Lecture / Ecriture
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Il pleuvait des oiseaux de Jocelyne Saucier

Jocelyne Saucier
  Il pleuvait des oiseaux
  Les Héritiers de la mine

Jocelyne Saucier est une romancière québécoise née au Nouveau-Brunswick en 1948.

Il pleuvait des oiseaux - Jocelyne Saucier

Troisième âge
Note :

   Rentrée littéraire 2013
   
   
   "Ils s'amusaient d'être devenus si vieux, oubliés de tous, libres d'eux-mêmes. Ils avaient le sentiment d'avoir brouillé les pistes derrière eux."
   

   Enquêtant sur un survivant mythique des grands feux ayant ravagé la région québécoise du Téminscamingue, une photographe découvre, au milieu des bois, une petite communauté de vieux briscards. Ils ont laissé leur vie derrière eux et s'en sont offert une deuxième, au cœur de la nature.
   Mais la vie de ces ermites, bravaches et frondeurs, va être bouleversée le jour où une très fragile vieille dame va venir se réfugier dans les bois...
   Quelle délicatesse dans l'écriture et dans la manière dont cette histoire est racontée! Quelle sensibilité aussi! Il y a quelque chose de régénérant dans ce roman qui nous présente des personnages qui, vaille que vaille ont su, malgré les extrêmes difficultés qu'ils ont connues, s'arranger de la vie et tout voir avec une extrême acuité. Ni pathos, ni angélisme dans ce roman où la mort fait bien évidemment partie du parcours. L'écriture, extrêmement visuelle, nous rend présents le paysage et la fureur de ces incendies apocalyptiques dont je n’avais jamais entendu parler . Une découverte difficilement oubliable et un vrai coup de cœur!
   
   203 pages qui résonnent longtemps en nous.
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critique par Cathulu




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Vieux ? Et alors?
Note :

   "Ted était un être brisé, Charlie un amoureux de la nature et Tom avait vécu tout ce qu'il est permis de vivre. Une journée après l'autre, ils ont vieilli ensemble,ils ont atteint le grand âge. Ils avaient laissé derrière eux une vie sur laquelle ils avaient fermé la porte. Aucune envie d'y revenir, aucune autre envie que se lever le matin avec le sentiment d'avoir une journée bien à eux et personne qui trouve à y redire".
   

   Je cherchais une belle histoire pour me sortir des précédentes horreurs nazies, j'ai été servie avec ce délicieux conte au fin fond de la forêt canadienne, où trois grands vieillards jouent les transfuges de la société.
   
   D'abord il y a la langue, poétique, le lieu qui ne l'est pas moins malgré sa précarité. Une cabane pour chacun, des fourrures qui peuvent se faire accueillantes à ceux qui osent s'aventurer jusque là, la liberté au cœur de la nature, voilà qui fait vibrer des cordes sensibles.
   
   Une photographe va venir troubler la paix du lieu, elle cherche un témoin des Grands Feux qui ont ravagé le nord de l'Ontario au début du XXe siècle et ce témoin serait Ted. Seulement il vient de passer de vie à trépas... Je vais en rester là pour laisser le plaisir de la découverte aux futurs lecteurs.
   
   Sachez seulement que vous croiserez aussi Steve, hôtelier d'un genre spécial, Bruno qui vient ravitailler régulièrement les trois vieux et qui sera la cause d'un bouleversement total dans leur vie en amenant une petite vieille appelée Marie Desneige qui va leur montrer que l'on peut commencer sa vie à tout âge et c'est un régal de suivre tout ce petit monde, jusqu'à un dénouement sur lequel je n'ai rien à dire, tout est bien, j'ai aimé que l'auteur m'emmène où elle voulait.
   
   "Ses cheveux, d'abord ses cheveux, c'est ce que j'ai vu en premier, un ébouriffement de cheveux blancs au-dessus du tableau de bord, des cheveux tellement vaporeux, on aurait dit de la lumière, un éclaboussement de lumière blanche, et sous l'éclat des cheveux, deux yeux noirs effrayés. Elle était toute petite, tassée au fond de la banquette, je ne pouvais rien voir d'autre."

   
   J'ai appris un pan de l'histoire canadienne que je ne connaissais pas du tout, ces Grands Feux terrifiants qui ont fait un nombre considérable de victimes et dont le souvenir court tout au long de l'histoire et hante les survivants.
   
   En résumé un mélange savoureux, tendre, des êtres épris de liberté, une ode à la vie sauvage, à l'amour, dans une belle langue expressive, ne vous en privez pas.
   
   Ce roman a reçu plusieurs prix, dont le Prix France-Québec 2012.
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critique par Aifelle




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Les grands feux de l'Ontario en 1916
Note :

   "Il pleuvait des oiseaux", voilà un beau roman écrit par une romancière québécoise, Jocelyne Saucier, où l'on découvre les paysages de l'Ontario, d'immenses forêts où l'on peut encore se cacher voire se perdre et vivre proche de la nature.
   
   C'est ce qu'ont fait pour des raisons diverses Tom, Charlie et Boychuck, le peintre. Leur cabane respective est rustique, sale et sent le graillon, les corps sont mal lavés, les paroles rares, mais leur vie s'accommode bien du silence, de la solitude et de… la liberté! C'est alors qu'ils reçoivent la visite d'une photographe à la recherche de Boychuck l'un des survivants des Grands Feux de l'Ontario qui ont ravagé le pays au début du XXème siècle. Mais celui-ci vient de mourir. Puis l'arrivée de Marie des Neiges, une vieille femme, frêle et fragile, chamboule leur vie et y introduit poésie et délicatesse...
   
   L'histoire est racontée par plusieurs personnages, la photographe d'abord, puis Bruno et Steve, les rares amis des vieux exilés, qui les entraînent dans un trafic louche; puis la narratrice extérieure reprend la parole et c'est à travers tous ces points de vue que l'on découvre ce qu'ont été les grands Feux de l'Ontario en 1916, l'ampleur du désastre qui a marqué les esprits, les nombreuses victimes et les traumatismes des rescapés. A l'intérêt historique s'ajoute un style superbe. La catastrophe est décrite d'une manière évocatrice et prend le ton de l'épopée. La fuite de Boychuck à la recherche des siens au milieu de ces paysages ravagés est hallucinante.
   
   A côté de la grande Histoire, celle des personnages, est captivante. Je me suis intéressée à ces hommes ainsi qu'à leur rapport avec la nature et leur désir farouche de liberté. Et pour eux, la liberté est d'abord de choisir leur mort car "personne n'a envie d'un vie qui n'est plus la sienne."C'est ce qui donne le goût de vivre parce qu'on sait que l'on a le choix.". Un thème qui me touche beaucoup, une revendication de la liberté que je trouve très belle.
   
   Un récit où il est aussi question d'amitié et d'amour parce que les sentiments ont cours à tout âge.
   
   Un roman original, attachant, même si, petit bémol qui n'enlève rien au plaisir de la lecture, j'ai été un peu déçue par le dénouement.
   
   "La petite vieille était une survivante du Grand Feu de Matheson. Elle lui avait parlé d'un ciel noir comme la nuit et des oiseaux qui tombaient comme des mouches.
   Il pleuvait des oiseaux, lui avait-elle dit. Quand le vent s'est levé et qu'il a couvert le ciel d'un dôme de fumée noire, l'air s'est raréfié, c'était irrespirable de chaleur et de fumée, autant pour nous que pour les oiseaux et ils tombaient en pluie à nos pieds."

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critique par Claudialucia




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Le souffle des espaces libres canadiens
Note :

   "Quand le vent s'est levé et qu'il a couvert le ciel d'un dôme de fumée noire, l'air s'est raréfié, c'était irrespirable de chaleur et de fumée, autant pour nous que pour les oiseaux, et ils tombaient en pluie à nos pieds."
   
   C’est du grand incendie de Matheson, dans l’Ontario, dont il est question. Des grands incendies qui se sont déroulés dans les forêts canadiennes début XXème siècle.
   
   Une photographe, qui photographie les –dorénavant vieillards - rescapés s’est mise en tête de retrouver Boychuck, un témoin de cet incendie monstrueux. Après l’avoir pisté, elle doit s’enfoncer dans la forêt pour le rencontrer.
   
   Là, je pense que la perception d’un lecteur européen , français par exemple, ou belge, est différente de celle d’un lecteur canadien ou disons, nord-américain. C’est que nous, européens, n’avons pas idée de ce que peut être l’immensité des territoires "vierges", ou peu fréquentés, de ces beaux pays. Et je suis persuadé que cela influe sur le ressenti de la lecture – c’est vrai qu’à restituer ceci dans les espaces domestiqués de nos forêts européennes… !
   
   Notre photographe s’enfonce donc dans la forêt et trouve les voisins de Boychuck, Tom et Charlie, qui, méfiants, lui apprennent qu’il vient de mourir. Raté !
   
   Qu’à cela ne tienne, notre photographe se prend d’affection pour ces deux quasi-marginaux et fait peu à peu connaissance de leur petit monde ; quelques personnes tout au plus des environs (c’est grand "les environs" dans les forêts canadiennes !) qui leur permettent de tenir le coup en gérant leur "logistique". Et l’histoire que nous conte Jocelyne Saucier, centrée initialement sur les suites de ce gigantesque vieil incendie devient en fait une improbable et magnifique histoire d’amour entre deux octogénaires ; Marie-Desneige, en rupture de maison de retraite qui n’en peut plus d’enfermement, et Charlie.
   
   C’est très tendre, pudique, une espèce de plaidoyer contre le "politiquement – correct", tout ce petit monde, pour des raisons X ou Y, vit tout de même aux franges de la société, mais c’est justement parce qu’ils sont aux franges de notre société policée qu’ils peuvent vivre une belle histoire et mener une vie qui ait du sens.
   
   Un ouvrage très original qui donne envie de poursuivre la lecture de Jocelyne Saucier. Rafraîchissant.
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critique par Tistou




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Du rire aux larmes
Note :

   Il faut parfois traverser l’Atlantique pour trouver un roman comme on les aime. Un roman que l'on a envie d'offrir ou de prêter immédiatement.
   
   Ce roman est un vrai moment de plaisir et le reste jusqu’à la fin.
   
   Un lieu fait pour me plaire : la forêt un rien sauvage et des cabanes en rondins.
   
   Un fil rouge intelligent qui est déroulé par une photographe en quête de témoignages sur les incendies gigantesques qui ont au début du XXème siècle endeuillé le Québec.
   
   Des personnages attachants qui marchent un peu sur une corde raide mais que l’on a envie de voir finir la traversée de la vie ensemble.
   
   Pour terminer son enquête et trouvé un dernier témoin "qui avait survécu aux Grands Feux et qui avait fui sa vie dans la forêt", il se nomme Ed Boychuck, notre photographe rôde à la recherche d’un ermitage où Ed aurait pu se réfugier loin de la civilisation.
   
   Elle ne trouve pas Ed mais fait la connaissance de Charlie et Tom, Charlie le taiseux et Tom le gouailleur. Ils sont presque centenaires mais sont encore capables de couper leur bois et de faire marcher un alambic. Pour le reste motus et bouche cousue sur leurs raisons d’être là, sur leur passé. Ils ont choisi leur vie et bon sang de bois n’ont pas l’intention que quelqu’un s’en mêle!
   
   Ils ont un lien avec la civilisation, Bruno, qui n’est pas non plus le modèle du type bien sous tous rapports.
   
   Mais elle est têtue notre photographe et elle n’a qu’une envie c’est faire plus ample connaissance, et lorsque Bruno se retrouve avec une vieille tante elle aussi quasi centenaire sur les bras tout va basculer et s’accélérer. Je vous livre son nom : Marie Desneiges
   
   Je ne veux pas vous priver du plaisir de découvrir plus avant ces personnages qu’on voudrait bien avoir pour amis. Et puis il est normal de payer un peu de sa personne en maniant la hache, la canne à pêche, en touillant un repas pour tout ce monde là.
   
   Vous passerez du rire aux larmes bref vous serez en empathie totale avec eux.
   
   Un livre qui fait l’occasion belle pour se renseigner un peu sur les grands incendies qui ravagèrent les forêts du Québec, qui fait aussi s’interroger sur ce que l’on souhaite pour soi et pour les autres lorsque la vie se fait trop dure.
   
   Allez glissez vous sous une peau d’ours et à l’abri des tempêtes et ouvrez ce livre. Moi je fais un clin d’œil à Aifelle qui m'a poussée à la lecture.

critique par Dominique




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