Lecture / Ecriture
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Les belles sœurs de Michel Tremblay

Michel Tremblay
  Le cahier rouge
  C'ta ton tour Laura Cadieux
  Les belles sœurs
  Bonbons assortis
  Un ange cornu avec des ailes de tôle
  Quarante-quatre minutes Quarante-quatre secondes
  Chroniques du plateau Mont-Royal
  Le trou dans le mur
  La Traversée du continent
  La traversée de la ville
  La Traversée des sentiments
  Au hasard la chance

Michel Tremblay est un écrivain québécois, né en 1942.
Il écrit des romans et du théâtre.
Il a profondément marqué le monde littéraire canadien en utilisant le dialecte québécois (le joual), en exerçant une critique de la société sclérosée et en choisissant ses personnages principaux parmi les classes laborieuses ( des femmes, en particulier). Par delà même le monde littéraire, il a eu une réelle influence sur l'évolution des idées au Québec.
La qualité de son travail est reconnue et, depuis 30 ans, son oeuvre est couronnée de prix.

Les belles sœurs - Michel Tremblay

Maudite vie plate !
Note :

   Cette pièce en deux actes de Michel Tremblay créée en 1968, réunit quinze femmes dans un quartier populaire de Montréal.
   
   Quinze amies et parentes de Germaine Lauzon, heureuse lauréate d'un million de timbres primes qui, une fois collés dans des carnets collecteurs, lui offriront des promotions sur des biens de consommation courante. Cette assemblée de femmes se retrouve donc un soir dans la cuisine de Germaine afin de l'aider à coller ses timbres providentiels.
   La particularité de ce texte réside, en premier lieu, dans son langage puisqu'il est entièrement en “joual”, ce dialecte populaire québécois. Bien qu'il puisse être quelque peu déroutant au tout début, le lecteur se familiarise très vite avec les expressions et consonances conférant au texte un indispensable réalisme.
   
   Après un premier acte où les échanges entre toutes ces femmes sont un mélange de bavardages, commérages, fadaises et niaiseries assez enjoués et fort plaisants, le deuxième acte va petit à petit basculer pour pénétrer davantage la moelle de cette tranche de société et planter une atmosphère où les rires deviennent jaunes. Lentement, le lecteur perçoit la révolte amère et contenue de ces femmes des quartiers populaires, souvent mal mariées, soumises, enfermées dans leur condition et n'ayant absolument pas les moyens intellectuels et matériels d'en sortir.
   « Quand t'arrive à quarante ans pis que tu t'aparçois que t'as rien en arrière de toé, pis que t'as rien en avant de toé, ça te donne envie de tout crisser là, pis de toute recommencer en neuf ! Mais les femmes, y peuvent pas faire ça… Les femmes, sont poignées à'gorge, pis y vont rester de même jusqu'au boute ! »
   Et dans cet état d'esprit de femmes aigries, jalouses et insatisfaites, la réunion dégénère pour devenir incontrôlable et bouleversante.
   
   Le lecteur sort de cette lecture mal à l'aise, presque un peu coupable d'avoir souri et même ri au début car comme le déclarait Michel Tremblay, lui-même, cette pièce est “effrayante”. Il disait aussi : « Regardez bien ! C'est comme ça ! C'est aussi pire que ça ! » Il nous présente ainsi l'univers de son enfance, sans aucune complaisance.
   
   Le livre reprend, en postface, nombre de commentaires et critiques parus dès sa création. J'ai pour ma part trouvé très intéressants les propos de Jean-Claude Germain (écrivain, journaliste et critique dramatique québécois) sous le titre “J'ai eu le coup de foudre” dont voici un extrait :
    « Les Belles-sœurs, ce n'est ni une pièce comique, ni une pièce dramatique : c'est une pièce qui grince entre les deux. Pour Germaine, c'est peut-être un drame de perdre ses timbres primes, mais pour nous, le drame c'est d'en être réduit à la condition de Germaine. »
   ↓

critique par Véro




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Comme dans le Pas-de-Calais
Note :

   Germaine Lauzon a gagné 1 million de timbres promotionnels, et les livrets pour les y coller. Elle projette d’acquérir grâce à eux un tas de mobilier dans le catalogue joint. Elle est très contente, Germaine. Elle compte faire d'une pierre 2 coups en conviant ses voisines, sœurs, belles-sœurs etc. à venir l'aider à coller les timbres dans sa cuisine, tout en parlant de tout et de rien autour d'une liqueur. Mais voilà toute la nature humaine qui se révèle au cours de cette soirée !....
   
   Truculent !! Non mais sérieusement, je me serais crue dans le milieu de mon enfance.
   
   Imaginez un clan de polonais implantés dans le Pas-de-Calais, même époque, fin des années 60. Les hommes sont à la mine, les femmes se reçoivent les unes les autres sous divers prétextes et c'est la même chose ! Remplacez le joual par le patois du Nord... Impayable ! Cruel ! Abject ! Adorable ! Pitoyable ! Tout y est.
   
   En plus cette édition comprend des photos des actrices ayant interprété les rôles, une introduction d'Alain Pontaut (que j'ai trouvée très pompeuse !) et à la fin diverses critiques parues ça et là dans la presse....
   
   Un régal je vous dis.
   
   Même et surtout si ce qui vous en reste en le refermant c'est un rictus désabusé...

critique par Cuné




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