Lecture / Ecriture
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Le bruit de tes pas de Valentina D'Urbano

Valentina D'Urbano
  Le bruit de tes pas
  Acquanera

Valentina D'Urbano est une illustratrice et écrivaine italienne née en 1985.

Le bruit de tes pas - Valentina D'Urbano

Les bruits du trépas
Note :

   Rentrée littéraire 2013
   
   
   Premier roman de cette jeune auteure italienne, une saga se déroulant sur une quinzaine d'années dans l'Italie contemporaine. Une banlieue qui pourrait se trouver n'importe où dans notre monde industriel dit "civilisé" avec son lot de plus en plus important de laissés pour compte.
   
   Une femme Béatrice assiste à l’enterrement d'Alfredo, "son jumeau", l'éloge funèbre dithyrambique qu'elle entend la rend folle. Non il n'était pas bon, personne ne l'aimait, et elle est bien placée pour le savoir. Leur relation fut fusionnelle!
   
   Revenons des années plus tôt, dans ce quartier sinistre, elle venant d'un milieu pauvre mais soudé, lui vivant avec ses deux frères sous la férule et les coups d'un père alcoolique et violent. Leur première rencontre fut sanglante, Alfredo venait de se faire tabasser par son père avec une violence inouïe! L'amitié entre deux enfants, leur complicité les amènera à ne plus se quitter, malgré une période où Béa fut jalouse de l'amour que portaient ses parents à celui qu'elle considérait comme un envahisseur. Si l'on voit l'un, on voit l'autre! Les années passent, l'innocence de l'enfance disparaît avec l'âge et les sentiments nouveaux qui apparaissent entre filles et garçons. Cela n'épargnera ni Béa, ni Alfredo, ni les autres protagonistes de ce livre en particulier Arianna, figure de jeune fille libérée multipliant les relations avec les garçons des environs, mais qui sera elle aussi victime de ses sentiments.
   
   Pour Béa et aussi pour les autres la seule solution est de quitter le quartier, mais financièrement le peuvent-t-ils...? Hélas le plus souvent la réponse est non! Et partout ailleurs ils sont rejetés, leur lieu de naissance et d'habitation leur ferme toutes les portes. "La Forteresse" porte bien son nom et est un piège où il est difficile d'entrer et presque impossible de sortir! Ou alors mort. Béatrice (Béa) a été habituée à se battre dans un environnement dur, elle se battra aussi pour Alfredo, mue par des sentiments étranges d'amour et de haine. Hélas pour elle, ce combat sera perdu!
   
   Alfredo aime beaucoup, beaucoup trop, même son père, chose que Béa ne comprend pas. Ses souffrances de jeunesse ont-elles eu un rôle dans sa déchéance? Triste vie!
   
   Leurs familles respectives : violente avec un père veuf, alcoolique et fou furieux, le chagrin n'excusant pas tout pour Alfredo et ses deux frères enfants martyrs! Pauvre, mais équilibrée, pleine d'amour et de compassion du côté de Béa. Les parents de cette dernière aideront Alfredo de leur mieux et lui éviteront sûrement une mort violente sous les coups de son géniteur.
   
   Marta amie croisée pendant un séjour de vacances, elles s'entendent bien malgré leurs différences de conditions, d'autres connaissances aussi dans "La Forteresse", tous ses jeunes traînent ensemble leur mal-être! Avec des conséquences désastreuses pour certains.
   
   Un environnement pas très poétique, le quartier est "La Forteresse", l'église "La Pagode" tout est gris couleur du béton omniprésent. L'ennui, la misère, l'alcool et la drogue sont le quotidien de la jeunesse.
   
   Un livre coup de poings au propre comme au figuré avec en filigrane cette question : comment un enfant peut-il s’épanouir dans ces circonstances entre tristesse, pauvreté et tentations en tous genres? Les plus faibles hélas n'y résistent pas et Alfredo fut de ceux-là. Béa a eu pour elle une famille ; chose qu'Alfredo n'eut malheureusement pas.
   
   Un très grand roman sur la misère du monde moderne.
   
   
   Extraits :
   
   - L'hiver à la Forteresse était insupportable. Dès le mois d'octobre, on commençait à se demander comment on éviterait de mourir d'ennui.
   
   - Je m'étais assise près de la vitre, regardant défiler une autre Italie. Une Italie pas si différente de celle où j'habitais.
   
   - Moi, j'avais le choix, je savais aussi que j'étais mignonne. J'étais contente de ne pas être comme lui.
   
   - Tout me paraissait encore plus laid et plus sordide qu'avant. Un instant, j'eus envie de repartir.
   
   - Mais moi, je faisais partie de lui, et l'instinct de conservation l'emporte toujours sur l'amour.
   
   - La faute au délabrement.
   C'est ce que raconta le journal télévisé du soir.
   
   - Délabrement. Voilà comment on nous décrivait de l'extérieur. Voilà ce que nous étions pour eux.
   

   
   Titre original :Il rumore dei tuoi passi (2012)

critique par Eireann Yvon




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