Lecture / Ecriture
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Une fille, qui danse de Julian Barnes

Julian Barnes
  La table citron
  Love, etc
  Arthur & George
  Le perroquet de Flaubert
  Une fille, qui danse
  Rien à craindre
  Quand tout est déjà arrivé

Julian Barnes est un auteur anglais, né à Leicester le 19 janvier 1946, publiant également sous le pseudonyme de Dan Kavanagh.
Il vit à Londres et ses livres sont traduits en plus de trente langues. Il a reçu en 2011 le David Cohen Prize pour l'ensemble de son œuvre. Toujours en 2011, son roman "Une fille, qui danse" a été couronné par le prestigieux Man Booker Prize.
(source éditeur)

Une fille, qui danse - Julian Barnes

Héritage
Note :

   Titre original: The Sense of an Ending
   
   Tony, la soixantaine, enquête sur le suicide d’Adrian, qui fut son meilleur ami au Lycée.
   Il vient de recevoir un héritage de la mère de Veronica. Veronica, la petite amie de ses vingt ans… qui fut aussi celle d’Adrian. La mère vient de décéder. Elle lui lègue 500 livres, une lettre, et le journal d’Adrian avant son suicide.
   Mystère! Il ne croit pas que cette femme lui doive quelque chose… ni lettres, ni argent.
   A l’époque, ils étaient un petit groupe de quatre amis fidèles, et Adrian était cependant différent. Plus cultivé que les autres et exercé à l’art du raisonnement, il intégra Cambridge avec une bourse. Les professeurs comme les élèves le regardaient comme supérieur.
   En première année d’université Tony sort avec Veronica. Elle aussi est presque trop intelligente pour lui, et critique souvent ses choix notamment musicaux. Nous sommes au début des années 60, elle se laisse un peu tripoter, mais ne couche pas. C’est ce que Tony appelle, non sans ironie, "de l’infrasexe"
   Un week-end chez les parents de Veronica, invité par elle, lui est resté en travers de la gorge. Le père se répand en mauvaises plaisanteries, Veronica et son frère semblent se moquer de lui, et la mère le met en garde contre sa fille.
   Puis Adrian, qui s’intéresse à Veronica, et se suicide quelques temps après.
   Tony brûle de lire le journal d’Adrian, afin d’éclairer un passé qui se rappelle à lui…
   
   Un roman d’analyse psychologique, introspectif, bien mené, assez vivant. Dès qu’il interroge les faits, le concret, (ou les relate), le narrateur intéresse, amuse ou intrigue, mais il se laisse aller parfois à des considérations d’ordre général, qui se révèlent des truismes. Malgré tout l’intrigue est solide, le dévoilement progressif et jamais total. Les personnages sont plausibles. Le fameux week-end à Chislehurst, chez les parents de Veronica, et la façon du narrateur d’y revenir, en ressassant, pour en expliciter la signification, sont bien conçus. L’incipit en forme d’interrogation sur de petits détails gênants, est également très bon. Un ensemble qui donne envie de relire l’auteur.
    ↓

critique par Jehanne




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Perplexe...
Note :

   "Une Fille, qui danse" est un roman qui me laisse plutôt songeuse...
   
   Tony, le narrateur, revient sur ses années de lycéen et d'étudiant, époque où il fréquentait Adrian, étudiant brillant qui s'est donné la mort. Tony et Adrian font partie du même petit cercle, puis tomberont amoureux de la même fille. Des années plus tard, Tony s'interroge sur les raisons qui ont poussé Adrian à se suicider.
   
   S'ensuit une longue réflexion sur le rapport au temps, à la mémoire et sur la perception des événements passés.
   "L'Histoire, ce ne sont pas les mensonges des vainqueurs, comme je l'ai trop facilement affirmé au vieux Joe Hunt autrefois ; je le sais maintenant. Ce sont plutôt les souvenirs des survivants, dont la plupart ne sont ni victorieux, ni vaincus" (p 86).

    Le cheminement intellectuel de Tony est intéressant, son analyse pertinente et extrêmement lucide même si j'ai trouvé ses remarques sur la jeunesse et le temps qui file à toute allure démoralisantes.
   
   Tony fait souvent référence à un évènement naturel étonnant, un fleuve qui inverserait sa trajectoire subitement.
   " Et ce temps personnel, qui est le vrai temps, se mesure dans notre relation à la mémoire. Alors, quand cette chose étrange est arrivée - quand ces nouveaux souvenirs me sont soudain revenus -, ç'a été comme si, pendant ce moment-là, le temps avait été inversé. Comme si, pendant ce moment-là, le fleuve avait coulé vers l'amont" (p 174).

   
   J'ai été moins convaincue par l'aspect narratif. Les interrogations concernant Adrian poussent Tony à renouer avec leur petite amie commune, qui m'a paru être une fille hystérique, dérangée et insupportable. Les échanges entre les anciens amants m'ont paru assez artificiels en raison du personnage féminin, si survolté qu'il en devient caricatural et peu crédible. Enfin je reste dubitative quant aux raisons qui ont poussé Adrian à mettre fin à ses jours et surtout, pourquoi Tony s'en veut tellement et pourquoi son ex petite amie le hait. J'ai d'abord pensé que Tony se reprochait l'envoi d'une lettre horrible à son ami et s'en voulait d'autant plus que ses menaces ont finalement correspondu à la réalité ; son ancienne petite amie lui en aurait voulu pour les mêmes raisons. Néanmoins ce n'est pas franchement vraisemblable, et la raison de la mort d'Adrian pourrait être celle-ci : "Il n'avait pas noblement refusé un don existentiel : il avait peur du landau dans le vestibule" (p 201), auquel cas ma première théorie ne tient pas debout. Pour l'instant aucune hypothèse ne m'a vraiment convaincue. Bref, je ressors un peu perplexe des dernières pages de ce roman.
   
   "Un Fille, qui danse" est indéniablement écrit par un bel auteur et ne manque pas de qualités mais malgré tout l'intérêt que je lui ai porté mon plaisir de lecture a été variable, sans doute également car je ne me suis attachée à aucun personnage. C'est peut-être un beau texte mais il en émane une certaine froideur.
    ↓

critique par Lou




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Troublant
Note :

    A travers le portrait de Tony, un sexagénaire à la vie paisible et ordinaire, l'auteur explore la mémoire et les souvenirs dont les défaillances ou embellissements occultent certaines réalités.
   
    La vie se poursuit ainsi et il suffit d'un rappel, comme le journal intime d'un disparu, pour que les incidents survenus, les douleurs subies, les sensations les plus banales, les mots et les rires prennent des significations inattendues.
   
    Tony, Alex, Colin et Adrian. Quatre amis, étudiants insolents d'intelligence et de jeunesse dans une Angleterre des années 60. Adrian marque le plus par sa forte personnalité et son intelligence vive et prodigieuse et puis Véronica, étourdissante de beauté et de mystère. Elle séduit d'abord Tony et puis tombe dans les bras d'Adrian. Un drame se passe alors.
   
    Les années ont passé et c'est une lettre d'un notaire qui fera revivre à Tony, toutes ces "belles" années.
   
    Dans une recherche de vérité, de compréhension, il verra son passé comme jamais il ne l'avait compris.
   
    En présence de Véronica retrouvée, meurtrie et inaccessible, il sera désemparé de constater qu'il n'avait "rien pigé".
   
    C'est troublant, dérangeant et très fort.
   
    On s'arrange de ses souvenirs, on passe à côté des gens , des choses de la vie.
   
    On s'accommode.
   
    Les mots de Julian Barnes sont des particules de nous-même que la mémoire nous rend quand on se donne la peine de la convoquer.
   
    La construction littéraire est riche et profonde et sans doute faut-il se perdre souvent pour se dire enfin "oui, je me souviens".

critique par Marie de La page déchirée




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