Lecture / Ecriture
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Désillusion de Joanna Cannan

Joanna Cannan
  Désillusion

Joanna Cannan est une écrivaine britannique née en 1898 et décédée en 1961.

Désillusion - Joanna Cannan

Un beau roman
Note :

   Les lettres anglaises regorgent de trésors inépuisables et, à peine ai-je le temps de regretter de fermer mon dernier grand roman austenien ou de ne pas trouver facilement les écrits de l'exquise Flora Mayor, de tomber sous le charme de Caroline Blackwood ou d'attaquer les Vita Sackville-West dans ma PAL qu'une nouvelle figure surgit, parfois oubliée et revenue à la vie grâce aux choix judicieux de certaines maisons d'édition (je pense surtout aux éditions Phébus, Joëlle Losfeld et Christian Bourgois à qui je dois de passionnantes rencontres!).
   
   C'est encore le cas cette fois-ci avec Joanna Cannan, que je ne connaissais ni d'Eve ni d'Adam il y a un mois encore. Joanna Cannan (1898-1961) est l'auteur d'une quarantaine d'ouvrages, essentiellement des romans policiers et ouvrages destinés à la jeunesse - même si "Désillusion" ne correspond à aucune de ces deux catégories.
   
   Le roman s'ouvre avec le trajet en train de Blanche, jeune veuve, et de ses deux enfants: Angela, une petite blonde proprette et charmante et Patricia, rouquine et garçon manqué qui est loin d'avoir les faveurs de sa mère. Leur père vient de décéder et, puisqu'il avait eu le bon goût d'engloutir la fortune de sa femme avant cela, Blanche se trouve obligée de se rendre chez son beau-père, Lord Waveney. Personne n'est vraiment ravi de cette situation jusqu'à ce que le vieil homme découvre Patricia et s'attache d'emblée à elle - ce qui dépasse l'entendement pour Blanche. Je m'attendais dès lors à suivre l'éducation des enfants, leur jeunesse passée sur la propriété, mais le narrateur préfère faire un saut dans le temps et nous présenter ensuite les jeunes femmes alors que Patricia est en âge de se marier... ce qui ne tardera pas. C'est un mariage d'amour, romantique à souhait et conforme à l'image que l'on se fait de Patricia, rebelle, indépendante, idéaliste (et semblant sortir tout droit d'un tableau de Burne-Jones). Mais le titre français est parfaitement choisi : de désillusion en désillusion, on comprend bien vite que la vie de Patricia ne sera pas celle à laquelle sa jeunesse dorée l'avait préparée.
   
   Patricia va ainsi mener une vie très différente de sa sœur, qui elle, a fait un mariage de raison ; ce n'est pas pour autant que la vie les a épargnées : "Angela et (... ) Victor, ces incorrigibles Edwardiens qui, à force de mener une vie oisive, sur une toile de fond de colonnes blanches et d'océan bleu indigo, avaient fini par devenir une cible idéale pour les esprits railleurs et d'élégants anachronismes mêmes pour leurs proches. Quant à Hugh et elle... un mariage d'amour, un mariage qui défiait la raison, et puis la longue route sous le joug, les lumières qui s'éteignent, les rossignols qui se taisent et les roses qui se fanent." (p155)
   
   "Désillusion" est un beau roman, intelligent, très joliment écrit/traduit. Le récit n'est pas celui auquel on s'attend d'abord en découvrant la jeune et fougueuse Patricia, il devient petit à petit moins extraordinaire et s'inscrit peu à peu dans un esprit "petit bourgeois" qui ne sied guère à l'héroïne. Si la vie la domestique, son tempérament reste au fond le même : les concessions peuvent-elles se poursuivre toute une vie ou est-il indispensable de redevenir un jour soi-même? Au final, la désillusion est aussi bien liée au comportement décevant de ses proches, qu'au fait que leurs choix sont peu conformes à l'idée qu'elle se faisait d'eux. Ce qui lui fait réaliser que finalement, ni son époux, ni ses chers enfants ne la connaissent vraiment. Un intéressant sujet de réflexion...
   
   Je n'ai volontairement pas abordé de nombreux aspects de l'histoire (comme l'épouvantable épouse du fils aîné qui mériterait d'être citée avec son salon mauve, sa chambre rose et sa dalle en béton dans le jardin), mais je ne peux que vous recommander vivement ce roman si vous aimez la littérature anglaise, vous ne serez certainement pas déçus! Une belle découverte!
   
   "Désillusion", 1938

critique par Lou




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