Lecture / Ecriture
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Ce sera ma vie parfaite de Camille de Villeneuve

Camille de Villeneuve
  Les Insomniaques
  Ce sera ma vie parfaite

Ce sera ma vie parfaite - Camille de Villeneuve

L'heure du bilan
Note :

   Rentrée littéraire 2013
   
   
    Victor des Ulmières a quatre-vingts ans, il va mourir bientôt, il veut mourir, mais comme et quand il veut, et ce sera aujourd'hui. Dans son château près de Sancerre, où résident ses neveux et leurs amis, chanteurs, danseurs, musiciens baroques, où rode la fidèle Félicie, reviennent au cours de cette dernière journée les souvenirs de sa vie, photographe, journaliste, voyageur... Ambigus parfois, avec sa sœur Aimée. Étranges avec Serge, son ex protégé, son fils peut-être?
   
    Ce vieil homme désabusé, égocentrique, aux opinions tranchées, n'a pas levé tous les mystères. Ou alors c'est que je n'ai pas tout saisi, et cette atmosphère vagabonde m'a déconcertée.
   
    Mais j'ai été absolument conquise par l'écriture, magnifique, et la façon maîtrisée d'évoquer une vie. Bien tourné (j'ai cru croiser quelques imparfaits du subjonctif) , des mots assez rares parfois, l'art de conter.
   
    "Personne n'aura jamais le point de vue que j'ai de ma chambre sur Sancerre. C'est à moi et moi seul. Je renonce à tout, sauf à la vue de Sancerre. Même aveugle, je pourrais continuer de la contempler. Le matin, la ville, toute noire, avec quelques lumières encore, est proche comme une sœur. Elle s'éloigne au fil des heures, glisse derrière les champs, les chênes, les pelouses. La colline est alors noyée dans une brume et semble à une centaine de kilomètres. Parfois même on dirait une apparition."

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critique par Keisha




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Nul n'est parfait !
Note :

   Second roman après "Les insomniaques" de cette jeune romancière travaillant et résidant à Paris, mais première lecture dans mon cas.
   
   Un homme se bat à la sortie d'une boîte de nuit, il connaît très bien son adversaire. Blessé, il rentre chez lui pour y mourir et revoir sa vie au cours de son ultime journée sur terre?
   
   Une vie riche mais qui semble inachevée, est-il nécessaire de la revivre? De faire le compte de ses échecs et de ses relations ambiguës avec les femmes?
   
   Des relations familiales compliquées ont-elles perturbé Victor, au point de cultiver une espèce d'impuissance et de la revendiquer? Une passion pour la danse et les danseuses allant jusqu'à prendre des cours. La supercherie qui apporte la gloire et un certain confort matériel, mais qui peut-être causera sa perte, puis il aura un moment de passion pour les corridas. Mais de tout cela que reste t'-il aujourd'hui dans ce huis-clos d'un homme avec lui-même?
   
   Victor des Ulmières, aristocrate, photographe, mécène vivant entouré d'artistes qui aurait aimé être écrivain ; mais trop oisif dans l'âme il n'y parvient jamais. À quoi et aussi avec quels hommes ou femmes se résume son existence sur terre?
   
   Serge, son voisin, très amis, ils sont devenus ennemis au point de se battre une nuit. Pourquoi ce si vif ressentiment entre les deux hommes?
   
   Les membres de sa famille qui ont bercés ou plutôt hantés sa vie, sa mère tuberculeuse peu connue, car décédée trop tôt. Le père, homme de devoir jusqu’à l'absurde ; entre eux ce ne fut pas le grand amour, il lui préféra son jeune frère Vivien décédé dans la violence d'une guerre. La haine était le sentiment le plus profond qu'ils éprouvaient l'un pour l'autre. La sœur Aimée et aimée, quasiment à l’obsession jusqu'au désir d'inceste. Symphonie sœur cadette qualifiée d'asexuée.
   
   Valerio, son ami écrivain reconnu, qui a usé et abusé de ses finances, excessif en tout, ne l'a t-il pas un peu jalousé, lui ayant réussi dans un domaine où Victor aurait aimé avoir du succès? Félicie, femme au foyer d'un foyer qui n'est pas le sien, elle veille sur le fils comme elle l'avait fait pour le père.
   
   Les invités, artistes danseurs et musiciens, sa nièce, Valentine, peintre qu'il rudoie, Henri musicien, chanteur, cuisinier. Vision de la jeunesse qu'il a perdue.
   
   Quelques femmes aussi : Karuna, il aurait aimé lui faire l'amour, puis l'épouser, mais en vain ; Léna, connue jeune et qui épousa Vivien. Davina Sirk avait lu en lui comme dans un livre ouvert à une mauvaise page.
   
   C'est très bien écrit donc, d'une lecture aisée, mais souvent ce genre de simplicité cache un très gros travail de recherche du juste mot.
   
   Peut-on en escamotant certains faits transformer sa vie en une vie meilleure? Pourquoi pas, mes souvenirs de service militaire font la part belle aux bons moments oubliant superbement les autres!
   
   Le roman d'un homme cynique et désabusé contemplant d'un œil lucide ce que fût sa vie. Ou ce qu'il aurait voulu qu'elle soit, on peut travestir son passé, pas le changer, alors vivons avec.
   
   Un beau roman, parfois dérangeant.
   
   
   Extraits :
   
   - Ils sont absolument superficiels. Henri, c'est autre chose. Il est sombre, plein de colère et d'ironie.
   
   - C'est ainsi que je veux ma mort. Mais que peut ma volonté?
   
   - La signature, m'expliquait Valerio à voix basse, ses mains tremblantes sur ses piles de livres, est le purgatoire des auteurs.
   
   - Je pourrais être paniqué en pensant à ma mort, puisque ma vie fut un néant. Elle m'a toujours semblé au-delà, derrière, plus loin, au-dessus.
   
   - Je n'ai pas honte, je porte mes fautes comme des stigmates glorieux et n'en serais plus jamais puni.
   
   - Les hommes et les femmes ont des relations d'une agressivité inouïe. Les hommes sont des lâches et les femmes des guerrières. Aujourd'hui, entre eux, tout est fureur et impatience.
   
   - Si elle m' avait épousé, j'aurais acheté un coin de cimetière pour nous.
   
   - C'est une chose que j'ai appris - me déplaire à moi-même. La plupart du temps, je sonne faux. Mieux vaut faux que creux.
   
   - "Je suis abject", pensais-je, je découvrais mon indignité, car la morale est sans mesure, elle brûle ou n'est rien.
   
   - Ce n'est pas un problème d'être vieux pour lire, vaquer à ses affaires. Non, le pire de l'âge, c'est de ne plus avoir le droit de désirer. Les vieux sont en interdit libidinal.

critique par Eireann Yvon




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