Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Monde sans oiseaux de Karin Serres

Karin Serres
  Monde sans oiseaux

Née en 1967, Karin Serres est auteur et scénographe. Elle a écrit près de vingt-cinq pièces de théâtre dont la liste des titres se décline comme un poème. Karin Serres écrit aussi pour le jeune public.
(Source éditeur)

Monde sans oiseaux - Karin Serres

Demain, les oiseaux
Note :

   Rentrée littéraire 2013
   
   
   "Il paraît qu'autrefois certains animaux traversaient le ciel grâce à leurs ailes, de fins bras couverts de plumes qui battaient comme des éventails. Ils glissaient dans l'air, à plat ventre, sans tomber, et leurs cris étaient très variés. Ils étaient ovipares, comme les poissons ou les lézards, et les humains mangeaient leurs œufs. On les appelait "les oiseaux". Petite, j'ai demandé à ma mère de me raconter, mais elle a changé de sujet. Cette histoire d'"oiseaux" est-elle vraie?"
   

   Où sommes-nous dans ce roman? Bien malin qui pourra le dire, en tout cas dans un imaginaire poétique, fantaisiste, fantasque, mais pas que... une sorte de fable qui nous parle de nous, espèce menacée sur une planète déjà bien abîmée. Mais qui parle avant tout de ce qu'est le déroulement d'une vie, de la naissance à la mort, avec ses joies, ses peines, ses chaos, ses attachements.
   
   Rien n'est dit explicitement, il faut accepter de suivre la narratrice "petite boîte d'os" née d'un père pasteur et d'une mère qui aime se baigner la nuit et danser nue au bord du lac.
   
   Ils font partie d'une communauté encore préservée, on devine la ville de l'autre côté, polluée et inhospitalière. Chez eux, la nature est encore présente même si elle est trafiquée. On y voit des cochons roses translucides et amphibies "à cette époque les éleveurs ravis ont fini par trouver la combinaison de gènes idéale qui rend leurs bêtes à la fois amphibies, fluorescentes, autorégénérantes à vie et résistantes aux maladies. Désormais, il leur suffit d'une famille de cochons transgéniques pour exploiter leur viande, par morceaux, à l'infini."
   
   Je n'ai pas envie de trop en raconter, le roman est court et il vaut d'être découvert dans son intégralité, il a un charme fou. Les personnages sont originaux, à commencer par "petite boîte d'os" amoureuse du vieux Joseph, revenu au village après le grand déluge. Un amour magnifique et marginal. Gravitent autour d'eux Fabrice, le frère de "petite boîte d'os", le père pasteur et la mère, Knut leur enfant unique, la meilleure amie Blanche. Une menace plane autour de la petite communauté.
   
   "Si tous les icebergs du monde fondent, l'eau du lac mordra la terre, l'herbe et les joncs, elle escaladera les collines et noiera notre jardin potager, les routes de planches, les poteaux, les traverses. Un jour, toutes nos maisons remontées au plus haut seront tout de même inondées, nous serons obligés de nous réfugier sur leurs toits d'herbe, encordés".
   

   Il est difficile de rendre compte d'un (premier) roman aussi atypique, vous devrez me croire sur parole si je vous dis que c'est un bonheur de lecture, pleine de trouvailles réjouissantes ou inquiétantes, c'est selon ..
   
   "J'écris mes premiers poèmes sous un saule, au bord du lac. Ses longues branches touchent l'eau tout autour de moi, sa tente vert lumière me protège. Crayon sorti de ma poche, cahier secret sur mes genoux, chuchotement de la mine. Quand j'écris, une vague d'émotions me traverse, je me sens intensément vivante, et le fantôme de Joséphine March s'assied à mes côtés, ou bien le petit cavalier malade, pour m'encourager."

   ↓

critique par Aifelle




* * *



Passé tragique => futur encore pire
Note :

   Je croyais l’avoir choisi tout à fait par hasard, ce petit livre dont j’aurais parié n’avoir jamais entendu parler. Erreur! J’ai sans doute lu la chronique d’Aifelle sans le noter. Cependant, tout le bien qu’elle en a dit m’aura suffisamment influencée pour ne pas hésiter à le mettre dans mon panier dès que je l’ai aperçu.
   
   Il a un succès fou, ce récit… à part quelques exceptions - dont je fais partie hélas - et je dois reconnaître que ce genre de textes n’est pas fait pour moi pour plusieurs raisons dont il faut que je tienne compte si possible désormais.
   
   D’abord pour rappel, un petit résumé:
   
   Au bord d’un lac du grand Nord vivent des villageois, du genre rescapés d’un passé tragique, avec en perspective un futur encore pire, type fin du monde. La nature est belle mais menacée et menaçante. Le lac est plein de cercueils et de cochons étranges et fluorescents. Les habitations sont inexorablement condamnées par la montée des eaux Ailleurs, au delà, c’est encore pire, en plus fou et plus moderne et le village est considéré comme exemplaire. C’est dire la situation angoissante de ce monde!
   
   Seul rayon d’espoir et de soleil: la "Petite boîte d’os", la fille du Pasteur, qui se marie avec le vieux Joseph, à la réputation de cannibale. Elle est parfaite et elle, je l’ai aimée. C’est uniquement sa présence et le besoin de savoir si elle allait se sortir de ce chaos qui m’a fait terminer ma lecture.
   
   Bon, alors qu’est-ce qui n’allait pas?
   
   D’abord, je n’aime pas les romans trop courts qui sont de plus en plus nombreux et que je prends par paresse et intérêt de blogueuse n’ayant rien d’autres à chroniquer pendant plusieurs jours quand elle lit un roman de 300 pages. Je triche en somme avec mes propres goûts! Un roman, ça doit être long, le temps de bien s’installer sinon ça reste un récit, un conte comme ici. Je reste alors toujours sur ma faim!
   
   Ensuite, je m’aperçois de plus en plus nettement que autant j’aime la poésie, autant je me sens rebutée par ce qui se pare d’un petit côté onirique qui commence par me gêner et qui finit, comme ici, par m’agacer.
   
   Enfin, et ceci terminera ce billet de bien mauvaise foi et de très méchante humeur: je déteste les histoires post apocalyptiques qui pullulent en ce moment. "La route" de Cormac McCarthy m’a achevée - pour ne parler que de celui-là. Je n’ai pas pu le finir. Je me suis promis de ne plus m’infliger une pareille angoisse. La vie au quotidien me suffit bien assez pour ça! Je lis pour me divertir, me sortir de la peine de vivre. Finis pour moi désormais les excès de violence, d’horreur, de laideur, de méchanceté etc. Je retourne au Peace and Love!

critique par Mango




* * *