Lecture / Ecriture
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L'échange des princesses de Chantal Thomas

Chantal Thomas
  Les adieux à la reine
  Le testament d’Olympe
  L'échange des princesses

Chantal Thomas est une écrivaine française, née en 1945. Historienne universitaire, elle est spécialiste du XVIIIe siècle.
Le Prix Femina lui a été attribué en 2002 pour son premier roman "Les Adieux à la reine".

L'échange des princesses - Chantal Thomas

Le sordide du pouvoir
Note :

   Rentrée littéraire 2013
   
   
   Peu après la mort de Louis XIV, le Régent Philippe d’Orléans prend un bain et la décision de marier le futur Louis XV alors âgé de 11 ans avec la petite infante Anna Maria Victoria fille du Roi d’Espagne ; afin que les deux pays persévèrent dans leur bonne entente, et surtout parce que l’infante n’a que 4 ans et ne risque pas d’avoir un héritier de sitôt. Or Philippe espère régner ; son neveu l’ayant toujours écarté du pouvoir et des grandes décisions. Pour que le marché soit équitable, il donnera sa plus jeune fille âgée de douze ans à l’héritier du trône d’Espagne Luis, encore adolescent.
   
   Le récit raconte l’histoire de cette transaction, le déroulement de ces mariages arrangés, en s’attachant aux destinées des deux princesses : la petite Marie Anne Victoire, venue d’Espagne avec ses poupées et sa nourrice, charmant toute la cour, en espérant toujours être aimée de Louis, et Louise-Elisabeth d’Orléans parachutée à la cour d’Espagne avec pour nouvelle famille une belle-mère tyrannique, un beau-père voyeur et un jeune époux niais et tremblant.
   
   Les portraits des deux fillettes, leur façon de s’accommoder (ou pas) de ce qu’on attend d’elles, sont saisissants de vérité. On découvre que l’on peut à la fois être une princesse et "un paquet de linge sale". Que la gloire et la déchéance peuvent survenir dans la prime enfance. Les seconds rôles sont nombreux et tous intéressants. On aime surtout la Princesse Palatine (Elisabeth Charlotte de Bavière) une femme vraiment exceptionnelle qui mériterait un roman pour elle seule. Un autre personnage écrivain, le Duc de Saint-Simon, n’a pas ici le beau rôle, il serait plutôt vu à travers ses ridicules.
   
   Réalisme cru, poésie et humour noir se mêlent avec bonheur dans ces descriptions des familles princières et de leurs intérêts : goût ou horreur du pouvoir, hypocrisies et flatteries, des travers que l’on connaît bien, mais si bien mis en scène, qu’on dévore ce roman intelligent et sensible d’une seule traite.
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critique par Jehanne




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Les grands mariages
Note :

   Après les déceptions, les réels plaisirs avec un récit historique qui se situe au XVIII ème siècle et met en scène deux fillettes qui vont servir de troc entre deux nations.
    
   Pour améliorer les relations franco-espagnoles et asseoir ses prétentions au trône de France, le Régent Philippe d’Orléans va proposer à la couronne d’Espagne, deux mariages pour le moins surprenants.
   On marie qui avec qui?
   Le futur Louis XV qui a tout juste 11 ans avec l’infante d’Espagne Anna Maria Victoria qui en a... 4, et comme il faut équilibrer les comptes le Régent projette de marier... sa propre fille Louise-Elisabeth, Melle de Montpensier, songez qu’elle au moins à l’âge du mariage, elle a 12 ans et son promis le prince des Asturies futur roi a, lui, l’âge canonique de 15 ans.
    
   Les deux royaumes sont tout à fait heureux à la pensée de ces deux unions. On organise et c’est le Duc de Saint Simon qui va être l’émissaire du Régent, il faut dire qu’il lorgne depuis longtemps sur un titre de Grand d’Espagne que lui conférera à coups sûr son rôle d’entremetteur.
    
   Il ne suffit pas de signer les contrats de mariage, il faut organiser  l’échange des princesses. Pendant des mois ces deux fillettes vont prendre la route et rouler l’une vers l’autre et vers leurs époux respectifs.
    
   Si la très jeune infante d’Espagne, après un voyage où elle a mille occasions de perdre la vie, s’habitue assez bien à la cour de France, c’est une petite poupée qui passe de mains en mains, qui séduit et s’amuse dans les jardins de Versailles.
   
   Il n’en est pas de même pour Melle de Montpensier qui vit elle, un cauchemar absolu. Son futur époux est laid, la cour lui fait grise mine, le palais de l’Escurial est sinistre et l’époque n’est pas très riante, la monarchie étant sous la coupe de la terrible Inquisition.
    
   Un récit totalement historique et totalement incroyable.
   
   J’avais lu avec plaisir "Les Adieux à la reine" et j’ai retrouvé ici le même plaisir. L’écriture est parfaite et s’accorde à merveille avec l’époque décrite. L’utilisation des lettres et journaux des différents protagonistes est faite avec habileté et sans jamais peser sur le récit.
   Chantal Thomas fait un tableau étonnant de la cour d’Espagne et peint parfaitement le Versailles de cette époque.
   La fin n’est pas une surprise car nous savons tous que Louis XV épousera finalement Marie Leczinska, mais le récit de cette échange extraordinaire garde toute sa force.

critique par Dominique




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