Lecture / Ecriture
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7 femmes de Lydie Salvayre

Lydie Salvayre
  La méthode Mila
  Passage à l’ennemie
  Portrait de l'écrivain en animal domestique
  La puissance des mouches
  7 femmes
  BW
  Pas pleurer
  La conférence de Cintegabelle
  Les belles âmes
  La déclaration
  La compagnie des spectres

Lydie Salvayre est une écrivaine française née en 1948. Elle exerça la psychiatrie pendant plusieurs années, avant de vivre de sa plume.
Elle a obtenu
Le Prix Novembre en 1997 pour "La Compagnie des spectres"
Le Prix François Billetdoux en 2010 pour "BW"
Le prix Goncourt en 2014 pour "Pas pleurer"


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

7 femmes - Lydie Salvayre

Mères courage de la littérature
Note :

   Lydie Salvayre nous propose sept portraits dans cet ouvrage tout subjectif issu de ses lectures et de ses admirations. De ces 7 femmes, j’avoue n’en connaître que 4 (Emily Brontë, Colette, Virginia Woolf et Sylvia Plath) que j’apprécie pour diverses raisons. Les 3 autres - Djuna Barnes, Marina Tsvetaeva et Ingeborg Bachmann - je n’en avais jamais entendu parler. A ma grande honte puisque, outre l’admiration que leur porte Mme Salvayre, ce sont des écrivaines qui ont lutté toute leur vie pour un semblant de reconnaissance de leurs écrits.
   
   "Sept allumées" dit le quatrième de couverture. Et l’on n’est pas déçu question allumage! A commencer par la première, Emily Brontë, qui, si sa sœur Charlotte n’avait pas découvert le roman qu’elle écrivait (Wuthering Heights-Les Hauts de Hurlevent), l’aurait jalousement gardé par devers elle. Les colères enflammées d’Emily, qui ne pouvait supporter de rester trop loin de Haworth et de ses landes désolées, sont légendaires. C’est un peu son Heathcliff au féminin. Emily Brontë, du fin fond de son Yorkshire natal, nous dit Lydie Salvayre, nous donne "une leçon de ténèbres" en plongeant dans les grandes profondeurs du sentiment humain, de la passion absolue et dévorante.
   
   Djuna Barnes traverse le Paris des années 1920 comme une comète et croise les expatriés de la "Lost Generation" (Hemingway, Fitzgerald, Gertrude Stein, Joyce, et toute la clique…) a droit aussi à une mention spéciale puisqu’elle ne se départit jamais de son franc-parler, de ses manières rudes et, quel bonheur quand je l’ai appris- elle m’était déjà sympathique – détestait Edith Wharton et ses écrits sur la bourgeoisie et qui "s’offusquait", paraît-il "des déviances sexuelles" exprimées par Proust. Gloire à elle!
   
   Sylvia Plath qui ne réussit jamais à trouver le compromis entre la maternité, le mariage et la poésie et qui avait un problème à régler avec son père allemand, chargé par elle de supporter tous les crimes de l’Holocauste ("Daddy") tout comme Ingeborg Bachmann dont le père était engagé chez les nazis et qui était amoureuse d’un juif. Elle brosse d’ailleurs un portrait sans concession de son Autriche natale.
   
   Virginia Woolf, issue de la bourgeoisie lettrée de Londres alterne entre périodes euphoriques et créatives et moments de déprime profonde. Elle règle le problème au fond de l’Ouse, rivière du nord- est de l’Angleterre, célébrée il y quelques années par Graham Swift.
   
   Colette qui choqua par sa liberté de mœurs passe souvent à présent pour une réactionnaire mais se donne toute entière dans le magnifique, "la naissance du jour".
   
   Marina Tsvetaeva, encore une "pure" qui ne se laissa jamais corrompre par le stalinisme ambiant malgré l’acceptation voire la capitulation de Boris Pasternak, son grand ami (amoureux) épistolaire.
   
   Sans la prétention d’être un ouvrage de littérature pas plus qu’un essai, on notera ce livre comme une série d’impressions personnelles de l’auteure qui intervient souvent pour donner au lecteur la piste qui l’a conduite vers ces écrivaines et poétesses, les circonstances, l’âge et c’est très rafraîchissant. Par exemple, elle rêve au grand amour au fond de son pensionnat de jeunes filles et se prend pour Heathcliff. Tout se lit agréablement. On passe facilement d’un univers à l’autre, des Etats-Unis à la France en passant par la Russie, l’Autriche et la vieille Angleterre avec des arrière-plans politiques souvent lourds et liberticides. D’où leur lutte.
   
   Lydie Salvayre nous montre que nous sommes tous égaux devant la littérature pourtant accouchée dans la douleur par ces femmes d’exception. En tout cas, elle nous donne envie de lire celles que l’on ne connaissait pas et c’est déjà beaucoup. On lui dit "merci" en refermant le livre.
    ↓

critique par Mouton Noir




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Leur prolongement en moi
Note :

   Qui sont les 7 femmes en question?
   Emily Brontë, (1818/1848) (30 ans de vie)
   Marina Tsvetaeva, (1892/1941) (+ 49 ans)
   Virginia Woolf, (1882/1941) (+ 59 ans)
   Colette, (1873/1954) (+ 81 ans)
   Sylvia Plath, (1932/1963) (+ 31 ans)
   Ingeborg Bachmann, (1926/1973) (+ 47 ans)
   Djuna Barnes. (1892/1982) (90 ans)
   
   J’ai beaucoup aimé me plonger dans cet essai de Lydie Savayre dont j’ai déjà lu et apprécié un autre de ses livres: BW sur son compagnon éditeur.
   
   Cette fois, c’est sur la vie et l’œuvre de sept femmes qu’elle s’est penchée, des romancières, des poètes, des femmes passionnées, ayant consacré leur vie à l’écriture et à la littérature, à une vie supérieure, créatrice, mystique.
   "Sept folles.
   Pour qui vivre ne suffit pas. (…)
   Qui suivent aveuglément un appel. (…)
   Sept allumées pour qui écrire est toute la vie. (…)
   Sept insensées. (…)
   Sept imprudentes
    Pour qui la vie ne consiste pas à faire une petite promenade touristique du côté de la littérature et puis, hop, retour à la vraie vie, comme on l’appelle.
   Pour qui l’œuvre n’est pas un supplément d’existence.
   Pour qui l’œuvre est l’existence. Ni plus ni moins. (…)
   Sept folles, je vous dis."
   

   Tel le début, telle la suite! Un mélange de biographies de ces sept femmes dont la vie n’est que passion et douleur jusqu’à l’extrême, choisies par Lydie Salvayre comme pour s’identifier à elles et une réflexion plus intime, dans un style plus familier.
   "J’en ressors l’esprit malmené, bousculé, comme ces linges qu’on essore – la lecture a de ces violences.
    Car je ne peux esquiver le parallèle qui se forme en moi – la lecture a de ces retours - …"
   

   J’aime quand les livres ont leur prolongement en moi et dans ma vie aussi. Cette fois, nul doute que je chercherai à lire d’autres œuvres de ces 7 femmes, en commençant de préférence par celles que je ne connaissais pas très bien encore ou même pas du tout: Marina Tsvetaeva, Ingeborg Bachmann, Djuna Barnes.
    ↓

critique par Mango




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Sept allumées des mots
Note :

   Livre d’une femme dédié à 7 autres femmes.
   
   Parmi elles des grands noms de la littérature, que l’on connait que l’on a lu et puis d’autres nettement moins présents dans les bibliothèques et sur les blogs.
   
   Je vous livre la liste :
   
   Deux anglaises sur lesquelles je vais passer vite car on sait tout ou presque d’elles : Emily Brontë et Virginia Woolf. Sylvia Plath que j’ai eu le plaisir de croiser dans "La femme du braconnier", Colette l’incontournable et puis des femmes nettement plus discrètes, dont la notoriété est parfois à éclipse ou dont l’œuvre est d’un accès plus abrupte : Marina Tsvetaeva, Ingeborg Bachmann, Djuna Barnes.
   
   Lydie Salvayre a choisi de prendre le contre-pied de Proust et de nous dévoiler pour chacune ce qui les a fait vivre, ce qui les a enflammé, ce qui les a délivré ou plongé dans l’angoisse.
   
   Sept allumées de littérature et de poésie qui traversent leur siècle en brandissant haut leur talent, en menant parfois des combats perdus d’avance sans jamais faiblir.
   
   L’auteur avoue s’être penchée sur ces destins de femmes alors qu’elle même était en souffrance "Je traversais une période sombre. Le goût d’écrire m’avait quitté."
   
   Elle a choisi uniquement des écrivains qui avaient compté pour elle et qui " ont en commun d’avoir choisi de vivre comme elles l’entendaient, avec une force, un courage extraordinaires, si l’on considère l’époque où elles écrivaient".
   Ce sont 7 leçons que nous donne Lydie Salvayre avec ces femmes pour qui écrire était plus important que la réputation, que l’amour parfois, que la vie même.
   
   J’ai aimé ces portraits même si certains d’entre eux étaient déjà des figures connues, j’ai aimé retrouver pour chacune le combat mené, la rage d’écrire.
   
   Les portraits sont un peu inégaux mais tous sont intéressants.
   
   Celui qui à mon sens est le plus réussi est celui de Marina Tsvetaeva, Marina l’intrépide, Marina la rebelle; la correspondante enfiévrée de Rilke et de Pasternak dont Lydie Salvayre fait un portrait éblouissan

critique par Dominique




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