Lecture / Ecriture
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Dans le silence du vent de Louise Erdrich

Louise Erdrich
  Dernier rapport sur les miracles à Little No Horse
  L'épouse antilope
  La malédiction des colombes
  La chorale des maîtres bouchers
  Ce qui a dévoré nos cœurs
  La consolation des grands espaces
  Le jeu des ombres
  La décapotable rouge
  Dans le silence du vent
  Femme nue jouant Chopin
  Le Pique-nique des orphelins

Karen Louise Erdrich est une écrivaine née en 1954 aux États-Unis, se rattachant au mouvement Native American Renaissance.

Dans le silence du vent - Louise Erdrich

Sobre et juste
Note :

   Rentrée littéraire 2013
   
    National Book Award 2012
   
   "Tu ne peux donc pas manger? Tu te sentirais mieux. Tu ne peux donc pas te lever? Tu ne peux donc pas... revenir à la vie? "
   
   L'été des treize ans de Joe est marqué par le viol de sa mère. Cet adolescent va brutalement faire l'expérience de la notion de justice car l'imbroglio des lois s'exerçant sur le territoire indien et le silence obstiné de sa mère ne facilitent guère l'identification du violeur et son jugement. Joe va donc devoir mener l'enquête de son côté et basculer irrémédiablement dans le monde des adultes.
   
   Louise Erdrich dans ce nouveau roman décrit avec une acuité sans pareille la prostration de la victime et la difficulté à faire émerger la vérité. Une situation hélas représentative car, selon un rapport publié par Amnesty international en 2009, une femme amérindienne sur trois sera violée au cours de sa vie et que, vu le "Labyrinthe de l'injustice", peu des violeurs seront poursuivis. Mais la romancière n'en fait pas pour autant un livre lourdement pédagogique. L'intensité dramatique est prenante et le style parfaitement maitrisé. La violence faite aux femmes est hélas monnaie courante un peu partout dans le monde et on ne peut que l'estimer car beaucoup ne portent pas plainte.
   
   Les descriptions de la vie quotidienne de l'adolescent sont autant d'échappées belles loin de l'atmosphère étouffante de la maison familiale et l’occasion également de montrer la solidarité sans faille qui s 'exerce au sein de sa famille élargie.
   
    Un roman que j'ai pris le temps de lire car, malgré quelques notes humoristiques et certains personnages hauts en couleurs, il y règne un climat lourd et poignant. Beaucoup de sobriété et d'émotion. à lire absolument. L'émotion est contenue, pas de pathos, une situation qui nous parle, tous les ingrédients sont là!
   
   Une voix puissante que j'ai mis du temps à découvrir et dont je ne me lasse pas!
   
   Un roman récompensé par le National Book Award et élu meilleur livre de l'année par les libraires américains.
   ↓

critique par Cathulu




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Le poids de l'oppression
Note :

   Chantre de la culture amérindienne, Louise Erdrich, parle sans détour avec beaucoup d'âme et une grande sensibilité de ses origines et de ses ancêtres.
   
   Le peuple indien, fier et glorieux, dont les croyances et les coutumes parlent magie et tolérance, s'est vu piétiné et parqué pour que naissent les États-Unis d'Amérique.
   
   Louise Erdrich redonne la parole à ces oubliés, cette autre Amérique et que l'Histoire n'a pas cessé de bafouer. Elle est la voix de ce peuple indien meurtri, en rendant dans chacun de ses livres un vibrant hommage de mémoire pour sa culture humiliée.
   
   Dans son dernier livre, elle mêle une fois de plus fiction et enquête sur les faits et la vie dans une communauté Ojibwa. Elle raconte les injustices subies par les Indiens en raison du flou juridique existant entre la loi fédérale et la loi tribale, et l'augmentation importante des viols commis sur les Indiennes.
   
   Nous somme en 1988, et Joe est un jeune adolescent de douze ans. Il vit avec ses parents dans une réserve située dans le Dakota Nord où il est né. Un dimanche après-midi, sa mère rentre à la maison, en sang, hagarde, blessée. Elle vient d'être violée et sombre peu à peu dans un mutisme total. Son père, juge aux affaires tribales, dépose plainte et demande à la justice de faire son travail.
   Mais le viol d'une Indienne n'intéresse pas vraiment la police et c'est Joe aidé de ses copains qui va mener l'enquête. Il est prêt à tout pour venger le mal fait à sa mère, et ce qu'il découvrira le bouleversera à jamais.
   
   Avec beaucoup de talent, l'auteur nous fait partager les sentiments et colères des protagonistes de cette sombre histoire.
   
   Avec des mots justes et une prose bien menée, elle raconte le viol et la souffrance de cette mère de famille, et rend compte des difficultés à découvrir la vérité quand on appartient à une minorité déchue.
   
   Nous sommes touchés par cette famille paisible que la violence et l'injustice font voler en éclat.
   Les personnages sont attachants dans leurs coutumes et les difficultés qu'ils ont pour vivre entre deux mondes.
   
   Un très beau livre à l'univers envoûtant où la naïveté de l'enfance s'efface devant le poids du souvenir et du silence.
    ↓

critique par Marie de La page déchirée




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Triste sort
Note :

   1988 dans une réserve du Dakota Nord.
   
   Partie chercher un dossier à son bureau, la mère de Joe tarde à rentrer, ce qui ne manque pas d'inquiéter son mari, devenu avocat puis juge. Il part avec son fils à sa rencontre et la retrouve dans sa voiture, prostrée et ensanglantée. Ils l'emmènent à l'hôpital où elle est accueillie aux urgences. Elle a été visiblement agressée par un homme et il lui faut porter plainte.
   
   Mais l'agression se révèle être un viol. Joe et son père essaient alors de savoir qui est le coupable, chose difficile d'autant que leur mère et épouse, profondément bouleversée par ce qui vient de lui arriver, se terre dans le silence.
   
   Un magnifique roman, à l'écriture lumineuse, qui porte un regard sur le sort des amérindiens. En effet, une femme amérindienne sur trois sera violée au cours de sa vie, et 86% de ces viols sont commis par des hommes non amérindiens, dont très peu sont poursuivis en justice. Ce roman s'inspire donc de faits réels en mettant en scène des personnages fictifs, dont Louise Erdrich livre un formidable portrait. On s'attache à ce jeune adolescent qu'est Joe, qui cherche à savoir qui a agressé sa mère, d'autant plus que la police ne semble pas particulièrement décidée à tout mettre en œuvre pour connaitre la vérité.
   
   C'est un très beau roman, récompensé par le National Book Award et élu meilleur livre de l'année par les libraires américains.
    ↓

critique par Éléonore W.




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Un roman dense et fort
Note :

   "Je m'étais mis dans une colère noire à présent, ou bien replanté dans une colère noire avec chacune des pauvres plantes de serre qui ne réussiraient pas à attirer l'attention de ma mère. Il semblait que tout ce que mon père faisait, ou disait, était destiné à me rendre fou de rage. Je m'étranglais, là, tout seul avec mon père en cette fin d'après-midi paisible. Un gros nuage irrégulier avait gonflé au-dessus de ma tête - tout-à-coup, je n'avais plus qu'une envie, c'était d'échapper à mon père, à ma mère aussi, de déchirer leur tissu de culpabilité, de protection et d'émotions révoltantes et indéfinissables."
   
   Joe a 13 ans et mène la vie normale d'un jeune amérindien, entre son père, juge sur la réserve et sa mère, Géraldine qui travaille sur la généalogie compliquée des familles. Un dimanche ordinaire, Géraldine part chercher un dossier et quand elle revient ce n'est plus la même femme, elle a été agressée et violée. Dans un premier temps, elle refuse de dire où et par qui, elle s'enferme dans le mutisme et se désagrège de jour en jour, corps et esprit, cloîtrée dans sa chambre.
   
   Le père de Joe, complètement désemparé, a foi dans la justice, pourtant très compliquée à rendre sur la réserve et promet à son fils que le coupable sera retrouvé et jugé. Projeté d'un seul coup dans le monde des adultes, Joe comprend peu à peu que rien ne sera aussi simple et que ses parents n'ont pas la solidité qu'il croyait. Il se sent progressivement investi de la responsabilité de retrouver lui-même le coupable, ce qu'il va s'employer à faire, avec sa bande de trois copains, Cappy, Zack et Angus.
   
   L'intérêt de ce roman touffu est multiple. Il y a d'abord un adolescent de 13 ans, obligé malgré lui de quitter brutalement l'enfance, confronté aux premiers émois sexuels, aux premières bières, aux premières tentatives d'opposition aux adultes, sur fond d'angoisse dans une atmosphère familiale devenue pénible et trop lourde. Cette ambiance délétère est compensée par l'amitié indéfectible qui le lie à ses copains et leurs virées drôles ou lamentables, c'est selon.
   
   Mais l'auteur met surtout le focus sur le traitement inique réservé aux femmes amérindiennes victimes de viol et d'une justice à deux vitesses, une pour les blancs, une pour les amérindiens. Dans le cas de Géraldine, une faille juridique liée au territoire fera que, même si le coupable est retrouvé, il ne sera pas jugé. A travers les multiples personnages qui croisent la route de Joe, on en apprend beaucoup sur la vie dans les réserves de nos jours.
   
   "Dans l'ancien temps, quand les Indiens ne pouvaient pas pratiquer leur religion - bon, pas si ancien que ça, en fait : avant 1978 - la maison ronde accueillait les cérémonies. Les gens prétendaient que c'était une salle des fêtes ou bien ils apportaient leur bible aux réunions. A cette époque-là, les phares de la voiture du curé descendant la longue route flamboyaient à la fenêtre sud. Le temps que le curé ou le directeur du Bureau des Affaires Indiennes arrivent, les tambours d'eau, les plumes d'aigle, les sacs-médecine, les rouleaux d'écorce de bouleau et les pipes sacrées étaient au milieu du lac dans deux bateaux à moteur".

   
   Un seul bémol, comme d'habitude avec l'auteur, il y a plusieurs digressions au cœur de l'histoire, ce qui m'a semblé pour certaines un peu inutile et nuire à la fluidité de l'ensemble. Ce qui domine cependant, c'est une impression de roman dense, fort, profond, indispensable.
   
   Dans une note en fin de livre, Louise Erdrich donne les précisions suivantes : "Une femme amérindienne sur trois sera violée au cours de sa vie (et ce chiffre est certainement supérieur car souvent les femmes amérindiennes ne signalent pas les viols). 86 pour cent des viols et des violences sexuelles dont sont victimes les femmes amérindiennes sont commis par des hommes non-amérindiens ; peu d'entre eux sont poursuivis en justice (chiffres Amnesty International).
   
   Ce roman a reçu le National Book Award 2012

critique par Aifelle




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