jamais eu envie d’abandonner là Jens et le gamin, j’ai vibré avec eux, les personnes rencontrées sont autant de héros singuliers et discrets, Kjartan le pasteur en proie au doute, une femme pour qui un livre est plus précieux que du pain. Au milieu de la tempête où la tragédie affleure en permanence, la pulsion de vie qui anime les hommes et les femmes rend la lecture pleine d’allégresse.

critique par Dominique




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