Lecture / Ecriture
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Le Gang des Mégères inapprivoisées de Tom Sharpe

Tom Sharpe
  Wilt - 1
  La route sanglante du jardinier Blott
  Wilt - 5
  Le Gang des Mégères inapprivoisées

Tom Sharpe est un écrivain anglais né en 1928 et décédé en 2013. Il a écrit dans un registre humoristique.

Le Gang des Mégères inapprivoisées - Tom Sharpe

Dangereuse dynastie matriarcale
Note :

   Titre original : The Gropes
   
   
   De temps en temps, en ouvrant un roman, le lecteur innocent peut être amené à penser que vraiment, l'auteur est un peu fou. C'est ce qui m'est arrivé lorsque j'ai commencé à lire "Le Gang des Mégères Inapprivoisées" de Tom Sharpe... et j'ai été complètement conquise par le petit univers loufoque qui se mettait en place sous mes yeux!
   
   Avant de revenir au vif du sujet et à une histoire bien contemporaine, le narrateur prend le temps de préciser le contexte... pour le moins original! Nous découvrons ainsi l'histoire d'une dynastie, celle des Grope, qui vivent dans une espèce de ferme-forteresse gardée par deux taureaux se baladant en toute liberté sur la propriété.
   
   Nous voilà d'abord partis à l'époque des Vikings, avec l'arrivée d'un certain Awgard le Pâle, malade comme un chien lors de la traversée en mer. Mais laissons Tom Sharpe vous conter lui-même la naissance de la maison Grope.
   "Au lieu de violer quelques nonnes, comme c'était la règle, il se jeta aux pieds de la sœur servante, qu'il avait croisée dans le fournil et qui se demandait si elle avait envie ou non de se faire violer. Pas belle pour un sou et ayant déjà été laissée pour compte lors de deux précédents raids vikings, Ursula Grope fut ravie d'être choisie par le bel Awgard ; elle l'emmena loin de l'orgie dégoûtante qui se déroulait dans le couvent et le conduisit dans la vallée solitaire de Mosedale, à la cabane en tourbe dans laquelle elle était née. Le retour de sa fille, dont il espérait être débarrassé à jamais - et en compagnie de l'immense Awgard le Pâle -, terrifia si fort son simple porcher de père qu'il n'attendit pas de vérifier les intentions réelles du Viking et prit ses jambes à son cou. (...) Forte d'avoir épargné à Awgard les horreurs d'une traversée du retour, Ursula insista pour qu'il sauve son honneur de religieuse inviolée et fasse son devoir. C'est là, dit-on, l'origine de la maison Grope "(p 10).
   
   Les Grope ont créé leurs propres traditions, en rupture totale avec les codes d'une société très patriarcale. Les femmes sont chefs de famille et les maris sont choisis pour leur effacement et leur capacité à produire des filles. Les garçons sont rapidement écartés, envoyés en mer par exemple, ou confiés à l'Eglise pour pouvoir ensuite notamment procéder à des mariages plus ou moins douteux au sein de la famille. Certains garçons seraient tout simplement supprimés à la naissance. Quant aux maris, on se préoccupe peu de savoir s'ils sont consentants parfois. Certains sont défiés sur la place du village et contraints d'épouser la fille Grope qui a réussi à les terrasser ; d'autres sont plus simplement kidnappés. La réputation des Grope devenant de plus en plus sinistre avec les siècles, on se réjouit de l'arrivée du chemin de fer qui permet de trouver des mâles innocents facilement.
   
   Retour au présent. Le jeune Esmond Burnes vit avec ses parents, qui, appelons un chat un chat, en tiennent une sacrée couche! Sa mère vit dans un roman de Barbara Cartland, a choisi le prénom de son fils en fonction de ses lectures et raconte à tout le monde que c'est "un enfant de l'amour" sans réaliser qu'elle crie haut et fort que c'est un fils illégitime (ce qui n'est d'ailleurs pas le cas). Le père, banquier, très discret, se demande comment il a pu se décider à épouser sa femme et est tellement effaré par la ressemblance qu'il constate entre Esmond et lui qu'il finit par craquer suite à une soirée arrosée au pub et essaie d'attaquer son fils avec un couteau. Pour protéger son enfant de l'amour, Mrs Burnes demande à son frère mafieux de l'accueillir chez lui quelque temps. Sans se douter qu'une implacable mécanique vient de se mettre en marche et va bouleverser tout leur univers. C'est là qu'intervient une femme de la maison Grope. Je vous laisse imaginer la suite...
   
   J'ai adoré le principe de départ, cette dynastie matriarcale qui, dans son extrémisme, est forcément effrayante, mais qui s'amuse à prendre le contrepied de nombreux clichés de notre société avec beaucoup d'humour. Ces Grope sont assez terrifiantes mais il est plaisant d'imaginer cette dynastie vivant en marge de la société, avec ses propres règles, en quasi autarcie. La première partie mettant cette famille à l'honneur est très réussie, de même que la rencontre avec la famille Burnes, en apparence bien plus conventionnelle mais finalement non exempte de sérieux dysfonctionnements. Malheureusement, l'histoire prend un drôle de tour ensuite et perd un peu l'originalité qui faisait la force des premiers chapitres ; la fin est un brin décevante, un peu trop conventionnelle pour un récit si bien parti. Malgré tout, le roman se lit avec grand plaisir et mérite vraiment le détour pour les excellents premiers chapitres.
   
   J'avais déjà lu "La route sanglante du jardinier Blott", un autre roman de Tom Sharpe que j'avais adoré.

critique par Lou




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