Lecture / Ecriture
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Pulphead de John Jeremiah Sullivan

John Jeremiah Sullivan
  Pulphead

John Jeremiah Sullivan est un écrivain et journaliste américain né en 1974.

Pulphead - John Jeremiah Sullivan

Chroniques de l'Amérique profonde*
Note :

   Rentrée littéraire 2013
   
   
   L'auteur journaliste vivant dans le sud des États-Unis décortique la société américaine en quatorze chroniques acérées.
   
   De la béatitude d'un concert de Rock & Roll chrétien, pas une seule bagarre en trois jours avec cent mille spectateurs à la désolation profonde de l'après Katarina.
   Il est beaucoup question de musiques actuelles déclinées sous toutes ses formes. Et aussi de littérature, mais beaucoup moins.
   
   Exceptionnellement je vous livre la première phrase de ce livre :
   "-C'est mal de se vanter mais au commencement mon plan était parfait."

   Ainsi commence "Sur cette pierre" où l'auteur avoue humblement vouloir se la couler douce en assistant à un festival de R&R chrétien! Pas très catholique tout cela comme pensée. Pour le reste ce ne fut pas loin de l'Eden. Mais c'est quoi au juste un groupe de Rock & Roll chrétien?
   
   "Mr Lytle : chronique" un symbole de la littérature sudiste est mort, personnage ambigu, qui était-il réellement? Fantasque il voulait un cercueil de cèdre parce qu'il en aimait l'odeur.
   
   "Dans un refuge (après Katarina)", que devient l'humain confronté à la panique et à l’irrationnel? Qu'est-il capable de faire pour quelques litres d’essence quand c'est le chaos tout autour de lui?
   
   "La part du réel", qu'est-elle dans ce que ce l'on nomme la télé-réalité? Entre exhibitionnisme et piège à gogo, fabrique de pseudo stars à la carrière éphémère! Un peu de tout cela, mais l'argent doit rentrer et les candidats affluent!
   
   Une chronique porte, dérision ou lucidité, le nom de "American Grotesque"! De 1609 à nos jours, les rendez-vous manqués de l'Amérique avec elle-même.
   
   Une plongée dans l'histoire du continent américain et dans "Des grottes sans noms" du Tennessee, et le pillage organisé des reliques des civilisations précédant l'arrivée de l'homme blanc.
   
   Plongée encore, mais dans le blues originel avec des noms qui pour certains d'entre nous n'évoquent rien dans "Des bardes inconnus".
   
   Une virée à la Jamaïque pour tenter de voir "Le dernier des Wailers", le seul survivant du groupe mythique qui accompagnait Bob Marley, une idée fumeuse ou fumante?
   
   L'avenir de l'homme est évoqué dans "La violence des agneaux", titre un brin provocateur sachant que l'on dit en général que la musique adoucit les mœurs!
   
   "Peyton's Place" nous sommes nombreux à avoir la télévision chez soi. Mais quand le tournage se passe chez soi, la perception n'est pas la même.
   
   Pas de personnages politiquement corrects et cela fait du bien! Pas mal d'illuminés dans ces chroniques, ces "Born Again" à la religiosité récente, mais aux casiers judiciaires chargés!
   
    Deux frères se retrouvent, l'un a été furtivement déclaré cliniquement mort, le dernier représentant d'un mouvement littéraire sudiste, les Agarians, est décédé. Le Miz lui est le représentant d'une race en pleine expansion, la vedette d'un Reality Show, accessoirement catcheur au palmarès long comme une clé au bras! Puis vient Michael, le Michael, mon seul commentaire sera une phrase du livre :
   "-Il était déjà une star avant même de le savoir. Et l'enfant star rêvait d'être un artiste."

   Axl Rose, un autre chanteur figure de proue musicale reparti d'où il venait, de nulle part.
   
   L'écriture est journalistique, c'est le but, mais c'est aussi sa force car accessible à la majorité des lecteurs. Mais cela n'empêche pas la lucidité et de reconnaître que certains côtés de la société américaine sont bien malades.
   
   L'envers du décor de l'Amérique contemporaine vu par un de ses membres capable d'écrire ce qui suit :
   "- Ce pays, de toute façon, voit des pathologies partout. C'est un mal bourgeois, dont on est tout à fait en droit de dénoncer l'aberration."

   
   Un document de très grande qualité.
   
   
   Extraits :
   
   - J'ai découvert que Pee Wee adorait Neil Young.
   
   - La plupart des gens choisiront la lumière au bout du tunnel mais mon frère, lui, a choisi les Enfers.
   
   - Il faut bien garder à l'esprit que dans les années quatre-vingt-dix, lorsque je l'ai connu, ce que l'on avait appelé la Southern Renascence in letters, la renaissance littéraire du Sud n'était plus qu'un régionalisme fatigué.
   
   - Une odeur que j'avais déjà sentie auparavant, mais jamais dans un pays industrialisé. L'odeur de créatures mortes gisant sous un soleil brûlant depuis des jours.
   
   - Vivre ce genre de scène en Amérique était déroutant.
   
   - Il fut un temps où d'aucuns aimaient à faire remarquer que la télé-réalité n'avait rien de réel.
   
   - Le monde d'en bas, c'est là où tout est confus, chaotique et mauvais. Il n'est pas bon d'aller dans ces milieux où la distance entre notre monde et celui de l'au-delà est si ténue.
   
   - L'isolement semble parfois générer ce genre d'énergie. L'Irlande par exemple, est sous bien des aspects un coin perdu, et pourtant : Yeats, Beckett, Joyce... en un seul siècle.
   

   Titre original : Pulphead (2011).
   
   * Au propre comme au figuré.

critique par Eireann Yvon




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