Lecture / Ecriture
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Les évaporés de Thomas B. Reverdy

Thomas B. Reverdy
  Les évaporés
  Il était une ville

Thomas B. Reverdy est un romancier français né en 1974.

Les évaporés - Thomas B. Reverdy

Un privé au Japon
Note :

   Rentrée littéraire 2013
   
   
   Kazehiro part de nuit en emportant 3 cartons et une valise. Il quitte son épouse qu'il n'a pas prévenue, en lui laissant un mot mais sans lui dire où il va. Il va disparaître ; il va devenir ce qu'on appelle au Japon, un "évaporé".
   
   Sa fille Yukiko aussi avait disparu quand elle était adolescente, puis on l'avait retrouvée et elle était repartie ensuite, mais de façon officielle, pour émigrer aux USA.
   
   Là-bas, elle a rencontré Richard B. directement inspiré de Richard Brautigan ou plutôt des personnages de ses romans et en particulier du détective de "Un privé à Babylone". Et ils ont eu une liaison maintenant terminée car elle l'estime invivable ; lui est toujours fou amoureux d'elle. C'est pourtant vers lui qu'elle se tourne quand elle apprend la disparition de son père car il est détective privé ("Lui prétendait qu'il était poète."). Elle l'emmène au Japon où il n'a jamais mis les pieds, pour qu'il enquête, mais leurs relations ne sont pas simples : "elle lui parle comme s'il n'était pas là" tandis que lui, en sa présence, "pose à son whisky toutes les questions qu'il n'ose pas lui poser à elle".
   
   Cette enquête et le regard que nous garderons en parallèle sur le périple de Kazehiro nous feront découvrir un Japon sinistre aux mains des yakusas, et qui plus est, le Japon de l'après tsunami et de l'après Fukushima, que je n'ai jamais aussi bien compris qu'en lisant ce livre. Je pensais m'embarquer dans un roman sur les raisons existentielles qui peuvent pousser quelqu'un à se couper de son passé et à disparaître (ce qui ne m’enthousiasmait guère d'ailleurs). Ce n'est pas cela du tout. Nous découvrons tout de suite que Kazehiro avait des raisons policières et non ontologiques de disparaître, tout comme les autres Evaporés que nous croiserons le seront pour des raisons matérielles et pragmatiques.
   
   Rendu vif et nerveux par une intrigue policière qui se tient bien et des chapitres très courts, le récit de Thomas B. Reverdy (pourquoi B.?) parvient à nous peindre une fresque du Japon actuel et cette peinture est terrible.
   
   Pour ma part, je ne suis pas absolument convaincue du bien fondé de l'introduction dans cette histoire de ce pauvre Brautigan, quel qu'ait été son intérêt pour le Japon, d'autant que cela pousse à la comparaison avec le Privé d'origine qui était bien plus déjanté et poétique que celui de M. Reverdy. Mais je reconnais qu'il y a ici un vrai projet littéraire et pas une simple lubie, et que de plus, il a été mené à bien de façon tout à fait sérieuse et convaincante. C'est pourquoi, je m'incline. Va pour Richard B.
   
   Plus que de la beauté de l'écriture, je vous parlerai des nombreuses petites phrases qui font mouche et que le lecteur retiendra. Je vous en livre quelques unes :
   "A choisir son conjoint comme on fait un entretien d'embauche, il ne faut pas s'étonner qu'il y ait des licenciements en cas de crise."
   
   "Tous les clichés du Japon sont vrais, même ceux qui se contredisent."
   
   "Il n'y a que les imbéciles qui s'ennuient."
   
   
Ma préférée : "L'avenir venait de prendre un sacré coup de vieux"
   
   
   Curieusement, dans sa postface, l'auteur indique "Je lui prête les traits de quelques uns de ses personnages, et ses pensées sont directement tirées de ses poèmes, en italique". Je dis curieusement car il me semble bien que plusieurs collages en italique sont également extraits du Privé à Babylone et de La pêche à la truite, et donc pas seulement des poèmes. Pourquoi préciser si on ne le fait pas de façon précise, justement?
   Pas bien grave d'ailleurs ; étrange, plutôt.
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critique par Sibylline




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Un formidable regard sur le Japon
Note :

   Poète à ses heures, Richard B. exerce la profession de détective privé. Mais ses affaires ne se portent pas au mieux. Avec l’avènement d’internet, les gens peuvent faire leurs recherches plus facilement, sans passer par l’aide de quelqu’un. Yukiko, son ex petite amie japonaise, l’appelle pourtant pour lui demander de retrouver son père, qui a disparu. Comme il ne peut rien lui refuser, les voilà partis au Japon où elle n’est pas retournée depuis de nombreuses années. Yukiko a en effet quitté son pays dix ans plus tôt, pour faire des études aux États-Unis. Et elle y est finalement restée pour y faire sa vie.
   
   Kazehiro, le père de Yukiko, est parti de chez lui une nuit, sans donner d’explication. Mais il faut savoir qu’au Japon, un adulte a légalement le droit de disparaitre et la police n’enquête pas sur les personnes qui s’en vont. On les appelle des johatsus et on évite de parler d’elles car cela porte malheur. Quand quelqu’un disparait, on dit simplement qu’il s’est évaporé et c’est plutôt mal vu, presque une honte pour la famille.
   
   J’ai tout de suite adhéré à ce récit surprenant, qui nous plonge dans l’univers japonais, que j’affectionne particulièrement. On pourrait d’ailleurs penser que ce roman a été écrit par un Japonais tant il fait penser aux romans nippons, avec leur part d’étrangeté et de mystère. De poésie aussi. L’auteur a passé quelques temps dans ce pays et c’est en s’immergeant dans la culture nippone qu’il a pu écrire ce livre. Il est à la fois un récit policier, dans lequel nous suivons les recherches de Yukiko et de Richard, mais aussi la fugue de Kaze. Le lecteur sait qu’il est parti mais ce n’est qu’à la fin du roman que nous apprendrons pourquoi. C’est aussi une histoire d’amour, l’amour de Richard pour Yukiko. C’est enfin un roman qui nous plonge dans l’univers japonais, nous découvrons les johastu -dont j’ignorais pour ma part l’existence – mais l’auteur revient aussi sur Fukushima et la catastrophe naturelle de Yohoku, ainsi que sur les yakuzas.
   
   Malgré des thèmes délicats, il nous offre un très beau roman, habilement construit, avec une écriture fluide et sensible. Un auteur que je ne connaissais pas et qui mérite d’être découvert avec ce cinquième roman, en lice pour le Goncourt 2013.
    ↓

critique par Éléonore W.




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Mes abandons...
Note :

   Vous ne verrez pas souvent la rubrique "Abandons"chez moi, j'abandonne rarement un livre, j'insiste, je m'obstine, persuadée que je vais finir par y trouver quelque chose, fut-ce dans les dernières pages. Là, je jette l'éponge, je m'ennuie de plus en plus et je ne m'y attendais pas.
   Il y a eu suffisamment de billets sur ce roman de rentrée pour que vous sachiez que l'on appelle "évaporés" les personnes qui disparaissent volontairement au Japon. C'est toléré par la société, on ne les recherche pas. Ici, c'est Kaze, un cadre zélé qui disparaît du jour au lendemain suite à un licenciement dont il n'a pas parlé à sa famille.
   
   L'histoire est racontée par quatre personnes, Kaze lui-même, sa fille Yukiko, qui vit à San Francisco depuis 10 ans et revient au Japon soutenir sa mère. Richard, son ex-petit ami, poète et détective privé l'accompagne, prenant le risque de retomber amoureux d'elle et d'en être encore plus malheureux. Et enfin Akainu, un jeune garçon de 14 ans, en fuite parce qu'il a été témoin d'un crime, vivant d'expédients au jour le jour.
   
   Je ne peux en dire beaucoup plus puisque j'arrête à la page 100, je ne m'attache à aucun des personnages, c'est là que le bât blesse, rien ne me fait vibrer chez eux, sauf Akainu peut-être. Il y a des longueurs et des digressions, l'histoire est trop dispersée. Bref, la rencontre ne se fait pas. C'est dommage, tout ce qui a trait au Japon m'aurait intéressée, mais ça ne suffit pas.
   
   N'en restez pas à mon avis, d'autres sont positifs.
    ↓

critique par Aifelle




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Sensibilité et poésie
Note :

    Thomas B. Reverdy, connaît bien le Japon et il sait en parler ou plutôt il l'écrit bien.
   
    L'histoire ou plutôt les histoires se déroulent un an après le tsunami dévastateur et la catastrophe nucléaire de Fukushima qui a suivi.
   
    L'auteur avec talent utilise ces faits réels et les juxtapose avec une fiction remarquable. Les descriptions faites de la zone ravagée appelée "la décharge" ou de la visite de la ville de Kyoto haut lieu de l'immuable culture japonaise ou des bas fonds de Tokyo dans le quartier de San'ya donnent au récit un bouleversant témoignage de la réalité actuelle. Essai, roman, poésie, il y a tout ça dans cette écriture magnifique.
   
    Quatre personnages vont alterner dans un récit rythmé et rapide, nous entraînant dans une fuite chacune différente.
   
    Rendant hommage au poète américain Richard Brautigan, passionné du Japon lui aussi, l'auteur nous raconte un roman japonais. Sombre et mystérieux, il nous fait découvrir un monde extrême, oriental et désenchanté.
   
    Yykiko vit en Californie, elle a quitté le Japon il y a 15 ans y laissant ses parents. Aujourd'hui elle apprend que son père a disparu sans laisser d'adresse ni d'explication. Accompagnée d'un ex petit ami américain, détective et poète à ses heures, elle retourne dans son pays pour essayer de découvrir la vérité et retrouver son père.
   
    Le père, surnommé désormais Kaze, suite à son licenciement déménage une nuit, et disparaît. Il veut comprendre pourquoi son patron, satisfait de ses services, l'a pourtant congédié avec menaces.
   
    Sur sa route, il croise, un jeune garçon Akainu errant lui aussi, témoin d'un meurtre sordide effectué par la mafia, il est obligé de fuir.
   
    De plus en plus de gens disparaissent au Japon sans laisser de trace. La police ne les recherche pas, on les appelle les Evaporés. Nom mystérieux pour une fuite préférée au suicide, qui entraîne le déshonneur sur la famille et l'impossibilité d'un retour. Les évaporés redémarrent une autre vie ailleurs. La cause est souvent des dettes, des licenciements, une autre femme, une envie d'ailleurs.
   
    Chaque personnage raconte son histoire douloureuse, l'absence qui fait mal, les traumatismes d'une vie et la reconstruction difficile.
   
    Ce roman est étonnant par sa sensibilité et sa poésie, par la maîtrise de la phrase donnant à une description réelle des dimensions de songe ou de vision.
   
    Un seul bémol, je trouve, le personnage du détective et poète américain un peu trop caricatural dans son alcoolisme et ses lamentations amoureuses.
    ↓

critique par Marie de La page déchirée




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Un monde si différent !
Note :

   J'ai beaucoup aimé ce roman qui évoque le Japon de toujours avec ses qualités et ses défauts: la douceur de vivre mais aussi l'omniprésence des Yakuzas, cette mafia qui gangrène et contrôle la société industrielle.
   
   Cependant l'histoire se déroule dans le Japon d'aujourd'hui, celui d'après la grande tragédie: celle de Fukushima. Il y est question de fuite en avant, de disparition mystérieuse, d'enquête et de course poursuite d'une fille pour retrouver son père "évaporé" un soir sans plus donner aucun signe de vie.
   
   Kaze était un père affectueux, un mari aimant et un cadre de banque très estimé mais qui venait d'être congédié par ses supérieurs pour avoir eu connaissance des agissements des Yakuzas au sein de son entreprise. Selon la loi japonaise, un adulte qui décide de disparaître ainsi brusquement n'est jamais recherché. On considère que c'est sa liberté.
   
   Appelée par sa mère désespérée, Yukiko revient de Californie où elle travaille avec Richard, son détective amoureux.
   
   Les recherches seront longues et vaines très longtemps et on ne peut que craindre le pire jusqu'au moment où le récit prend un ton nouveau avec un genre d'espoir tout à fait inattendu grâce à la rencontre d'un très jeune survivant du tsunami et des jours catastrophiques qui l'ont suivi. On est alors comme dans un autre monde avec les réfugiés du camp de Sendaï. On espère on tremble, on cherche, on s'attriste avec les personnages. On réalise que tous sont en fuite à leur manière et nous peut-être aussi, comme eux et avec eux. C'est un livre très riche, qui m'a emportée très loin dans cette aventure et ce pays si proche et pourtant si différent! Un très joli moment!

critique par Mango




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