Lecture / Ecriture
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La chair de Oscar Méténier

Oscar Méténier
  La chair

La chair - Oscar Méténier

Est-elle triste ? *
Note :

   Quelques mots de présentation de l'auteur : il est né à Sancoins dans le Cher le 17 janvier 1859 et décédé le 9 février 1913 à Saint-Mandé. Secrétaire dans un commissariat de police parisien où il eut tout le loisir d'observer la faune des bas-fonds de la capitale. Il s'en servit ensuite abondamment dans son œuvre qualifiée de naturiste. Il fut entre autres, propriétaire et directeur du théâtre du Grand-Guignol, rue Chaptal à Paris, ce qui lui permit de faire jouer ses propres pièces.
   
   Onze nouvelles dont certaines plus longues sont partagées en plusieurs chapitres, composent ce recueil. "La chair" commence ce livre, et de la chair, Mme Missabielle n'en manque pas. Cela déborde de son corset, tressaute dans l'escalier de la pension de famille qu'elle tient dans Paris. Elle accueille ce jour un nouveau pensionnaire, le vicomte de Vitresac. Lequel, à 18 ans et venant en droite ligne de sa province natale, n'a que faire des conseils de sa logeuse et des prêtres de son entourage! À nous deux Paris! Mais la ville réserve des surprises...
   "L'idéal de Robert Duret" c'est adieu Berthe et les outrages des ans. Un excellent texte qui prouve que l'on ne peut pas être et avoir été.
   "La perle de Chateauvieux" le vieux, enfin le plus âgé, c'est le mari horloger et prétentieux...et son épouse ne sera pas à l'heure!
   "Quelques confessions romantiques" Pauvre Gustave, pourquoi ne l'as-tu pas battue? Elle serait peut-être encore près de toi! La vie est compliquée.
    "Petites vieilles et petits vieux" courts portraits acerbes de Fleur-de-Moka vierge et rougissante, Tante Aurore bigote au crépuscule de sa vie, le père Thomas l'exactitude fait l'homme, Monsieur Calvierre amoureux des livres, personnages d'un autre temps.
   Suivez le guide dans "Paris inconnu" mais ne passez pas par la case "Échafaud"!
   
   Un jeune provincial découvrant des "créatures" et la "chair" et qui n'a pas l'air de s'en porter plus mal! Et même mieux! Il faut reconnaitre que Léontine a de quoi damner un saint! Une jeune fille pas si candide que cela qui se marie pour le titre, un peintre triste, un militaire abusé par une soubrette, un autre séduisant une jeune épouse mal mariée. Une jeune fille pauvre qui n'a pas beaucoup de solutions pour survivre, une acrobate de cirque, un musicien ayant succombé au charme dévastateur de l’absinthe sont quelques-uns des personnages qui peuplent les pages de ce recueil.
   
   Satyre d'une société et de son époque, les bourgeois ou la noblesse ruinée sont souvent mis au pilori, leurs hypocrisies dénoncées comme dans "Candeur" par exemple.
   
   Il est très rare que je m'aventure si loin dans le temps, mais je ne regrette pas cette lecture qui nous plonge dans un Paris méconnu et très vivant.
   
   Ce livre m'a fait penser à un recueil de contes de Maupassant "Contes grivois", c'est canaille, un peu leste, mais bien troussé (si je peux me permettre cette gaudriole!) avec un vocabulaire parfois surprenant.
   
   
   Extraits :
   
   - Paul de Vitresac ne se mêlait jamais à la conversation ; il écoutait attentivement, cherchant sans y parvenir à se formuler une opinion sur cette entité redoutable qu'on appelait : La chair!
   
   - Un instant, il voulut aller tout dire au père Juvigny. Peut-être avait-il péché? Il n'osa pas.
   
   - Le jeune homme sursauta. Coucher avec Léontine! Évidemment, c'était bien là le dénouement fatal de son aventure.
   
   - Trois demandes de la main de notre pupille ont été soumises.
   
   - Et me voilà avec un neveu de cinquante ans sur les bras!
   
   - Mon idéal s'est fait épicier! Vous voyez bien que tout est fini, bien fini!
   
   - Étonnez-vous donc qu'après un pareil tête-à-tête, la Perle de Chateauvieux n'ait pu garder du séduisant lieutenant autre chose qu'un doux souvenir!
   
   - Je suis assez fou pour aimer, et j'ai là, au cœur, une blessure que le temps lui-même ne parviendra pas à cicatriser!
   
   - À son exemple, j'ai voulu rester simple et bonne, le monde ne m'a laissé d'autre alternative que celle-là : me vendre, ou crever de faim!
   
   - Il n'est pas rare qu'ils reçoivent cette écrasante réponse :
   
   - Va donc! Hé! Graillon!
   

   *Comme le laissait entendre Stéphane Mallarmé.

critique par Eireann Yvon




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