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Les Chemins de Sata de Alan Booth

Alan Booth
  Les Chemins de Sata

Alan Booth était un poète et écrivain voyageur anglais né en 1946 et décédé par cancer en 1993. Il était marié à une japonaise, a travaillé au Japon et a écrit 2 livres sur ses voyages à travers ce pays.

Les Chemins de Sata - Alan Booth

Randonnée japonaise
Note :

   Il y a plusieurs Japon, celui de Fukushima, celui de Hokusaï, celui de Shei Shonagon, celui des usines Sony, celui des geishas…
    ou celui d'Hiroshige
   
   Partir cinq mois à la découverte de ce pays c’est ce qu’a fait Alan Booth dans les années 80. Marié à une japonaise il veut en savoir plus sur ce pays, et maîtrisant bien la langue le voilà sac au dos, étirant un voyage du nord au sud du Cap Soya au Cap Sata. Accompagnons-le sur les chemins d’un Japon méconnu et insolite d dans son parcours à travers les paysages, la littérature, les villes et les villages.
   
   Voyageant du Nord au sud il part en juin "quand la saison des pluies battait son plein. Mais Hokkaido, la plus septentrionale des quatre grandes îles japonaises, étouffait sous une vague de chaleur... C'est sans le moindre enthousiasme que les habitants du cap Soya s'aventuraient sous le soleil brûlant... "
   Mais très vite la pluie va lui tenir compagnie, pluie chaude de l’été, pluie d’automne parfois glaciale lui faisant bénir les abribus qu’il rencontre.
   
   En bon anglais Alan Booth ajoute des notes humoristiques aux incidents et rencontres quotidiennes ainsi les réveils tonitruants offerts dans les villages "les communautés rurales japonaises ont des moyens efficaces pour vous signaler que vous avez suffisamment dormi. Ce sont des sirènes dont le vacarme vous tire de votre futon dès la pointe du jour"
   La mise en jambe est difficile et les haltes de midi au noodle shop sont bienvenues et l’occasion de siroter une bière, boisson magique qui incite aux échanges avec les voisins de table.
   Comme dans toutes les randonnées l’itinéraire est le souci de chaque minute, l’auteur nous apporte quelques éclairages sur les contrées traversées
   "l’île d’Hokkaido n’a été rattachée au continent japonais que relativement récemment.(…) Encore aujourd’hui elle est considérée comme atypique, de par son climat, ses bancs de glace, la rareté de ses cerisiers"

   mais aussi sur les inévitables détours et contours "Le sentier le long du lac que je m’apprêtais à suivre devait être une invention des cartographes. Au moins deux personnes que j’interrogeai jurèrent qu’il n’avait jamais existé."
   
   Là ou Booth se révèle excellent c’est sur l’œil mi-sérieux mi-amusé qu’il porte sur les japonais rencontrés. Les rencontres donnent lieu à des échanges ahurissants entre un anglais qui maîtrise le japonais et un japonais qui s’acharne à lui répondre en anglais car il est impossible qu’un gaijin parle sa langue!
   Des écolières au paysan, du pêcheur aux vieillards, du lutteur de Sumo au calligraphe lettré, c’est un monde qui se dévoile au long des 3000 km parcourus d’île en île : Hokkaïdo, Honshu, Shikoku, Kyushu.
   
   Etrange pays où les séismes donnent lieu à des proverbes...
   "Selon un vieux proverbe japonais il y a quatre chose vraiment terrifiantes au monde : les tremblements de terre, le tonnerre, les incendies et les papas."
   mais aussi aux sources thermales bienfaisantes
    "Un jour j’écrirai un ouvrage sur les sources thermales. Avec la bière et les têtes dans l’océan, elles me procurèrent les seules grands plaisirs corporels de cette folle équipée"

   
   La nourriture et les haltes du soir rythment les journées, la recherche d’un ryokan (auberge) ou d’un minshuku (chambre d’hôte) réserve bien des surprises, ryokan fermés, hôteliers bougon... mais aussi accueil sans pareil avec le bain du soir.
   "Un bain japonais n’est pas fait pour se laver. On se lave avant d’entrer dans le bain, de manière à être dégagé de toute obligation autre que le plaisir de s’immerger, se sentir revivre, bavarder avec les voisins, somnoler, fredonner, ou écouter tomber la pluie du soir"

   
   Le bain rituel est l’occasion d’entrevoir un Japon surprenant "c'était un vrai plaisir d'observer ces vieilles dames dont la poitrine tombait jusqu'à la ceinture frotter le dos de leurs maris en gloussant comme des écolières"
   
   Ajoutez une bière, un saké et c’est le repos du guerrier chaussé de geta et enroulé dans un yukata le kimono que l’on vous offre au sortir du bain. Adieu fatigue, froid, découragement!
   
   Mais le matin venu retour aux choses plus difficiles "tofu, riz gluant et prune séchée " en guise de petit déjeuner.
   
   Ces cinq mois de voyage passent en un clin d’œil. Le récit est très vivant, souvent drôle, parfois surprenant et d’une grande émotion lorsque à Hiroshima il est pris à parti par un homme le prenant pour un américain.
    "J’ai observé le soleil automnal embraser les feuilles des arbres d’Hiroshima. C’est dans ce même ciel sans nuage que la bombe a été larguée - plus aveuglante encore que mille soleils, disent les gens qui l’ont vue.(…) L’humanité n’avait jamais connu au cours de son histoire pareille pluie ni pareils soleils."
   
   Voici le bout du voyage et la pointe du Cap Sata
   Je ne peux m’empêcher de vous livrer une des dernières anecdotes du livre car elle résume la sensation éprouvé par notre marcheur tout au long du périple.
   " Je m'étais mis à discuter avec un vieil homme. Lorsqu'il me demanda où je vivais, je lui répondis que j'habitais Tokyo.
   - Tokyo, ce n'est pas le Japon, me dit-il. On ne peut pas comprendre le Japon lorsqu'on habite Tokyo.
   - Non, acquiesçai-je, c'est pourquoi je désire voir comment on vit ailleurs.
   - On ne peut pas comprendre le Japon d'un simple coup d’œil.
   - Non, il ne s'agit pas seulement d'observer, comme un touriste pourrait le faire depuis la vitre d'un bus, mais de traverser le Japon à pied.
   - On ne peut pas comprendre le Japon en le traversant à pied.
   - Pas seulement ça, mais aussi parler à tous les gens que je rencontrerai.
   - On ne peut pas comprendre le Japon en parlant aux gens.
   - Alors comment voulez-vous que je comprenne le japon?
   - On ne peut pas comprendre le Japon."
   

   
   Un livre que j’avais aimé à sa première lecture et que j’ai relu avec plaisir pour vous en parler. Epuisé on le trouve malgré tout en bibliothèque bien sûr mais aussi d’occasion. N’hésitez pas à parcourir le Japon à pieds avec Alan Booth c’est revigorant en diable.

critique par Dominique




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