Lecture / Ecriture
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Comme une bête de Joy Sorman

Joy Sorman
  Boys, boys, boys
  Comme une bête
  La peau de l'ours
  Gros œuvre

Joy Sorman est une écrivaine française née en 1973.
En 2005, elle a reçu le prix de Flore pour son premier livre "Boys, boys, boys".

Comme une bête - Joy Sorman

Retour aux mythes les plus primitifs
Note :

   "La viande est pleine de vie et la vie se transmet."
   
   "Pim a consacré sa vie à la boucherie et on vient désormais de loin pour lui acheter de la viande."

   
    Roman vraiment étonnant, obsessionnel, autour de l’animal devenu viande et nourriture de l’homme. La boucherie comme métier de A à Z. Le jeune boucher breton qui adore les vaches et en fait son métier. Il apprend les techniques pour devenir le meilleur et moi, lectrice, il m’entraîne dans son apprentissage et sa passion qui tourne à l’absolu.
   
   J’ai appris un tas de choses sur les méthodes de travail, les élevages, les abattoirs, le découpage de la viande, le désossage, le nettoyage, la mise en valeur à l’étalage, les bons et les mauvais morceaux. Et ceci et cela, sur 164 pages.
   
   Dit ainsi, ça pourrait sembler lassant et en réalité ça l’a été un peu pour moi par moments mais le tour de force de Joy Sorman est d’avoir réussi à éviter l’impression de documentaire qu’un tel thème aurait vite pu donner.
   
   Je n’ai pas particulièrement aimé le personnage de Pim, le jeune héros apprenti boucher qui devient propriétaire de la meilleure boucherie de Paris et dont le corps lui-même se transforme au contact de la viande: sa peau se pique de points roses, ses mains enflent et s’arrondissent, faisant disparaître, dans l’épaisseur de la chair bombée, ongles, phalanges et veines. C’est un jaguar, divin et magique et les femmes l’adorent.
   
   Elles s’accommodent de l’étrangeté amoureuse de Pim qui semble prendre davantage de plaisir à cuisiner un lapin à la moutarde – cuisiner pour elles cependant - qu’à coucher. Et qui ne peut pas envisager le moindre commerce sexuel avant d’avoir grillé une entrecôte ou rôti une pintade.
   
   Mais le boucher rêve vite d’autre chose. Il veut entrer dans l’histoire de la boucherie, y inscrire son nom et pour cela il doit aller plus loin encore, achever sa mission, porter l’art de la boucherie à son achèvement. Il va mener l’ultime bataille, affronter la viande.
   
   La fin m’a surprise.
   
   Le plus surprenant c’est que malgré toutes les nombreuses raisons que j’avais de ne pas aimer ce roman, en réalité je l’ai admiré et apprécié pour la folie de l’entreprise d’une part mais surtout pour la beauté du style et la perfection du résultat: la maîtrise de la construction est totale. La montée de la folie et le retour aux mythes les plus primitifs, tout est admirable. Je le redis: étrange et beau roman qui méritait parfaitement d’avoir été dans la liste du Prix Goncourt des Lycéens 2012.

critique par Mango




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