Lecture / Ecriture
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Le Diable, tout le temps de Donald Ray Pollock

Donald Ray Pollock
  Knockemstiff
  Le Diable, tout le temps
  Une mort qui en vaut la peine

Donald Ray Pollock est un écrivain américain né en 1954 à Knockemstiff (Ohio).

Le Diable, tout le temps - Donald Ray Pollock

Palmarès d'enfer
Note :

   En 2012, Grand Prix de littérature policière et Meilleur livre de l’année LIRE toutes catégories.
   
    Pour son premier roman, Donald Ray Pollock évoque une Amérique trop profonde où à force de prier Dieu, on convoque le Diable, tout le temps.
   
    De Knockemstiff, Ohio, ville paumée à éviter absolument, à la Virginie Occidentale, il entraîne le lecteur dans un périple d'une violence absolue avec des personnages tous plus pathétiques et monstrueux les uns que les autres.
   
    L'histoire se passe entre 1945, juste après la guerre, pour finir dans les années 1960.
   
    Et le lecteur est happé par les destins entremêlés de ces héros qui se croisent et se fuient, jusqu'à s'entretuer, le tout dans une barbarie absolue.
   
    Le fil rouge (sang) de ce roman, vous l'avez compris, c'est le mal, porté par les plus vils instincts de ces hommes et femmes hallucinés et estropiés de l'âme jusqu'à la folie.
   
    Willard juste rentré de l'enfer du Pacifique, est fou d'amour pour sa femme Charlotte. Atteinte d'une maladie incurable, il devient fou de prières, de croix, de rites sacrificiels à en faire couler beaucoup de sang d'animaux pour la sauver mais il cherchera d'autre provenance.
   
    Il crée pour cela un lieu, un autel de prières dans une clairière, qui tient plus de l'Apocalypse que de la promenade bucolique. Lieu que l'on retrouve dans le livre mais qui est présent surtout au début et à la fin.
   
   Son fils, Arvin, témoin silencieux de toutes ces souffrances, l'accompagnera dans ses actes les plus insensés. Il devient fou de justice.
   
    Ensuite de façon très efficace, Pollock, fait intervenir des personnages tout au long du récit aux vies chaotiques et abjectes où seule la violence la plus folle tient lieu de langage et d'échanges.
    Prédicateurs fous, shérif violent et corrompu, couple sadique...
   
    C'est hallucinant et l'écriture de Pollock, ample et sèche nous happe jusqu'au bout. Dans une prose radicale, il construit un récit très maîtrisé qui interroge le lecteur sur ses propres noirceurs.
   
    Pollock est un maître dans l'art d'écrire non pas uniquement une œuvre noire mais un récit fulgurant sur des héros effroyablement humains à force de les côtoyer de l'intérieur.
   
    C'est l'Amérique loin des clichés où rédemption devient damnation.
    ↓

critique par Marie de La page déchirée




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Rednecks et compagnie
Note :

   A Knockemstiff et dans la bourgade voisine, c’est bien le Diable qui a élu domicile et qui a pris les commandes des personnages de Donald R. Pollock. Et le Diable c’est le mal en l’homme, ça ne fait aucun doute. Pas besoin de l’invoquer pour qu’il se mette de la partie ! Dans ce district minier misérable des Appalaches, on est loin du rêve américain même si c’est l’époque qui court de 1945 à la fin des Sixties.
   
   L’auteur présente d’abord les Russell père et fils. Willard, le père, est revenu K.O. de la guerre du Pacifique. La femme qu’il a épousée lui a donné un fils, Arvin, sur qui repose une bonne partie de l’intrigue du début à la fin, mais cette épouse, Charlotte, se meurt d’un cancer. Pour conjurer le mal, Willard sacrifie sur des croix de bois, dans la clairière au-dessus de sa ferme : des animaux d’abord, mais ça ne suffit pas à émouvoir le Seigneur... Arvin n’oubliera jamais ces scènes et longtemps après la mort de sa mère, et le suicide de son père, on retrouvera le jeune homme avec à la main le Lüger de son père pour jouer au justicier et faire payer au pasteur d’avoir séduit des jeunes filles mineures poussant au suicide la quasi-sœur d’Arvin qui est la fille abandonnée par Roy. Au nombre des autres personnages habités par le mal, Roy c’est le prétendu prédicateur amateur d’araignées et convaincu de pouvoir réveiller les morts et de ressusciter sa femme Helen après l’avoir tuée à l’aide d’un tournevis. Alors il fuit, accompagné de son acolyte Theo le guitariste raté en fauteuil roulant. Il y aussi Lee Bedeker, le shériff du comté, un ripoux au service d’un mafieux local, et néanmoins inquiet pour sa sœur Sandy, serveuse d’un bar minable, prostituée par ennui, mariée à un serial killer, Carl Henderson, photographe voyeur et assassin. Arvin mettra fin au périple sanglant du couple sadique, un périple ponctué d’abjections.
   
   Bref, le roman haletant de Donald Ray Pollock n’est pas un roman à l’eau de rose, plutôt une boisson forte, très forte en vérité, écrit de main de maître avec une langue fine comme un rasoir et l’efficacité d’une structure en boucle.
   
    Ce roman a reçu le prix du Meilleur livre de l’année 2012 décerné par la revue Lire.

critique par Mapero




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