Lecture / Ecriture
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Il faut beaucoup aimer les hommes de Marie Darrieussecq

Marie Darrieussecq
  Il faut beaucoup aimer les hommes
  Etre ici est une splendeur
  Le bébé
  Notre vie dans les forêts

Marie Darrieussecq est une écrivaine et psychanalyste française née en 1969.

Il faut beaucoup aimer les hommes - Marie Darrieussecq

Parce que sinon, ce n’est pas possible
Note :

   Rentrée littéraire 2013
   
   Prix Médicis 2013
   
   
   "Il faut beaucoup aimer les hommes. Beaucoup, beaucoup. Beaucoup les aimer pour les aimer. Sans cela, ce n’est pas possible, on ne peut pas les supporter." (Marguerite Duras)
   Une femme rencontre un homme. Coup de foudre. L’homme est noir, la femme est blanche. Et alors? (4éme de couverture)

   
   Entre ces deux citations, le récit de la relation entre Solange - déjà personnage dans "Clèves", un roman de 2011, devenue actrice de second ordre à Hollywood, d'origine basque - et Kouhouesso Nwokam, beau Camerounais à dreadlocks et grand manteau dont l'obsession est d'adapter le roman de Conrad: "Au cœur des ténèbres" qu'il ira tourner au Congo avec mille difficultés, Solange à ses côtés, censée tenir un petit rôle.
   
   Pour elle, c’est une grande histoire d’amour, pour lui, ce n’est qu’un passe temps et quelques textos plus ou moins rassurants entre de longues plages de silence qui s’étirent de plus en plus. Elle ne pense qu’à lui, il ne songe qu’à son film.
   
   Le récit navigue entre Hollywood, avec Georges (Clooney), Steven (Soderberg), Vincent (Cassel) et bien d’autres acteurs célèbres, Paris et la Côte basque où vit le fils et la famille de Solange et surtout l’Afrique où se tourne le film, au Gabon, au Cameroun, avec des Pygmées ou plutôt des Bakas. Les difficultés s’enchaînent. Tout est lourd, lent, compliqué. On y rencontre les abikus, les enfants qui meurent à peine nés, les démons "qui entraient dans les corps et y faisaient des démoneries", les arbres qui parlent et "prennent le parti des sages" et on respecte les caprices coûteux des stars qui craignent les maladies.
   
   La relation entre la jeune actrice blanche et le réalisateur noir a-t-elle résisté à tant de déboires?
   
   Après le retour à Roissy, le récit s'achève et il faut les deux deniers chapitres de seulement quelques lignes chacun pour qu'on soit informé de ce qui s'est passé.
   Merci à Marie Darrieussecq d'avoir ainsi pris soin de ses lecteurs en leur proposant une fin en bonne et due forme.
   
   Si je n'ai pas été particulièrement captivée par cette histoire, le style de l'auteur en revanche m'a séduite: des phrases courtes, précises, ciselées qui m'agaçaient au début, en raison du rythme saccadé que cela donne à la lecture puis curieusement j'ai apprécié ensuite, comme si je lisais en accéléré, toujours un peu à bout de souffle, presque comme en lecture rapide. Ça tombe bien: l'histoire s'y prêtait.
   
   Le livre était retenu sur la première sélection pour le Goncourt et le Médicis. Il a disparu du Goncourt mais qu'en est-il du Médicis? Il est sur la liste de la deuxième sélection.
    ↓

critique par Mango




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Un énorme coup de cœur !
Note :

   "Les étranges et merveilleuses traces sur ma peau sont le signe que je n'ai pas rêvé-non le signe c'est l'entaille, l'attente, la route ouverte."
   

   Solange, actrice française installée à Los Angeles, rencontre un acteur dans une soirée. Cet homme, en dépit d'une description extrêmement fouillée, nous ne l'apprenons pas immédiatement, est noir. Et alors? comme se demande la quatrième de couverture. Et alors, cela ne va pas de soi et Solange va en faire l'expérience.
   
   Marie Darrieusecq place son roman sous l'égide de Marguerite Duras (par son titre, extrait d'une citation de l'auteure de L'amant) et effectivement on va retrouver ici certains des thèmes chers à Duras : les relations amoureuses interraciales, l'attente mais aussi la description de la Nature opiniâtre (la mer dans "Un barrage contre le Pacifique", la forêt africaine ici).
   
   Mais Marie Darrieusecq, si elle analyse finement tout ce qu'implique cette relation entre une femme blanche et un homme noir, met aussi en scène un créateur habité par une vision : il veut à toutes forces adapter au cinéma le roman de Conrad, "Au cœur des ténèbres" et le réaliser en Afrique, bien évidemment. S'en suit une description hallucinée du tournage où Solange devra lutter pour trouver sa place.
   
   L'écriture de Marie Darrieusecq est à la fois puissante et lumineuse. Elle sait aussi bien s'attacher aux détails, de superbes pages sur l'attente, que décrire la puissance inexorable de la nature africaine. Un roman souvent cruel mais où l'héroïne parvient toujours à conserver sa dignité.
   
   Un roman enthousiasmant, tout hérissé de marque-pages! Un énorme coup de cœur!
   
   
   Ps: Solange, adolescente, était déjà l'héroïne de "Clèves", un roman au charme trouble qui m'avait moins convaincue.
   ↓

critique par Cathulu




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Clap de fin
Note :

    Alors que l'été finit de s'allonger, comme les ombres projetées, votre dépendance cherche sa dose de lecture. Vous trouvez votre addiction à la bibliothèque de la plage, enfin. Vous ouvrez.
   
    Les amours naissent, grandissent et meurent, dit-on. Ici, cette triste maxime se vérifie, surtout à la fin.
   
    Solange, actrice, lors d'une réception à Los Angelès, fait la connaissance et reçoit par la même occasion, un coup de foudre pour un acteur, réalisateur de surcroît: Nouhessou Nwokam. Ils se plaisent, lui non plus.
   
    Leurs amours se développent avec passion au milieu d'acteurs dont on reconnaît le prénom: George, une cupule à la main, Vincent et les autres. Les nuits sont courtes, l'ambiance est festive, en pétard, mais l'atmosphère n'est pas gaie: Solange, progressivement, se met en position double trait: "attente". Sa belle conquête est à la recherche d'un producteur, d'acteurs, de techniciens; il n'a pas trop de temps à passer avec sa belle qui se meurt d'amour avec discrétion.
   
    On voyage des States à la France; elle, dans sa famille d'abord à Clèves; elle y est reçue comme une princesse puis, principalement pour retrouver le tournage du film, en Afrique, berceau originel du bel homme.
   
    Elle ne voit pas qu'elle est son jouet, qu'il ne lui accorde que ses moments absolument libres; rien d'autre.
   
    Lui tourne, elle aussi mais en rond. Le récit est bien écrit, plein d'originalité d'expressions. Il ne se passe pas grand chose; le mérite de ce livre tient dans la surprise des phrases: rythme en cassures, belles métaphores, contre-pieds lexicaux. Elle se languit à longueur de livre, nous entraînant dans cet étiolement amoureux.
   
   Le livre refermé, on se rend là où on a emprunté le roman, on le tend en souriant au bénévole, qui vous sourit gentiment. On se garde bien du moindre commentaire oral.
   
    Quant au titre, il sonne comme un promesse alors qu'il signifie un devoir. Pas sympa.

critique par Alain Dagnez




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