Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Faillir être flingué de Céline Minard

Céline Minard
  Le dernier monde
  Olimpia
  So long, Luise
  Bastard Battle
  Faillir être flingué
  Le grand jeu

Céline Minard est un écrivain français née à Rouen en 1969.

Faillir être flingué - Céline Minard

V'la qu'je lis des westerns maintenant !
Note :

   Rentrée littéraire 2013
   
   Prix du style 2013
   Prix du Livre Inter 2014

   
   Si on m'avait dit, il y a encore peu de temps que j'allais dévorer un western et m'en régaler, j'aurais bien ri. Je crois que cela me semblait à peu près impossible. J'ai entamé celui-ci parce que j'en avais entendu parler lors d'une discussion sur les publications de la rentrée littéraire. Je ne le cherchais pas de façon particulièrement urgente, bien que ce qu'on en avait dit ait déjà éveillé ma curiosité , mais voilà que les circonstances me l'ont pratiquement mis dans la main. Vous savez comment c'est dans ces cas-là, on lit une ligne, on lit une page, on en lit cent et on finit le bouquin. C'est à peu près ce qui s'est passé.
   
   Me voilà donc au Far-West, entourée de cow-boys et d'Indiens, et même de Chinois, toute une population aux conditions de vie plus que précaires, et pourtant des gens aussi gonflés d'espoir et d'appétit de vivre que méfiants. Et que vont-ils donc faire des maigres atouts qui sont les leurs dans cette partie si rude?
   
   Céline Minard affiche une parfaite maîtrise de son art qui n'utilise jamais les voies de la facilité. Nous passons toute une première partie de l'ouvrage à découvrir les différents personnages qui l'animeront (et ils sont assez nombreux) chacun est fort et intéressant (première grosse qualité du récit) et chacun se trouve dans une situation qui retient l'attention. Ce sont des gens qui se trouvent dans l'Ouest américain à la fin du 19ème, dans l'espoir de se faire une situation car ils n'ont rien, ou pas grand chose, en dehors de leur courage et de leur volonté qui ne sont pas négligeables. Plus tard dans le livre, ils se rencontreront. Il y a des "bons" et des "méchants", mais contrairement à un des poncifs (peu vraisemblable d'ailleurs) des films de série B, les Bons ne sont pas d'inoffensifs personnages un peu mous qui savent juste faire pousser des céréales et des enfants. S'ils ont survécu jusque là et ont pu s'installer sur ce territoire jusqu'alors sauvage, c'est bien qu'ils sont aussi coriaces que les Méchants qui les menacent. La lutte sera rude et impitoyable, ici,"on n'était pas dans un état de droit" et le héros, "n'ayant rien à perdre, fut prêt à tout gagner largement."
   
   L'auteur ne lésine pas sur les scènes d'anthologie qui réjouissent le lecteur ou l'impressionnent, et lui restent longtemps en mémoire. Ajoutez à cela la psychologie si juste des personnages et leurs qualités humaines, les innombrables rebondissements agencés sur une structure impeccable, les mille moments d'angoisse ou de jubilation, le tout porté par une belle écriture qui sonne juste... Je me suis sentie une lectrice gâtée, comblée!
   
   Céline Minard a écrit des romans de science-fiction, des romans historiques du Moyen-Age ou de la Renaissance, et d'autres types de romans encore, et elle a tout fait bien. Elle sait tout faire. C’est cela, un écrivain. A mon sens du moins. Cela écrit (bien) des histoires que les gens ont plaisir à lire, qui les font trembler, rire, pleurer, réfléchir, espérer et craindre, voir leurs doutes les plus pessimistes se confirmer et leur fondamentale confiance en l'esprit humain aussi. L'écrivain ne nous parle pas de lui, mais du monde, et ne nous raconte pas qu'en ne nous parlant que de lui, ses parents, sa famille, son sexe, son dieu, ses angoisses puériles jamais surmontées, il veut nous parler de l'humanité. Non, non, il y va franchement, l'écrivain nous parle de fusées, de papes, de chevaliers, de cow-boys ; il nous doit des histoires, il nous donne des histoires, car l'homme reste toujours cet enfant que les contes aidaient à se construire et à quatre-vingts ans, il marche encore comme ça.
   
   Prouvant qu'elle pouvait tout écrire, C. Minard a prouvé que je pouvais prendre plaisir à toutes les bonnes lectures. Je m'en réjouis.
    ↓

critique par Sibylline




* * *



Tous au saloon !
Note :

   "Olimpia" et "Bastard Battle", avec leur écriture si particulière, m'ont donné envie de connaître le dernier roman de Céline Minard. Avec "Faillir être flingué", pas d'écriture aussi originale que dans ces deux titres, mais une étape supplémentaire dans son exploration des domaines littéraires. Après la Rome baroque et impie, après une fin de Moyen-Âge sinisé au kung-fu, voici la conquête de l'Ouest, la frontière, le western!
   
   Économisant au maximum les références géographiques — c'est la Plaine — et historiques plus encore — on se doute seulement que l'action se passe au XIXe siècle — l'auteure non plonge successivement dans la “wilderness” que parcourent ses aventuriers, et dans la “new town” où le saloon les attire comme un aimant avant d'y faire société. On imagine Céline Minard listant tous les clichés du western (ou presque) : cris des coyotes et des marmottes, vols de chevaux appaloosa, passage du gué —les McPherson ont failli être noyés par la rivière en crue—, attaque des Indiens, bagarre au saloon, attaque de diligence, Colt et parties de poker... Certains de ces lieux communs sont repoussés en marge (le chercheur d'or) ou juste gardés pour la fin (le shérif). Chaque personnage masculin a “failli être flingué” et plusieurs l'ont été — surtout vers l'apothéose qu'est la fin du roman. "– Tu as braqué une banque Zeb? – En quelque sorte"... Mais revenons au début.
   
   "Le chariot n'en finissait plus d'avancer"
 : c'est par cette phrase lapidaire que l'incipit nous fait rencontrer les premiers personnages : la grand-mère de Josh McPherson, Brad son père, Jeffrey son oncle et une gamine de rencontre : Xiao Niù, preuve que des Chinois aussi se sont aventurés dans l'Ouest sauvage. Le lecteur fera connaissance avec Zébulon —mais on ne saura qui il est vraiment qu'à la fin du roman— avec Bird, Elie, Gifford, et d'autres “poor lonesome cowboys” égarés dans la Plaine, campant à la belle étoile, prêts à tout pour récupérer cheval et bottes de cuir. Bien sûr, les Indiens ne sont pas loin! Et pittoresques ils sont. "Orage-Grondant était un vieux putois mais il avait un sens aigu de la fête" ; il sait accueillir les McPherson et leur grand-mère moribonde quand elle pousse le cri du coyote. Il baptise les Blancs qu'il reçoit : Brad est "Boules-de-cire" et Elie devient "Baguette-de-crin-noir". Faudra lire attentivement pour décrypter la pertinence de leur nom indien.
   
   La chamane Eau-qui-court-sur-la-plaine est une femme sans peuple. J'ai cru un instant qu'elle serait l'héroïne principale... Sa tribu a été fort malencontreusement exterminée par un précurseur de Médecins sans frontière, mais elle épargnera l'homme en le transformant en Indien après l'avoir soigné dans sa "hutte à sudation" : elle guérit d'ailleurs les bêtes aussi bien que les hommes! Réellement, ces Indiens sont charmants ; et s'ils coupent les oreilles de Quibble le trafiquant, faut avouer qu'il l'a bien mérité. Céline Minard ne nous fait pas le coup du bon Indien qui est l'Indien mort : la cavalerie n'est pas venue faire de massacre genre Wounded Knee. Ou alors pas maintenant. Une frontière qui ne dresse pas les communautés les unes contre les autres est encore possible. Les femmes y sont pour beaucoup à l'exemple de Niao Xiù qui évite de justesse le massacre des Jaunes : ils deviendront masseurs et blanchisseurs.
   
   À l'origine de la ville des pionniers il y a le saloon, principe premier de l'Ouest. Sally y règne, fumant la pipe, chaussée de bottes pour monter à cheval, danser le quadrille quand Arcadia joue du violoncelle, ou botter les fesses des ivrognes qui se sont trop attardés au bar. Sa carabine sous le comptoir, elle sert des tournées gratuites aux nouveaux venus. Pour fidéliser la clientèle —masculine et consentante— il y a les chambres à l'étage : encore faut-il que le cow-boy puisse grimper l'escalier après ses excès d'alcool pour aller à la rencontre de la Ventouse, de Gloria ou d'une autre. Le saloon semble exister avant tout le reste : les pionniers dorment d'abord sous des tentes ; petit à petit des boutiques sont construites et Josh brille sur les chantiers. De son côté, Zébulon innove avec l'importation des baignoires puisqu' "Il est exact que vous ne trouverez pas de baignoire à pieds de lion à l'étage" du saloon. Silas, le barbier, a trouvé la formule capitale : "La propreté, c'est la fin de l'aventure". Plus question pour le pionnier de se contenter de la rivière ou d'un seau d'eau froide ; dès qu'il est ouvert, l'établissement de bains “Au luxe rudimentaire” concurrence même le saloon! À la tête des deux établissements, Zeb et Sally jouent ainsi leur propre jeu de la séduction tout en contribuant diablement au boom économique. La ville-champignon (qui n'a encore ni croque-mort ni pasteur) voit s'installer d'autres corps de métier et s'ouvrir un bazar. Un jour pas si lointain, Boules-de-cire reviendrait du village d'Orage-Grondant avec "trois femmes qui allaient ouvrir le meilleur restaurant du Grand Ouest"...
   
   Malgré quelques longueurs vers le milieu de l'ouvrage, "Faillir être flingué" fera date. Après "Bastard Battle", "Olimpia" et "So long, Luise", Céline Minard s'affirme comme une romancière capable de se renouveler plutôt que d'écrire cent fois un même livre centré sur elle-même. "Faillir être flingué" n'est pas un “western spaghetti” bien qu'il soit souvent hilarant et jubilatoire ; ce n'est pas un pastiche comme "La disparition de Jim Sullivan" l'est pour “le grand roman américain”, mais plutôt une variation à la mode française — et presque un western féministe, écolo et multiculturel. Chapeau!
    ↓

critique par Mapero




* * *



Purement jubilatoire !
Note :

   "Il lui semblait parfois marcher pour dénouer ou atteindre en lui une place vide et douce, éloignée des courants, un apaisement."
   
   Qu'elle s'attaque à bras le corps au roman épique médiéval (Bastard batlle) ou au récit de science fiction (Le dernier monde), Céline Minard a le chic pour s'emparer d'un genre et se l’approprier. Dans "Faillir être flingué", c'est sur le western qu'elle a jeté son dévolu.
   
   J'en vois d'ici certain(e)s faire la grimace, mais oubliez tous vos préjugés sur ce genre et précipitez-vous sur "Faillir être flingué", un roman qu'on ne peut lâcher tant il est à la fois dense, fabuleusement écrit et fertile en rebondissements!
   
   La romancière y alterne scènes contemplatives, scènes de genre (l'arrivée en chariot, l'attaque de la diligence , le héros solitaire dans la ville en butte à ses ennemis...) pour mieux les dynamiter et leur insuffler fraîcheur et énergie. Elle y observe aussi la sédentarisation de ses personnages ainsi que "la propriété, sa nature et sa circulation problématique". En effet, au gré des aventures, les objets passent de mains en mains, de même qu'amitiés et inimitiés évoluent au fil du temps.
   
    Nous sommes en territoire connu, du moins le croyons nous, mais Céline Minard se plaît à nous mener où bon lui semble et c'est tant mieux! Purement jubilatoire!
    ↓

critique par Cathulu




* * *



Comme la rivière dans la prairie
Note :

    Genre: nouveau western
   
   Lieu: les plaines de l'Ouest
   
   Personnage principal: une multitude
   
   Cécile Minard parvient à nous faire revivre la conquête de l'Ouest grâce à une écriture brillante: épurée, poétique, masculine et féminine à la fois. Elle déploie tout un faisceau de vies à travers de nombreux personnages: le pionnier, le trappeur, le médecin, le cow-boy, la petite chinoise, la chamane, la fille du saloon, le barbier, les indiens... Leurs destins convergent tous vers une petite ville tout juste née et qui deviendra, pour bon nombre d'entre eux, le début ou la fin de tout.
   
   De nombreuses références jalonnent ce roman, je pense aussi bien à la littérature qu'au cinéma (Dorothy Johnson, Clint Eastwood, etc.) mais elles font si intimement partie du récit que l'on n'y pense jamais en se disant "tiens, l'auteur connaît ceci ou cela" (ce qui aurait été désagréable!). Non, le style est fluide et limpide, il coule comme la rivière dans la prairie!
   
   Une très belle histoire, puissante et subtile à la fois, hyper maîtrisée mais jamais trop. Je trouve qu'elle garde une fraîcheur qui m'a fait une forte impression, d'autant plus que je sortais à peine de la lecture d'un texte de Dorothy Johnson (un auteur qui écrivait quasiment au moment de la conquête de l'Ouest). Comment écrire aujourd'hui un texte qui ait l'air d'être "primitif", "d'origine", malgré les innombrables créations littéraires et cinématographiques sur ce sujet? Eh bien, je ne sais pas mais Cécile Minard y arrive, et de quelle façon!
    ↓

critique par Petit Sachem




* * *



Retour à Rio Bravo
Note :

   J’avoue j’ai toujours eu un faible pour les westerns, les bons évidement, mais moi que voulez-vous quand j’entends Dean Martin dans "Rio bravo" je fonds totalement et je peux rester collée à l’écran pour voir Redford Jeremiah avancer dans les neiges du grand ouest américain.
   
   Une faiblesse bien sûr mais qui ne m’a pas quittée, alors voyez un peu ma joie et mon excitation après les dix premières pages du roman de Céline Minard.
   
   Je fais acte de contrition, je râle fréquemment contre le peu d’imagination et de souffle des écrivains français, et bien là chapeau (de cow-boy) bas, Madame Minard.
   
   Bon je vous la fais courte car vous avez dû déjà lire cela dix fois.
   
   Nous voilà dans une grande plaine mais avec juste les montagnes à main droite, genre le Wyoming ou le Montana. Des migrants avancent péniblement, chariots, hommes et bêtes, bien portants et mourants, à quelques pas de là des indiens, des hommes en fuite, des voleurs, des grigous et d’autres au grand cœur. Pour faire bonne mesure il y a la quête de nourriture, la chasse, la recherche d’un abri pour la nuit, la traversée des rivières... Si vous êtes comme moi ces mots là ont dû faire apparaitre des images oubliées, de pistes suivies par les troupeaux, de campements sous la lune, de danger dans l’ombre.
   
   Allons un peu plus avant, une ville vient de se créer, sa quincaillerie, son saloon au piano mécanique, ses filles et la tenancière derrière le bar. Il y a le barbier qui fait la peau douce, et celui qui loue tout (ouais ça existait déjà).
   
   Que ce passe t-il lorsque les uns rencontrent les autres, des duels au pistolet? des verres de whisky échangés? ou des plaies recousues...
   
   Voilà je n’irai pas plus loin, si vous hésitez à lire ce livre, regardez "Règlement de compte à OK Corral" ou alors "Eldorado" et ouvrez le livre, vous y êtes...

critique par Dominique




* * *