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Les Oies Sauvages meurent à Mexico - Requiem pour les Saint-Patrick de Patrick Mahé

Patrick Mahé
  Les Oies Sauvages meurent à Mexico - Requiem pour les Saint-Patrick

Patrick Mahé O’Chinal est un journaliste et écrivain français né en 1947.

Les Oies Sauvages meurent à Mexico - Requiem pour les Saint-Patrick - Patrick Mahé

American way of war...
Note :

   J'ai entendu parler pour la première fois de cette épopée sanglante, relativement mal connue de l'histoire américaine par le biais du roman de James Carlos Blake "Crépuscule sanglant". J'avais fait quelques recherches très superficielles, Patrick Mahé a approfondi le sujet et nous offre ce roman.
   
   Qui sont ces "Oies sauvages" et pourquoi ce nom? Les premiers "Wild Geese" furent des soldats irlandais ayant fui leur pays après la défaite des troupes catholiques sur la rivière "La Boyne" en 1690. Ils s'engagèrent comme mercenaires auprès de différents souverains d'Europe, en France en particulier.
   Ici, il s'agit d'Irlandais chassés de leur pays par la famine, qui après un voyage hallucinant sur des bateaux cercueils arrivent souvent dans un état épouvantable sur les côtes américaines. Dire qu'ils furent les bienvenus serait mentir. Reste la solution de l'engagement dans l'armée américaine quand ils ne furent pas enrôlés de force! Mais la très grande majorité des officiers sont des protestants "Natives", imbus de leurs personnes, et souvent sadiques. Les brimades, humiliations et tortures sont chose courante. Et aussi l'interdiction du culte catholique est la norme. Alors beaucoup de catholiques quitteront l'armée américaine pour rejoindre les troupes mexicaines.
   
   John O'Reilly, ou Riley s'il survit aux cinquante coups de fouet, ne sera pas pendu par l'armée américaine. Mais il sera un des seuls, trente de ses compagnons seront exécutés de cette manière malgré les lois internationales, au cours d'une cérémonie macabre à l'instant où le drapeau américain sera hissé sur l'école militaire de Chapultepec après la mort des 4 derniers cadets, ultimes combattants dont le plus jeune avait 14 ans. Les suppliciés attendront 5 heures sur une monture, l'un d'entre eux venait d’être amputé des deux jambes!
   
   Trois semaines auparavant, le 20 août 1847 à Churubusco, Mexique, ils furent faits prisonniers, sachant qu'en cas de capture, ils risquaient la peine de mort comme traitres ou une peine de 50 coups de fouets comme déserteurs! Responsables des plus lourdes pertes américaines, ils n'avaient aucune pitié à attendre. L'armée mexicaine est vaincue malgré l’héroïsme de la brigade de Saint Patrick, alors l'enfer des prisons Yankees commence pour ces hommes. Avec la mort au bout d'une corde pour la grande majorité d'entre eux.
   
   En parallèle à la vie de ces soldats perdus, nous assistons à la confrontation d'idées de deux journalistes, Kendall, l'américain de souche et Beaulieu, français de Louisiane, correspondant du journal "L'illustration". Pour le premier, toutes les accusations d'humiliations et de tortures ne sont que balivernes, pour le second plusieurs témoignages le confirment.
   
   Le narrateur Sean O'Raghailligh (version gaélique de John O'Reilly) est un de ces millions d'Irlandais qui ont fui les grandes famines qui ont tué une grande partie de la population des provinces pauvres et gaélisantes de l'Irlande. En s'engageant dans l'armée américaine, il espérait comme beaucoup avoir la reconnaissance du sang versé pour lui et ses compagnons. Ils n’eurent que brimades, vexations et sévices de la part d'une hiérarchie militaire à majorité protestante. Il faut aussi constater, et c'est très souvent comme cela que certains officiers de descendance celtique furent pires que leurs collègues anglo-saxons! Après les coups de fouets, il fut marqué au fer rouge sur la joue de la lettre "D" comme déserteur. Le bourreau ayant mis la lettre à l'envers, il fut marqué sur l'autre joue!
   
   Un livre historique qui se lit comme un roman qui démontre encore une fois que l'Amérique moderne s'est bâtie dans le sang et par le vol de vastes territoires!
   
   Une lecture comme je les aime, c'est à dire qui me donne envie de faire des recherches, de ne pas être un lecteur passif. J'avais déjà éprouvé ce genre de choses à la lecture de "Crépuscule sanglant" qui m'avait fait découvrir cet épisode de la guerre américano-mexicaine.
   
   A noter, ce qui est une excellent initiative, la présence de nombreuses notes, cartes, photos et autres en fin d'ouvrage. Et en plus une chose que j'ai particulièrement appréciée, l'auteur nous renseigne sur les personnages historiques et ceux qui sont uniquement romanesques!
   
   
   Extraits :
   
   - Depuis les débuts de l'invasion du Mexique, O'Reilly et ses hommes sont le cauchemar des troupes américaines. Normal, ils en sortent...
   
   - Du requiem tragique d'Alamo, les Américains ont fait un culte.
   
   - Brian reste habité par le souvenir des croyances gaéliques.
   
   - Et puis, il y a les Saint-Patrick. Eux seront soignés en dernier.
   
   - Il n'était encore qu'un soldat, avant de devenir un soldat perdu...
   
   - Déserter n'était pas pour lui "passer à l' ennemi ", mais accomplir un devoir moral tout autant que spirituel.
   
   - " Ce n'est pas la messe, mais la fesse qui poussait les Irlandais déserteurs à traverser le rio à la nage!"
   
   - J'ignorais le poids des Know Nothing, Ces Américains de récente émancipation qui n'ont d'autre but que de rejeter leurs pareils à la mer.
   
   - Tout, ici, respire les prémices d'un requiem tragique...
   
   - Ne confondez pas le bataillon des Saint-Patrick avec votre Mexican Spy Company!
   
   - Une sacrée mise en scène, n'est-ce pas? Scott peut être fier de lui! La victoire, c'était couru d'avance, ne serait-ce que par la loi du nombre et du surarmement...
   

critique par Eireann Yvon




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